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Télévision à la une - Gentilly Or Not To Be

Sortir du nucléaire?

15 septembre 2012 | Alexandre Shields | Télévision
Le débat sur la sécurité de la filière nucléaire revient régulièrement dans l’actualité, le plus souvent lorsque surviennent des accidents qui mettent en cause l’utilisation de cette ressource énergétique pour le moins controversée. On se souvient de la catastrophe de Fukushima, au Japon, en mars 2011. Plusieurs pays se sont alors posé l’épineuse question de la mise au rancart, ou non, du nucléaire.
 
À Tokyo, les autorités ont finalement décidé de relancer la production de deux des 50 réacteurs du pays en juillet dernier. Mais le gouvernement a aussi voulu calmer les craintes de plusieurs en soutenant que le Japon sortirait progressivement du nucléaire au cours des prochaines années. Vaste programme, dans la mesure où cette filière représentait plus de 30 % de la production d’électricité du pays avant mars 2011.
 
Sur le plan énergétique, le Québec est loin, très loin du Japon. Ici, le plus gros projet énergétique en développement est celui de la Romaine. Lui aussi controversé du point de vue environnemental, il doit permettre d’ajouter une puissance installée de 1550 mégawatts au réseau d’Hydro-Québec. Et dans le cadre de son Plan Nord, le gouvernement Charest prévoyait ajouter pas moins de 3500 mégawatts supplémentaires au nord du 49e parallèle. De quoi accroître les surplus québécois.
 
Prolonger la vie de la centrale

Mais la société d’État, dont nous sommes tous propriétaires, contrôle aussi une centrale nucléaire, Gentilly-2. Selon les données officielles, elle fournit 675 mégawatts, soit environ 2 % de la puissance installée actuelle du réseau d’Hydro-Québec. Le hic, c’est que cette centrale mise en service en 1983 doit maintenant subir des travaux de restauration majeurs. L’objectif est de prolonger sa durée de vie au moins jusqu’en 2040. D’où la question posée dans le documentaire Gentilly Or Not To Be: doit-on aller de l’avant avec la réfection de Gentilly-2, ou bien profiter de l’occasion pour tourner définitivement le dos au nucléaire?
 
Le gouvernement Charest a défendu le projet de réfection de la centrale nucléaire de Gentilly-2 en brandissant l’argument économique. Selon l’ancien premier ministre, celle-ci doit coûter au minimum deux milliards de dollars, mais elle devrait permettre de maintenir 800 emplois dans une région, Bécancour, qui en aurait bien besoin. Cela équivaut à 2,5 millions $ par emploi. Jean Charest a aussi répété à plusieurs reprises que l’exploitation de Gentilly est sécuritaire et ne représente aucun risque pour la santé humaine et l’environnement.
 
Pas assez d'information

L’ingénieur et physicien nucléaire Michel Duguay, professeur de génie à l’Université Laval, n’est pas aussi optimiste. Selon lui, on manque cruellement d’information pour prendre une décision éclairée sur la nécessité de relancer le nucléaire pour encore 25 ans. Il estime aussi que les générations montantes ont de quoi s’inquiéter face à l’héritage laissé par le nucléaire. «On fissionne l’atome et on laisse des déchets nucléaires. C’est totalement contre l’équité intergénérationnelle», lance-t-il dans le documentaire. Le Dr Éric Notebeart, membre du collectif Sortons le Québec du nucléaire, estime lui aussi que la réfection est une erreur. «On ne peut pas s’embarquer dans une aventure, industrielle ou autre, en sachant très bien qu’il y a des risques pour la santé. On ne joue pas avec la vie des gens. Les gens qui font ça passent leur vie avec des calculatrices, et non avec des êtres humains.»
 
En Allemagne, un pays très dépendant du nucléaire, mais aussi la première puissance économique d’Europe, on a abordé la question de façon radicalement différente. Le gouvernement a d’abord commandé une vaste étude scientifique afin de connaître les risques pour la santé des populations vivant près des centrales. On a ainsi découvert, à la surprise générale, qu’il pouvait bel et bien exister un lien entre une hausse significative des cas de leucémie chez les enfants et la proximité des centrales. «Même s’il n’a pas été prouvé hors de tout doute que la centrale en était la cause, affirme le ministre allemand de l’Environnement et de la Sécurité nucléaire, il était de notre devoir d’adopter une approche préventive en matière de santé.» Selon le Dr Ian Fairlie, radiologiste et spécialiste britannique des radiations attaché au Parlement européen, les études allemandes devraient être lues avec attention par les décideurs québécois.
Cela reste à voir. Le Parti québécois s’est engagé à mettre un terme à la filiale nucléaire, ce qui devrait lui attirer les foudres des libéraux et de la Coalition avenir Québec. Chose certaine, une décision devra être prise rapidement, puisque Gentilly-2 arrive à la fin de sa vie utile en décembre prochain. Gentilly Or Not To Be, réalisé par Guylaine Maroist et Éric Ruel, aura au moins le mérite d’étayer un débat public qui n’a pas encore eu lieu.
 
Question de société : Gentilly to be or not to be? Télé-Québec, le lundi 17 septembre, 21 h
 
 
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