Télévision à la une - Un homme sur deux est une femme
Canal Vie, le lundi 5 mars à 23h
En rediffusion le dimanche 11 mars à 20h
Vivre dans un monde où le féminisme n'existerait plus. Que commencent les beaux jours! «Mais nous, nous serons mortes, ma sœur», dirions-nous s'il fallait actualiser le poète.
Car, pour que cela soit, d'autres décès devraient être constatés, à savoir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. Et la tâche n'est pas simple. Vous pensez que j'exagère?
Pour vous en convaincre, revoyez la photo de cette jeune Afghane, Bibi Aisha, dont le nez a été arraché par son mari. Regardez celle de ces deux petites filles de six ans dans une oeuvre primée cette année par le World Press Photo, mariées à des hommes plus âgés, comme environ 50 % des petites Yéménites. Consultez les centaines de photos du printemps arabe: pratiquement que des hommes pour crier la liberté, et sûrement pas pour voter pour l'émancipation de leurs mères, de leurs soeurs, de leurs filles...
Objectifs atteints
Certes, des objectifs ont été atteints dans les pays industrialisés. Grâce aux acquis des premières féministes, les hommes et les femmes sont égaux devant la loi. La deuxième vague ayant débuté vers la fin des années 1960 a fait bien plus qu'allumer des brasiers pour brûler les soutiens-gorge, seule image qu'on semble avoir retenue du mouvement. Elle a mis en lumière le fait que le domaine privé était aussi un lieu de domination masculine et a donné la priorité au droit à l'avortement et à la contraception.
Tout a donc été fait pour que la femme soit l'égale de l'homme. Les féministes sont donc mortes. Toutes? Non! «Il semblerait que l'espèce féministe québécoise ait réussi à survivre et se soit même reproduite», annonce Rozenn Potin dans son documentaire Attention féministes!, lancé en avril 2011. Il s'est penché sur quelques jeunes de Montréal qui inscrivent encore le féminisme au coeur de leurs désirs et de leurs espérances.
Chaque récit a quelque chose de touchant. Pascale est issue d'une longue tradition de féministes. On assiste à une formidable discussion entre elle et sa grand-mère, sa mère et sa tante autour de différentes luttes qui ont animé leur époque. On y aborde même le mouvement queer (altersexuel)! Geneviève travaille en partant du haut de ses talons jusqu'à la base, c'est-à-dire avec des jeunes filles qui apprivoisent l'estime de soi dans un monde dominé par une fausse image de la femme. Elle-même se dit en proie à ces «démons» et éprouve certaines difficultés au quotidien avec son copain, notamment sur la question d'avoir des enfants.
Marco, papa depuis peu, considérait autrefois «les femmes comme des objets» et a publié son «coming out féministe» en 2006. Il espère que sa fille bénéficiera de tous les efforts qu'il investit pour déconstruire les schèmes sociaux qui l'interpellent toujours dans ses amitiés et dans son couple. Enfin, on suit Barbara, militante radicale «de tous les combats et rassemblements». Elle lutte pour les droits des femmes doublement marginalisées, issues des groupes minoritaires et des minorités ethnoculturelles. La dénonciation du patriarcat, à son paroxysme dans un monde capitaliste selon elle, est aussi au coeur de son combat.
À propos
Alternant séquences d'animation et mises en situation, Attention féministes! est tout à fait à propos. D'abord parce que la spontanéité, la sensibilité et l'humour qui se dégagent du documentaire s'inscrivent tout à fait dans l'esprit de la Journée internationale de la femme, qui sera célébrée ce jeudi. Ensuite parce que le Québec fait encore partie du Canada et que certaines menaces planent sur nos acquis: le mois dernier, un député conservateur a rouvert le débat sur l'avortement en déposant une motion pour étudier la définition de l'être humain. Les groupes «pro-vie», qui s'activent plus que jamais au pays, s'en sont réjouis.
De même, qui n'a pas encore l'esprit troublé par tous ces débats ayant entouré les affaires Cantat et DSK? Des énoncés pernicieux se sont immiscés dans les discours des défenseurs de l'art, de la justice et de la vérité. Mais qui a défendu les femmes? Les féministes. Un des textes les plus lumineux à ce sujet a d'ailleurs été écrit par un de ses tenants dans nos pages.
Enfin, si l'on tient compte de la situation des femmes dans le monde, on peut avancer que le féminisme est loin d'être près de disparaître. Rappelons que la contraception et l'avortement ne sont pas légaux dans l'ensemble des pays industrialisés, que des cas de violence, d'abus, de mariages forcés, de viols, d'excisions ou de crimes d'honneur subsistent, et ce, non loin de chez nous.
Reprenons, pour terminer, les mots de la Marche mondiale des femmes de 2010, qui clôturent merveilleusement l'oeuvre de Rozenn Potin, révélant toute la pertinence du féminisme, comme celle du documentaire: «Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche!»
Attention féministes!
Canal Vie, le lundi 5 mars à 23h
En rediffusion le dimanche 11 mars à 20h
Car, pour que cela soit, d'autres décès devraient être constatés, à savoir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. Et la tâche n'est pas simple. Vous pensez que j'exagère?
Pour vous en convaincre, revoyez la photo de cette jeune Afghane, Bibi Aisha, dont le nez a été arraché par son mari. Regardez celle de ces deux petites filles de six ans dans une oeuvre primée cette année par le World Press Photo, mariées à des hommes plus âgés, comme environ 50 % des petites Yéménites. Consultez les centaines de photos du printemps arabe: pratiquement que des hommes pour crier la liberté, et sûrement pas pour voter pour l'émancipation de leurs mères, de leurs soeurs, de leurs filles...
Objectifs atteints
Certes, des objectifs ont été atteints dans les pays industrialisés. Grâce aux acquis des premières féministes, les hommes et les femmes sont égaux devant la loi. La deuxième vague ayant débuté vers la fin des années 1960 a fait bien plus qu'allumer des brasiers pour brûler les soutiens-gorge, seule image qu'on semble avoir retenue du mouvement. Elle a mis en lumière le fait que le domaine privé était aussi un lieu de domination masculine et a donné la priorité au droit à l'avortement et à la contraception.
Tout a donc été fait pour que la femme soit l'égale de l'homme. Les féministes sont donc mortes. Toutes? Non! «Il semblerait que l'espèce féministe québécoise ait réussi à survivre et se soit même reproduite», annonce Rozenn Potin dans son documentaire Attention féministes!, lancé en avril 2011. Il s'est penché sur quelques jeunes de Montréal qui inscrivent encore le féminisme au coeur de leurs désirs et de leurs espérances.
Chaque récit a quelque chose de touchant. Pascale est issue d'une longue tradition de féministes. On assiste à une formidable discussion entre elle et sa grand-mère, sa mère et sa tante autour de différentes luttes qui ont animé leur époque. On y aborde même le mouvement queer (altersexuel)! Geneviève travaille en partant du haut de ses talons jusqu'à la base, c'est-à-dire avec des jeunes filles qui apprivoisent l'estime de soi dans un monde dominé par une fausse image de la femme. Elle-même se dit en proie à ces «démons» et éprouve certaines difficultés au quotidien avec son copain, notamment sur la question d'avoir des enfants.
Marco, papa depuis peu, considérait autrefois «les femmes comme des objets» et a publié son «coming out féministe» en 2006. Il espère que sa fille bénéficiera de tous les efforts qu'il investit pour déconstruire les schèmes sociaux qui l'interpellent toujours dans ses amitiés et dans son couple. Enfin, on suit Barbara, militante radicale «de tous les combats et rassemblements». Elle lutte pour les droits des femmes doublement marginalisées, issues des groupes minoritaires et des minorités ethnoculturelles. La dénonciation du patriarcat, à son paroxysme dans un monde capitaliste selon elle, est aussi au coeur de son combat.
À propos
Alternant séquences d'animation et mises en situation, Attention féministes! est tout à fait à propos. D'abord parce que la spontanéité, la sensibilité et l'humour qui se dégagent du documentaire s'inscrivent tout à fait dans l'esprit de la Journée internationale de la femme, qui sera célébrée ce jeudi. Ensuite parce que le Québec fait encore partie du Canada et que certaines menaces planent sur nos acquis: le mois dernier, un député conservateur a rouvert le débat sur l'avortement en déposant une motion pour étudier la définition de l'être humain. Les groupes «pro-vie», qui s'activent plus que jamais au pays, s'en sont réjouis.
De même, qui n'a pas encore l'esprit troublé par tous ces débats ayant entouré les affaires Cantat et DSK? Des énoncés pernicieux se sont immiscés dans les discours des défenseurs de l'art, de la justice et de la vérité. Mais qui a défendu les femmes? Les féministes. Un des textes les plus lumineux à ce sujet a d'ailleurs été écrit par un de ses tenants dans nos pages.
Enfin, si l'on tient compte de la situation des femmes dans le monde, on peut avancer que le féminisme est loin d'être près de disparaître. Rappelons que la contraception et l'avortement ne sont pas légaux dans l'ensemble des pays industrialisés, que des cas de violence, d'abus, de mariages forcés, de viols, d'excisions ou de crimes d'honneur subsistent, et ce, non loin de chez nous.
Reprenons, pour terminer, les mots de la Marche mondiale des femmes de 2010, qui clôturent merveilleusement l'oeuvre de Rozenn Potin, révélant toute la pertinence du féminisme, comme celle du documentaire: «Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche!»
Attention féministes!
Canal Vie, le lundi 5 mars à 23h
En rediffusion le dimanche 11 mars à 20h








