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    Télévision à la une - Le drame intenable de la disqualification parentale

    1 décembre 2012 |Caroline Montpetit | Télévision
    Questions de société: Dictature affective
    Lundi, 21h, à Télé-Québec

    Lorsqu’il était enfant, Patrick s’est fait mettre par son père devant un choix intenable. «Il m’a demandé si j’étais le fils de ma mère ou son fils à lui», raconte-t-il.

    Patrick, aujourd’hui âgé de 33 ans, est l’une des personnes interrogées dans le documentaire Dictature affective de Karina Marceau, qui porte sur l’aliénation parentale qui survient parfois dans les cas de divorce.
     

    Parents injustement accusés d’agression sexuelle, destruction des messages aux enfants, campagnes de dénigrement de l’«autre parent», la disqualification a un effet dévastateur tant sur le parent visé que sur l’enfant.
     

    Selon Hubert Van Gijseghem, psychologue et expert psychosocial, des problèmes d’aliénation parentale surviennent dans 5 % à 10 % des divorces impliquant des enfants de moins de 10 ans qu’il traite. Dans une ville comme Montréal, des milliers d’enfants seraient touchés par ces conflits déchirants. Sur 100 parents aliénants, 75 % sont des mamans, ajoute-t-il, ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait que ce sont les femmes qui détiennent majoritairement la garde des enfants en cas de divorce. Le parent «aimé» est souvent le gardien de l’enfant.
     

    La médiation avant la séparation

    Selon Ann Bourget, psychologue spécialisée dans ces dossiers, «l’enfant veut prendre soin du parent fragilisé». Dans ce contexte, il tentera de fournir le discours que ce parent veut entendre sur l’autre parent.
     

    Aussi, poursuit Hubert Van Gijseghem, l’enfant éprouve, en cas de divorce, un conflit de loyauté qu’il tente de résoudre en établissant un clivage entre le «bon» parent et le «mauvais» parent.
     

    Or, poursuit-il, le parent détesté ne devrait jamais couper les liens, cesser d’envoyer des cadeaux, arrêter d’inviter les enfants au restaurant. Il conseille d’ailleurs ardemment la médiation, avant la séparation, pour arriver à une entente respectueuse de l’ensemble des parties.
     

    Car, une fois la séparation effectuée, il peut être délicat pour le parent aliéné d’avoir recours à un avocat pour voir ses enfants.
     

    «Damned if you do, damned if you don’t», relève Hubert Van Gisjeghem, dans le documentaire. Le parent qui ne réserve pas les services d’un avocat peut perdre de vue ses enfants et celui qui en prend un s’expose à une intensification du conflit.

    De même, un parent qui n’a pas d’argent pour s’offrir de tels services est exposé à perdre pour de bon la garde de ses enfants.
     

    Selon Francine Cyr, psychologue clinicienne, l’enfant, au fond de lui-même, souhaite être démasqué dans sa haine et reprendre le lien avec le parent aliéné. Lors d’un atelier de médiation familiale, on peut voir dans le documentaire des enfants qui réclament que leurs parents arrêtent de se servir d’eux comme boîte aux lettres, pour porter les messages à l’un et à l’autre.
     

    Certains conflits ont par ailleurs des conséquences atroces. Ainsi peut-on suivre le cas de ce père, accusé à tort d’attouchements sexuels sur ses filles, qui reprend la garde totale de ses enfants après que son innocence eut été prouvée. Son ex-conjointe se suicide peu de temps après.
     

    Ces relations extrêmement tendues entre les parents soulèvent un questionnement identitaire chez les enfants. Ne sont-ils pas les enfants de ces deux parents? Doivent-ils renier la moitié d’eux-mêmes pour s’adapter au conflit?
     

    À long terme, la disqualification d’un parent peut avoir pour effet une faible estime de soi, de l’anxiété, de la dépression et une dépendance à l’alcool ou aux drogues. 
     

    Pourtant, le parent aliénant pense souvent agir pour le bien des enfants en disqualifiant son ex, avancent les experts. Dans son for intérieur, il est convaincu que ce dernier est mauvais.
     

    Karina Marceau raconte d’ailleurs avoir été amenée à ce sujet entre autres par un juge de la Chambre de la jeunesse. 
     

    Chose certaine, ce documentaire, pertinent, aborde un sujet rarement traité et pourtant trop courant, à diverses intensités, au sein des ménages québécois. 

     

    Questions de société: Dictature affective, lundi, 21h, à Télé-Québec













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