Télévision à la une - Les coulisses pathétiques du pouvoir
Super écran, les dimanches à 23h
Le pouvoir fascine, effraie, dégoûte et attire dans son giron des gens de plus ou moins bonne volonté. C’est ce qu’on peut constater depuis maintenant une vingtaine de jours, avec la campagne électorale estivale passablement chaude qui prend toute la place médiatique disponible, ou presque.
Chez nos voisins du Sud, une autre campagne, nettement plus imposante et attendue tous les quatre ans en cette période de l’année, monopolise les médias: la course à la Maison- Blanche. Une course impitoyable et onéreuse à souhait. Déjà, les primaires républicaines ont laissé bien des aspirants déçus, avec des dettes et un orgueil à ravaler...
Le personnage central de Veep, vice-présidente, Selina Mayer, fait partie de cette catégorie des «recalés aux primaires». Le générique de cette sitcom estampillée HBO enchaîne des images de titres de journaux, de magazines et de sites Web qui la montrent d’abord en sénatrice montante, puis en candidate aux primaires acclamée, et enfin battue par son principal adversaire, qui la prend comme colistière et la nomme finalement au poste de vice-présidente.
Théâtre de l’impotence et de l’incompétence
Dès les premières secondes du pilote de Veep, on comprend qu’on est loin, très loin, de la West Wing, tant la série télévisée devenue culte que l’aile de la Maison-Blanche où se trouvent les bureaux présidentiels. La caméra (à la sauce cinéma-vérité) virevolte certes un peu comme chez le président Bartlet, mais la photographie terne et les dialogues trempés de cynisme nous ramènent au malaise qu’engendrait l’émission The Office... À cet égard, le choix d’une telle esthétique pour appuyer l’illustration de l’impuissance d’une politicienne coincée entre les pouvoirs exécutif, législatif et les lobbies, et de surcroît pas particulièrement brillante (ou très gaffeuse), n’est pas une mauvaise idée. Il rebutera sans doute certains téléspectateurs, tout comme la traduction française atroce pour ce genre de production (les sous-titres auraient été tout indiqués), qui fait tomber à plat bien des blagues et mots d’esprit... N’empêche que la série risque tout de même de plaire ou de faire sourire les amateurs de satire politique pas nécessairement politisée, un peu (beaucoup) ridicule, mais jamais très loin d’une réalité que les élus et leur personnel ne veulent pas que le public connaisse...
La vice-présidente, incarnée par Julia Louis- Dreyfuss (connue pour son rôle dans Seinfeld, drôle, efficace mais peut-être un peu moins à l’aise que dans les souliers d’Elaine...), peut faire penser à certaines politiciennes américaines actuelles. Le créateur de la série, Armando Iannucci, qui recycle ici sa recette gagnante de The Thick of It, comédie au même canevas sise en Grande-Bretagne (qu’on connaît un peu ici grâce au film «spin-off» qui l’a suivie, In the Loop), a pris grand soin de ne pas l’associer à un parti existant et de ne pas nous montrer le président, que l’on aurait pu associer à une personnalité existante. On peut tout de même se risquer à deviner son allégeance: l’ex-sénatrice du Maryland est divorcée et versée dans les causes environnementales...
Mais peu importe, en fait, car les orientations et enjeux politiques ne sont pas vraiment exploités en soi. Les intrigues sont plutôt générées par le ballet des tractations, gaffes et bons coups des élus, conseillers politiques et lobbyistes de tout acabit, sans oublier les journalistes et autres commentateurs qui font la pluie et le beau temps en quelques instants sur la Toile. Dans le microcosme du bureau de la «veep» s’échinent et se ridiculisent souvent à couvrir les mauvaises décisions et gaffes de leur patronne une jeune et dévouée directrice de cabinet (la pétillante Anna Chlumsky; oui, oui, la petite fille de My Girl...), un attaché de presse blasé qui en a vu d’autres, un jeune conseiller à la une aux dents longues et un assistant personnel maladroit mais à la mémoire d’éléphant. Cette ménagerie se suffit à elle-même pour montrer l’inutilité relative de leur travail, le peu de sincérité des convictions qu’ils ont à défendre, la futilité des décisions qu’ils ont à prendre. Quant à l’absence de pouvoir de la protagoniste, elle devient éclatante chaque fois que celle-ci demande à sa secrétaire si elle a reçu un appel du bureau ovale, soit au moins une fois par épisode...
Il ne faut pas oublier que l’on est devant une comédie de situation, qui appelle parfois le rire gras et l’indulgence du téléspectateur intelligent, politisé, esthète... Il faut savoir l’apprécier pour les dilatations de la rate qu’elle peut provoquer et le sourire qu’elle nous laisse (parfois) une fois le rideau tombé. N’empêche que le public et la critique semblent y avoir trouvé leur plaisir, puisque Veep, vice-présidente a profité de commentaires plutôt favorables lors de sa diffusion originale en avril dernier, est nommé dans plusieurs catégories aux prochains Emmy Awards et revient pour une deuxième saison... pour le meilleur et pour le pire.
Chez nos voisins du Sud, une autre campagne, nettement plus imposante et attendue tous les quatre ans en cette période de l’année, monopolise les médias: la course à la Maison- Blanche. Une course impitoyable et onéreuse à souhait. Déjà, les primaires républicaines ont laissé bien des aspirants déçus, avec des dettes et un orgueil à ravaler...
Le personnage central de Veep, vice-présidente, Selina Mayer, fait partie de cette catégorie des «recalés aux primaires». Le générique de cette sitcom estampillée HBO enchaîne des images de titres de journaux, de magazines et de sites Web qui la montrent d’abord en sénatrice montante, puis en candidate aux primaires acclamée, et enfin battue par son principal adversaire, qui la prend comme colistière et la nomme finalement au poste de vice-présidente.
Théâtre de l’impotence et de l’incompétence
Dès les premières secondes du pilote de Veep, on comprend qu’on est loin, très loin, de la West Wing, tant la série télévisée devenue culte que l’aile de la Maison-Blanche où se trouvent les bureaux présidentiels. La caméra (à la sauce cinéma-vérité) virevolte certes un peu comme chez le président Bartlet, mais la photographie terne et les dialogues trempés de cynisme nous ramènent au malaise qu’engendrait l’émission The Office... À cet égard, le choix d’une telle esthétique pour appuyer l’illustration de l’impuissance d’une politicienne coincée entre les pouvoirs exécutif, législatif et les lobbies, et de surcroît pas particulièrement brillante (ou très gaffeuse), n’est pas une mauvaise idée. Il rebutera sans doute certains téléspectateurs, tout comme la traduction française atroce pour ce genre de production (les sous-titres auraient été tout indiqués), qui fait tomber à plat bien des blagues et mots d’esprit... N’empêche que la série risque tout de même de plaire ou de faire sourire les amateurs de satire politique pas nécessairement politisée, un peu (beaucoup) ridicule, mais jamais très loin d’une réalité que les élus et leur personnel ne veulent pas que le public connaisse...
La vice-présidente, incarnée par Julia Louis- Dreyfuss (connue pour son rôle dans Seinfeld, drôle, efficace mais peut-être un peu moins à l’aise que dans les souliers d’Elaine...), peut faire penser à certaines politiciennes américaines actuelles. Le créateur de la série, Armando Iannucci, qui recycle ici sa recette gagnante de The Thick of It, comédie au même canevas sise en Grande-Bretagne (qu’on connaît un peu ici grâce au film «spin-off» qui l’a suivie, In the Loop), a pris grand soin de ne pas l’associer à un parti existant et de ne pas nous montrer le président, que l’on aurait pu associer à une personnalité existante. On peut tout de même se risquer à deviner son allégeance: l’ex-sénatrice du Maryland est divorcée et versée dans les causes environnementales...
Mais peu importe, en fait, car les orientations et enjeux politiques ne sont pas vraiment exploités en soi. Les intrigues sont plutôt générées par le ballet des tractations, gaffes et bons coups des élus, conseillers politiques et lobbyistes de tout acabit, sans oublier les journalistes et autres commentateurs qui font la pluie et le beau temps en quelques instants sur la Toile. Dans le microcosme du bureau de la «veep» s’échinent et se ridiculisent souvent à couvrir les mauvaises décisions et gaffes de leur patronne une jeune et dévouée directrice de cabinet (la pétillante Anna Chlumsky; oui, oui, la petite fille de My Girl...), un attaché de presse blasé qui en a vu d’autres, un jeune conseiller à la une aux dents longues et un assistant personnel maladroit mais à la mémoire d’éléphant. Cette ménagerie se suffit à elle-même pour montrer l’inutilité relative de leur travail, le peu de sincérité des convictions qu’ils ont à défendre, la futilité des décisions qu’ils ont à prendre. Quant à l’absence de pouvoir de la protagoniste, elle devient éclatante chaque fois que celle-ci demande à sa secrétaire si elle a reçu un appel du bureau ovale, soit au moins une fois par épisode...
Il ne faut pas oublier que l’on est devant une comédie de situation, qui appelle parfois le rire gras et l’indulgence du téléspectateur intelligent, politisé, esthète... Il faut savoir l’apprécier pour les dilatations de la rate qu’elle peut provoquer et le sourire qu’elle nous laisse (parfois) une fois le rideau tombé. N’empêche que le public et la critique semblent y avoir trouvé leur plaisir, puisque Veep, vice-présidente a profité de commentaires plutôt favorables lors de sa diffusion originale en avril dernier, est nommé dans plusieurs catégories aux prochains Emmy Awards et revient pour une deuxième saison... pour le meilleur et pour le pire.








