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    Bilan télévision - Le virus de la téléréalité

    Unité 9 reproduit-elle la formule d’Occupation double? demande le professeur Pierre Barrette

    31 décembre 2012 |Stéphane Baillargeon | Télévision
    Unité 9 est selon Pierre Barrette une émission « contaminée » par la téléréalité : l’histoire est bâtie sur les interactions entre des individus qui évoluent en lieu clos.
    Photo: Radio-Canada Unité 9 est selon Pierre Barrette une émission « contaminée » par la téléréalité : l’histoire est bâtie sur les interactions entre des individus qui évoluent en lieu clos.
    Pierre Barrette enseigne à l’École des médias de l’UQAM. Spécialiste de la télévision et du cinéma, il collabore régulièrement à la revue 24 images et au magazine en ligne Hors champ. Pour lui, l’année 2012 aura été celle du mélange des genres.

    Que retenez-vous comme principale tendance à la télé en 2012 ?


    On dira encore une fois que c’est mon obsession, mon dada, tout ce qu’on veut, mais bon, je dois répéter que cette année encore, la téléréalité doit sortir très fort dans le bilan. Je dois aussi redire que je ne l’aime pas particulièrement. Ce n’est pas un genre nécessaire, mais c’est un genre avec lequel il faut nécessairement composer, qu’on le veuille ou non.


    Quand on combine les auditoires d’Occupation double et d’Un souper presque parfait, on arrive déjà à trois millions de personnes au total. Le phénomène demeure donc acquis, implanté, et quand une nouvelle série de Star académie se pointe, il faut vivre avec.


    On peut examiner cette tendance sous le signe de la convergence des médias. On peut aussi l’analyser dans la perspective de la convergence des genres télévisuels. C’est-à-dire que les genres qui gravitent autour de ce phénomène ont de plus en plus tendance à être contaminés par la téléréalité.


    Pouvez-vous fournir un exemple ?


    Le meilleur exemple, c’est Unité 9, la seule émission de fiction qui bat maintenant la téléréalité en termes de cotes d’écoute, avec plus de 1,8 million de téléspectateurs. Or, ce qui me semble particulièrement frappant dans cette production, c’est la reproduction, élément par élément, du contexte de la téléréalité.


    Cette émission qui raconte la vie dans une prison pour femmes se joue dans un lieu fermé sur lui-même, en observation constante par des caméras. Elle met en scène des personnages en situation d’interactions artificielle, parce que collés les uns sur les autres. Elle sert de l’émotivité, du sentimentalisme authentique, encore une fois exactement comme dans les situations prisées dans le modèle de la téléréalité. En plus, le site Internet de l’émission Unité 9 reproduit cette impression de surveillance des personnages.


    Les téléspectateurs peuvent leur écrire des lettres comme on le ferait aux participants d’une émission comme Occupation double ou Loft Story. Les personnages répondent d’ailleurs à ce courrier des détenues. Les gens prennent ça vraiment au sérieux en écrivant des confidences du genre : « J’ai vécu la même chose que toi, Shandy ! »


    Pour vous, les gens sont à ce point dupes ? Comme dans les années 1950 quand les premiers téléspectateurs envoyaient des vêtements ou de l’argent à Donalda, la femme brimée de Séraphin ?


    Pour moi, c’est radicalement différent. Au début de la télévision, ce phénomène renvoyait à un manque de littératie médiatique. Les gens ne connaissaient pas la télé et ils recevaient ses histoires au premier degré, comme la réalité. Je ne crois plus que les gens prennent la télé pour la réalité.


    Au contraire, nous sommes tous très connaisseurs des rouages de la mécanique médiatique. Seulement, la frontière séparant la fiction de la réalité s’efface et disparaît. La faute n’incombe pas à la téléréalité, mais à quelque chose de plus profond, quelque chose qui se rapporte au téléspectateur de la téléréalité et de la fiction, au téléspectateur qui ne désire plus faire de différence entre les deux mondes.


    Vous établissez donc un lien avec l’essence même du média ?


    J’établis effectivement un lien avec l’aspect ontologique de la télé, avec quelque chose de fondamental dans la télé comme médiatisation de nos rapports au réel. Le cinéma demeure dans une logique de représentation. La caméra de télé, elle, surveille. En tout cas, elle se soumet de plus en plus à la logique de surveillance.


    La téléréalité et la transformation de la fiction offrent donc des signes de cette tendance. Le fait que de plus en plus de comédiens jouent leur propre rôle, comme dans Tout sur moi ou En audition avec Simon, témoigne aussi de cette « implosion du réel dans le média » dont parlait Jean Baudrillard.


    Faut-il aussi parler de l’implosion de la vedette dans le média ? En tout cas, la tendance à la vedettarisation ne semble pas avoir diminué cette année…


    La télé carbure aux vedettes. Il me semble que dans les années 1990, le quidam avait une plus grande place. Maintenant, on revient à l’obsession du vedettariat dont témoigne une émission comme La télé sur le divan. Il y a vingt ans, la mise en scène aurait mixé des spécialistes et des gens ordinaires, Aujourd’hui, la star domine et l’univers de la star, la télé, devient la réalité de référence.


    On se retrouve avec des vedettes qui parlent de leurs rôles comme on parle de sa vie. Dans une scène mémorable, la comédienne Bianca Gervais a parlé de la première fois qu’elle a fait l’amour à la télé en avouant que son personnage n’était pas prêt. Là encore, on retrouve donc le mélange de la fiction et de la réalité.


    Tout ça renvoie finalement à une seule et même mutation qui fait que la culture télévisuelle n’existe plus qu’en rapport avec elle-même. C’est comme un univers qui tourne à vide. La bonne vieille métaphore de la fenêtre ouverte sur le monde ne tient plus : l’ouverture se fait vers l’intérieur de ce monde, comme on le voit aussi avec C’est juste de la TV, les chaînes de rediffusion comme Prise 2 ou ce qu’on voit au Bye Bye.


    Quel rôle jouent les médias sociaux dans ce contexte, alors que l’expérience de la télé est de plus en plus vécue en interaction virtuelle ?


    Personnellement, je trouve que la pratique de twitter tout en regardant la télé tourne à vide. Mais c’est vrai que ce phénomène risque de prendre de l’ampleur en 2013. La patate de sofa s’active les pouces en réseaux et les médias encouragent cette tendance. Pour l’instant, par contre, ça ne concerne que 10 % ou moins des téléspectateurs.

     
     
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