À voir le samedi 13 avril - La marque d’un chef-d’oeuvre
Cinéma
Carrie au bal du diable
Cinépop, 18h20
Carrie au bal du diable (traduction poussive de Carrie) prit l’affiche en 1976. Librement inspiré du premier roman de Stephen King, le long métrage de Brian De Palma s’attarde au sort d’une adolescente ostracisée par ses pairs et battue par sa mère fanatique, mais dotée de dons de télékinésie. Après avoir été humiliée une fois de trop, Carrie déchaîne ses pouvoirs. Ce film aux accents de tragédie n’a rien perdu de son panache et demeure, aujourd’hui comme hier, un modèle de maîtrise du langage cinématographique.
Planifiée dans ces moindres détails, une séquence virtuose comme celle du bal de diplomation est ainsi devenue un morceau d’anthologie. De Palma orchestre là un suspense brillant en ayant recours à pas moins de cinq points de vue croisés. La virtuosité technique déployée pendant les 15 minutes que dure ce segment est étourdissante. La musique de Pino Donaggio, qui remplaça Bernard Hermann au pied levé et devint un fidèle collaborateur du cinéaste (Éclatement, Pulsions, Passion), ponctue efficacement une action savamment découpée par Paul Hirsch, un autre complice assidu.
En filigrane, on parle d’intimidation à l’école, sujet ô combien actuel. En la matière, Carrie a pour ainsi dire ouvert le bal (c’est de circonstance) des exclus. Dans le rôle-titre, Sissy Spacek compose une jeune fille vulnérable, et en fin de compte plus meurtrie que vindicative. Elle est entourée d’une distribution-culte dominée par Piper Laurie, inoubliable en mère folle de Dieu.
Peu importe que l’on adore ou abhorre le travail de Brian De Palma, Carrie constitue une oeuvre charnière non seulement dans sa filmographie, mais dans le septième art tout court. On en veut pour preuve les hommages répétés rendus par les générations suivantes de cinéastes, dont Quentin Tarantino, fils spirituel de De Palma et grand repiqueur devant l’Éternel.
Deux exemples récents? La cicatrice, de Jimmy Larouche, pour le meilleur et le subtil, et le remake de L’opéra de la terreur, pour le pire et le grossier. Et parce qu’à Hollywood rien n’est sacré, surtout pas un chef-d’oeuvre, Carrie a d’ores et déjà subi deux remakes.








