Télévision à la une - Les pieds dans Le monde en gros
Les lundis à 19h30, à Radio-Canada.
Il ne faut pas regarder la télé, ignorer l’existence de Tou.tv, bouder les DVD, avoir passé les dernières années exilé ou être tout simplement bouché comme une mine chilienne pour ne pas connaître le phénomène Les pieds dans la marge. Les 86 épisodes de petits bonheurs conçus et animés par le trio de Franco-Ontariens (Mathieu Pichette, Félix Tanguay et Jean-Sébastien Busque) ont déridé la belle jeunesse québécoise de 2006 à 2010, connu une diffusion en Suisse, récolté 18 prix Gémeaux amplement mérités.
De quoi faire mentir les esprits chagrins et nostalgiques ne jurant que par les productions d’antan. Les pieds dans la marge est bel et bien de son bon temps, comme Sol et Gobelet ou La Ribouldingue.
Il faut aussi être complètement dans la marge culturelle, là où ça pointe tellement que ça stagne, pour ne pas savoir que cette série reposait sur un concept très simple, chaque épisode donnant une leçon de vie à ses jeunes fidèles. Les thèmes étaient toujours présentés selon la formule de «l’importance de…».
L’importance d’être persévérant, par exemple. Ou d’écouter les autres. Ou de s’excuser. Dans l’épisode servant cette leçon, un des animateurs retrouvait une amie d’enfance en Ontario pour s’excuser d’avoir croqué (et tué) sa vraie de vraie petite tortue pendant une fête d’enfant. Il avait confondu la bestiole à carapace avec un hamburger. Et ce serait une anecdote véridique…
Le retour au petit écran de la drolatique bande était donc très attendu par «toi, le jeune», ses parents et les autres vieux connaisseurs. La nouvelle production s’intitule donc Le monde en gros. Sa vie utile débute cette semaine, lundi soir précisément, à 19h30 dans la case horaire des Parent et de Pérusse Cité, traditionnellement réservée aux émissions familiales, rassembleuses, légères et divertissantes. La première saison de la série animée concoctée par François Pérusse se terminait lundi dernier et on souhaite vivement la suite.
Délire sympathique
Et alors? Disons que c’est du presque pareil au même. Le même délire sympathique. Le même humour décalé. Les mêmes niaiseries aussi, toujours organisées autour de thèmes assez bien respectés.
Les gars d’avant ont traversé le Canada sans jamais arrêter leur voiture pour faire le vide ou le plein. Maintenant, ils vont jusqu’en Louisiane pour participer à un carnaval costumé avec une bande de joyeux drilles. On les retrouvera aussi au Nicaragua, en Pologne, au Danemark et ailleurs encore, pour un tour du monde de lieux étranges, en gros.
Avant, le trio des Pieds dans la marge «fabriquait» un sandwich à partir des produits bruts, en faisant pousser de la luzerne, en nourrissant un poulet fiablement trucidé par le végétarien du groupe. Aujourd’hui, la version 2.0 se rend à Las Vegas pour «marier» les trois niaiseux entre eux, mettons.
Certaines idées aussi se ressemblent. En conférence de presse, l’équipe expliquait par exemple vouloir envoyer dans l’espace une sélection de témoignages de notre société de consommation, de notre monde, en gros quoi. Cet envoi clôturera la première saison comme les marginaux ont envoyé une «spoutine» dans l’espace en 2008.
Certains personnages reviennent aussi. L’ex-détenu animateur de télé communautaire, notamment. Il apparaît dans l’émission sur l’amour, à la recherche de l’âme sœur potentielle à laquelle il soumet un questionnaire serré. «Que dirais-tu si je devais m’absenter pour trois ans moins un jour?»
Il y a bien des différences avec cette version 2.0. Seulement, elles tiennent à des détails. L’action ne se déroule plus dans une salle de classe, mais dans un magasin «en gros». Les thèmes se diversifient et prennent un tournant un peu plus audacieux, toujours sans vulgarité. Au deuxième épisode visionné par les journalistes se pointe une délirante chanson agitant quelques jeux de mots coquins.
Bref, c’est du changement dans la continuité, selon la judicieuse remarque d’une collègue de Radio-Canada. «L’angle est complètement différent pour nous, lui a expliqué Félix Tanguay. Il y a beaucoup de sous-entendus; on n’est pas obligés de tout expliquer aux adultes. On peut se permettre d’aborder des sujets comme l’amour et le sexe. On peut rire de sujets plus complexes, comme la politique. On peut parodier des manières, des comportements qu’on a à un certain âge.»
Il faut bien le répéter: tout ça était déjà possible avec l’ancienne manière. En étant généreux, on pourrait donc dire que Les pieds dans la marge s’adressait aux ados mais plaisait aussi à leurs parents. Avec Le monde en gros, c’est le contraire…








