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    À voir le mercredi 13 mars - Autres souvenirs d’Afrique

    9 mars 2013 |André Lavoie | Télévision

    Cinéma
    Tabou

    TFO, 21h

    S’agit-il d’un film sur la vieillesse, la solitude, le colonialisme portugais en Afrique ou les ravages insidieux des amours déçues? Tabou, du cinéaste portugais Miguel Gomes, traite de tout cela, d’une manière peu spectaculaire mais éminemment cinématographique, utilisant un matériau (la pellicule 16 et 35 mm) qui tombe en désuétude aussi vite que la mémoire de l’héroïne principale de ce beau conte aty-pique, et pas seulement parce qu’il est en noir et blanc.


    D’ailleurs, cette figure tragique du nom d’Aurora (Laura Sovarel) ne semble exister qu’à travers le regard des autres, celui de Santa (Isabel Munoz Carloso), sa bonne à tout faire, et de Pilar (Teresa Madruga), une voisine militante et catholique toujours prête à la secourir, même au casino où la vieille dame se ruine.


    Ses comportements frisent la démence, mais ce sont surtout les initiatives de Pilar, et ses propres misères, qui semblent intéresser le cinéaste. C’est d’ailleurs grâce à elle que l’on ratisse Lisbonne dans tous les sens, ville blafarde sous la pluie de l’hiver.


    Dans ses délires, Aurora marmonne parfois le nom d’un certain Ventura, et son entourage croit qu’il s’agit d’un personnage fictif peuplant ses rêves agités. Cet homme existe bel et bien et c’est grâce à lui que le film s’affranchit du Portugal d’aujourd’hui pour nous plonger dans l’Afrique coloniale des années 1960, où Aurora (Ana Moreira) a vécu sa jeunesse dorée.


    Cette révélation étonne et amorce un véritable hommage au cinéma d’autrefois, livré en 16 mm, muet, et narré par la voix envoûtante d’un cavaleur romantique qui semble surgir d’un roman de Marguerite Duras.


    Il raconte alors le passé de cette jeune femme, ainsi que sa passion dévorante; déjà mariée et enceinte de son époux légitime, Aurora ignore encore le prix à payer pour cette brûlante escapade interdite en territoire colonial.


    Farci, mais sans insistance, de références cinématographiques (on songe tout à la fois à l’exotisme kitsch de F. W. Murnau dans le film du même nom et aux bricolages esthétiques de Guy Maddin),


    Tabou plonge dans le passé (de l’Histoire comme du septième art) pour parler d’un présent inquiet, morose, individualiste. Tout cela est exécuté avec un raffinement exquis et, dans sa seconde partie, une ingéniosité au service d’une enveloppante mélancolie.













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