Théâtre - Rien n'est plus drôle que le malheur
À retenir
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FIN DE PARTIE
Texte de Samuel Beckett. Mise en scène de Lorraine Côté. Avec Jacques Leblanc, Hugues Frenette, Roland Lepage, Paule Savard. Présentation du Théâtre de la Bordée (Québec), jusqu'au 11 février.
Vous avez dit «sombre», Beckett? Certes, cette Fin de partie s'éteint de mort lente. Pourtant, à l'instar d'En attendant Godot en 2006, Lorraine Côté nous l'offre dans une mise en scène savoureuse et vivante, qui captive et nous tient allègres, à l'opposé des créatures du dramaturge. «Rien n'est plus drôle que le malheur», dit Nell. Bienvenue dans l'univers insolite de Beckett et ses contradictions! On ne s'y ennuie pas.
Dans une cave, qui pourrait être une ruelle, vit une famille saugrenue: Hamm (Jacques Leblanc), un handicapé aveugle rivé à son fauteuil; Clov (Hugues Frenette), un être apathique incapable de s'asseoir; Nagg (Roland Lepage) et Nell (Paule Savard), les vieux parents qui agonisent dans des poubelles. Le logement aux murs verdâtres, écaillés, comporte des fenêtres haut placées. Hamm ordonne sans cesse à Clov, son esclave adoptif, d'y accéder au moyen d'un escabeau. Ils vérifient qu'à l'extérieur tout demeure immobile et gris, dépourvu de sens et d'êtres vivants. Parce qu'il faut en finir avec la vie.
L'interprétation est fort bien travaillée, prenante, juste (hormis quelque relâchement chez Clov vers la fin). Les heures mornes qui s'étirent, l'absence d'espoir dans un contexte insensé, le côté sado-maso des miséreux, éclopés ou moribonds, tous ces éléments beckettiens sont bien emballés par Côté: dans l'esprit de l'auteur, épicés comme il se doit d'un humour irrésistible et présentés dans une scénographie visuellement fascinante. Elle utilise avec pertinence la vidéo.
Dans le décor (Christian Fontaine) forcément minimal, les accessoires évocateurs accrochent le regard. Outils désuets, objets du quotidien, choses poussiéreuses devenues inutiles et pathétiques, cela nous parle des travaux et des jours révolus. Les maquillages, les costumes (Virginie Leclerc) impressionnants transforment les comédiens en véritables zombies. Les éclairages (Lucie Bazzo) et la musique bizarre (Marc Vallée) scellent l'atmosphère sous un vernis glauque.
Samuel Beckett n'aimait pas qu'on fouille ses oeuvres en tous sens. Fin de partie serait à prendre telle quelle, sans chercher plus. Comme la vie, en somme. Et pourtant, quel reflet de l'actualité! Quelle réflexion sur les limitations qu'entraînent la maladie et la vieillesse sur le traitement des gens âgés, sur les dépendances liées à la pauvreté et, plus largement, sur nos rapports humains et le climat désolant dans lequel nous tournons en rond! Il nous faut bien en rire, et pour cela, nous offrir un bon Beckett!
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Collaboration spéciale
Dans une cave, qui pourrait être une ruelle, vit une famille saugrenue: Hamm (Jacques Leblanc), un handicapé aveugle rivé à son fauteuil; Clov (Hugues Frenette), un être apathique incapable de s'asseoir; Nagg (Roland Lepage) et Nell (Paule Savard), les vieux parents qui agonisent dans des poubelles. Le logement aux murs verdâtres, écaillés, comporte des fenêtres haut placées. Hamm ordonne sans cesse à Clov, son esclave adoptif, d'y accéder au moyen d'un escabeau. Ils vérifient qu'à l'extérieur tout demeure immobile et gris, dépourvu de sens et d'êtres vivants. Parce qu'il faut en finir avec la vie.
L'interprétation est fort bien travaillée, prenante, juste (hormis quelque relâchement chez Clov vers la fin). Les heures mornes qui s'étirent, l'absence d'espoir dans un contexte insensé, le côté sado-maso des miséreux, éclopés ou moribonds, tous ces éléments beckettiens sont bien emballés par Côté: dans l'esprit de l'auteur, épicés comme il se doit d'un humour irrésistible et présentés dans une scénographie visuellement fascinante. Elle utilise avec pertinence la vidéo.
Dans le décor (Christian Fontaine) forcément minimal, les accessoires évocateurs accrochent le regard. Outils désuets, objets du quotidien, choses poussiéreuses devenues inutiles et pathétiques, cela nous parle des travaux et des jours révolus. Les maquillages, les costumes (Virginie Leclerc) impressionnants transforment les comédiens en véritables zombies. Les éclairages (Lucie Bazzo) et la musique bizarre (Marc Vallée) scellent l'atmosphère sous un vernis glauque.
Samuel Beckett n'aimait pas qu'on fouille ses oeuvres en tous sens. Fin de partie serait à prendre telle quelle, sans chercher plus. Comme la vie, en somme. Et pourtant, quel reflet de l'actualité! Quelle réflexion sur les limitations qu'entraînent la maladie et la vieillesse sur le traitement des gens âgés, sur les dépendances liées à la pauvreté et, plus largement, sur nos rapports humains et le climat désolant dans lequel nous tournons en rond! Il nous faut bien en rire, et pour cela, nous offrir un bon Beckett!
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Collaboration spéciale
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