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    Bye Bye 2012: autopsie d’une distraction

    2 janvier 2013 21h25 |Stéphane Baillargeon | Télévision
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	Michel Courtemanche, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier et Joël Legendre dans le sketch Cabinet 9</div>
    Photo: Annie Fortin
    Michel Courtemanche, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier et Joël Legendre dans le sketch Cabinet 9
    On se disait quoi, déjà, l’année dernière, juste avant le Bye Bye ? Ah oui, qu’il y avait au moins cinq bonnes raisons de ne pas regarder cette maudite émission de fin d’année.

    Reprenons donc, preuves à l’appui.


    D’abord, au sujet de la surabondance médiatique des bilans. Belle et bien vue, encore une fois, et le Bye Bye 2012 n’a que bouclé à sa manière humoristique une trop longe chaîne de bilans de l’année écoulée. Il faudrait imposer des quotas de listes de « bestoves » aux journalistes et aux humoristes qui les aiment décidément trop.


    Ensuite, le trop-plein de télévision autoréférentielle. Là encore, la tendance s’est confirmée plus que jamais avec quelques échappées vers des productions incontournables des autres écrans, l’ordinateur et le mobile (Gangnam Style), ou le cinéma américain (The Artist, The Avengers), maintenant que les p’tites vues québécoises ne font plus recette. Cette modélisation circulaire tourne vite à vide puisque la recette consiste toujours à mixer deux ou trois opinions banales sur un sujet d’actualité avec le canevas d’une émission ou d’un film populaire. Ça va, on a compris…


    Il y a ensuite la vedettarisation à outrance. On peut répondre présent cette année encore, et deux fois plutôt qu’une, avec quelques stars et aspirants au statut de star qui se sont effectivement contemplés en train de se regarder. L’exemple type de cette mouture : la mise en abyme sur l’équipe de production de l’émission se demandant s’il fallait ou non un numéro sur le mariage des producteurs-comédiens Louis Morissette-Véronique Cloutier, duo dominant de notre système étoilé. Un autre cas : le châtiment sympathique infligé aux rigolos de RBO (dont Guy A. Lepage, ami de Mme Cloutier) pour la surexploitation de leur matériel daté. Sans oublier l’impératrice Céline, évidemment.


    Après, vient l’abus d’autodérision. La variante du cas précédent a favorisé les apparitions en clins d’oeil du cinéaste Xavier Dolan, du politicien Jean-Martin Aussant, du chroniqueur Marc Cassivi, de l’animateur Stéphan Bureau et de la météorologue Jocelyne Blouin. Et on en passe, merci, même si on croyait que les gags, comme les allumettes, ne devraient servir qu’une fois.


    Finalement, il y a cet excès de québécocentrisme qui place le nombril du monde autour de la tour de Radio-Canada à Montréal, un peu au sud du Plateau et d’Outremont, avec une toute petite capacité de regarder vers la Ville de Québec et le Saguenay. Le reste du Québec, le reste du Canada, le reste du monde ? Bof, connais pas…


    La recette a donc été respectée jusqu’au cliché.


    Seulement, on ne peut pas juste reprocher à un chameau de ne pas être un éléphant. C’est trop simple et injuste. Ici comme ailleurs, il faut juger la créature pour elle-même, telle qu’elle demeure, avec ce qu’elle donne.


    Comme elle est, avec ses caractéristiques intrinsèques, cette mouture semble déjà encensée et très appréciée par ceux qui aiment le genre. Dont acte. Plusieurs commentaires des réseaux sociaux ne se gênent pas pour passer la pommade. Les collègues critiques et d’autres préposés au sens plus ou moins officieux ont aussi sorti le plumeau. Alors, à quoi bon cracher dans la soupe ?


    Les éléments de grande qualité ne manquent pas, effectivement. Tout l’enrobage (les maquillages en particulier) suscite l’admiration, peu importe qu’on apprécie le créneau ou pas, d’ailleurs. En même temps, une des parodies les plus efficaces, celle de l’agent 728, n’utilisait à peu près aucun artifice puisqu’il a suffi à Michel Courtemanche de revêtir l’uniforme pour créer un analogue étonnamment crédible de la dame matraqueuse.


    La somme des éléments plus ou moins notables de cette veine pointe vers du divertissement plutôt que de l’hilarant. La encore, on respecte la bonne moyenne : ce Bye Bye ne faisait pas rire mais sourire, et c’est déjà beaucoup.


    Chacun peut donc dresser sa liste des sketchs favoris qui ne laissent à peu près aucun souvenir marquant, juste le sentiment d’avoir passé un court, très court bon moment, vite oublié. Ça rentre, ça sort, et en passant, les pubs d’IGA font le même effet… Personnellement, je retiens un peu plus le pastiche du film oscarisé The Artist, la participation du faux hockeyeur Patrice Lemieux et la transformation du hit de Lisa LeBlanc pour clamer que 2012 c’était « de la mar [blip] ».


    Était-ce finalement le message global du bilan de cette année de crise d’une décennie morose ? Une fois la distraction décantée, il reste quoi de cette synthèse d’humour, de ces plus ou moins intelligentes idioties ? Ce Bye Bye dit adieu à quoi ?


    Une ligne de force dit assurément bye bye et bon débarras à Jean Charest. L’ex-premier ministre revient à au moins trois reprises dans le décompte. Par contraste, la critique épargne le nouveau gouvernement péquiste et ses gaffes à répétition, du moins si on excepte une ou deux blagues insignifiantes sur le défaut de leadership de Pauline Marois. Au fédéral, les conservateurs se réduisent à la position (d’ailleurs beaucoup plus complexe) de la ministre Rona Ambrose sur l’avortement et à une minifarce sur les compressions infligées à Radio-Canada.


    De même, la crise sociale du printemps se ramène à une poignée de personnalités assez gentiment caricaturées, dont Gabriel Nadeau-Dubois, Léo Bureau-Blouin et Richard Martineau. Un humour plus fin aurait permis de remonter aux fondements de la crise, au lieu de la réduire à quelques poncifs de ses leaders. De même, le thème de la corruption, plus porteur et mieux traité, a aussi abouti à cette proposition simplissime que le problème tient à l’aveuglement de l’ex-maire Tremblay.


    Mais bon, hein, c’est juste de la TV et c’est souvent trop demander à l’humour industriel que de devenir une forme de lucidité. Chacun garde les yeux ouverts sur ce qu’il juge précieux et important et rien n’oblige à regarder ni à encenser aveuglément, avec le troupeau, cette maudite émission de fin d’année…

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	Michel Courtemanche, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier et Joël Legendre dans le sketch Cabinet 9</div>
Louis Morissette, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier, Joël Legendre, Michel Courtemanche.<br />
     
     
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