Lettres - Adieu, camarade Fugère
Au domaine prestigieux du «télé-théâtre», il n'y avait qu'un (grand) trio de réalisateurs: Carrier, Blouin et, lui qui vient de mourir, Fugère. De 1960 à 1980, ce brillant spectacle télévisé des jeudis soir constitue la gloire passée du réseau public français, l'âme de l'ancienne Radio-Canada. À son affiche renommée régnait donc Jean-Paul Fugère, jeune ex-aspirant comédien aux «Compagnons».
Jean-Paul avait des airs de jeune jésuite fougueux, un visage grêlé, rempli de rides vivaces, il respirait l'énergie et l'entière dévotion aux grands classiques, aussi aux jeunes auteurs québécois. J'ai eu l'honneur d'être parmi ces débutants quand il réalisa La mort dans l'âme avec un hallucinant François Tassé, héros perdu par la drogue.
Fugère signa 100 fois son nom à cette enseigne de haut calibre. Plus tard, le voilà romancier avec un quatuor d'ouvrages, sombres et stimulants récits. Histoires d'une modeste écriture, sans afféteries jamais.
L'un de ses quatre bouquins racontait la folle quête d'un «habit de noces» chez un tailleur italien de la Plaza Saint-Hubert, quartier d'où il venait (paroisse Saint-Ambroise).
C'est lui, le pourtant calme et pondéré Fugère, qui sera un des chefs de la célèbre «grève des réalisateurs» en 1958-1959. Lui mort, je le revois, au long des années 1960, vaillant bûcheur au grand studio 42, avec ses très précises indications pour les acteurs, les cameramen. Un fameux chef d'orchestre. Sous sa placidité apparente, on devinait une sorte d'urgence. Cela malgré sa voix d'un calme parfait. C'était «le pilote» d'un navire chargé de «capteurs» aux images, à l'occasion, éblouissantes. Fugère savait illustrer, avec une clarté parfois troublante, les intrigues inventées, ses dramatiques n'étaient jamais ennuyeuses.
Il n'y a plus de ces riches télé-théâtres, hélas, il n'y a plus de Jean-Paul Fugère. Que ce paradis promis l'accueille. Adieu, camarade d'antan.
***
Claude Jasmin - Sainte-Adèle, le 14 décembre 2011
Jean-Paul avait des airs de jeune jésuite fougueux, un visage grêlé, rempli de rides vivaces, il respirait l'énergie et l'entière dévotion aux grands classiques, aussi aux jeunes auteurs québécois. J'ai eu l'honneur d'être parmi ces débutants quand il réalisa La mort dans l'âme avec un hallucinant François Tassé, héros perdu par la drogue.
Fugère signa 100 fois son nom à cette enseigne de haut calibre. Plus tard, le voilà romancier avec un quatuor d'ouvrages, sombres et stimulants récits. Histoires d'une modeste écriture, sans afféteries jamais.
L'un de ses quatre bouquins racontait la folle quête d'un «habit de noces» chez un tailleur italien de la Plaza Saint-Hubert, quartier d'où il venait (paroisse Saint-Ambroise).
C'est lui, le pourtant calme et pondéré Fugère, qui sera un des chefs de la célèbre «grève des réalisateurs» en 1958-1959. Lui mort, je le revois, au long des années 1960, vaillant bûcheur au grand studio 42, avec ses très précises indications pour les acteurs, les cameramen. Un fameux chef d'orchestre. Sous sa placidité apparente, on devinait une sorte d'urgence. Cela malgré sa voix d'un calme parfait. C'était «le pilote» d'un navire chargé de «capteurs» aux images, à l'occasion, éblouissantes. Fugère savait illustrer, avec une clarté parfois troublante, les intrigues inventées, ses dramatiques n'étaient jamais ennuyeuses.
Il n'y a plus de ces riches télé-théâtres, hélas, il n'y a plus de Jean-Paul Fugère. Que ce paradis promis l'accueille. Adieu, camarade d'antan.
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Claude Jasmin - Sainte-Adèle, le 14 décembre 2011








