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Télévision à la une - Le rire pour se libérer des dogmes

Fabien Deglise   7 août 2010  Télévision

À retenir

    • Tout le monde en parlait - Humour politique, première partie
    • Radio-Canada, mardi 10 août à 19h30.
On s'en souvient en rigolant même si ce n'est plus très drôle. Dans les années 1960, l'ex-lecteur de journaux à l'émission matinale de la première chaîne de Radio-Canada, Marc Laurendeau, a fait rire le Québec tout entier avec un numéro comique portant sur... les sacres. Oui, ceux qui commencent par un «t» ou un «c».

Débitant les mots d'église, en costume d'académicien, sur fond de toile de maître, le journaliste, alors membre du groupe humoristique baptisé Les Cyniques, n'y allait pas «avec le dos de la main morte», comme dirait l'esprit mêlé. Un travers partagé d'ailleurs par ses amis André Dubois, Serge Grenier et feu Marcel Saint-Germain, qui pendant une décennie ont clamé leur rupture avec leur époque en frappant sur tout ce qui bougeait: le cardinal Léger, l'Église, les prêtres, les minorités, Camil Samson et les autres.

En mutation

L'époque était en mutation. L'équipe du tonnerre de Jean Lesage s'installait alors au pouvoir. Montréal, elle, se préparait à vibrer au rythme de la mondialisation avec l'Expo 67. Un terreau fertile, en somme, pour faire émer-ger au Québec un humour politique socialement engagé et férocement opposé aux dogmes du moment, que l'émission Tout le monde en parlait a décidé de brasser un peu pour rappeler à notre bon souvenir ce chapitre de l'histoire comique du Québec que les moins de 20 ans...

L'aventure se joue en deux temps. Premier arrêt: la décennie 1960, avec les Cyniques et leur goût de l'irrévérence nourrie aux aberrations du moment. D'abord sur le campus de l'Université de Montréal — d'où toute cette histoire est partie —, puis à la télévision lors de plusieurs Bye bye, le quatuor a rapidement fait sa marque dans un Québec en pleine Révolution tranquille en défonçant des portes. Avec sa «leçon de sacres», le groupe a été le premier à sortir des cuisines ces marqueurs de la colère et de la frustration pour les servir sur scène, mais aussi à remettre en question la mainmise de la religion sur les citoyens en se gaussant de l'attitude princière d'un cardinal, voire en attaquant les curés là où ça fait mal: l'homosexualité et la pédophilie.

Audacieux

De l'audace, les Cyniques n'en manquaient pas, eux qui ironisaient sur la police et leur matraque, sur les crises linguistiques, sur la Reine. Et c'est tant mieux, puisque ce faisant, ils ont finalement permis l'éclosion d'un rire engagé que d'autres après eux se sont approprié, comme les Clémence Desrochers, Jean-Guy Moreau ou encore Claude Landré, qui vont fournir la matière du deuxième volet de ce Tout le monde en parlait consacré à l'humour politique.

Sur le mode de la nostalgie, mais pas trop, cet autre chapitre permet de renouer avec le comique qui a ciblé, lors de la décennie 1970, les envies de liberté, celle des femmes, portées par Clémence et ses «Girls», et celles d'un peuple cristallisées par un homme, René Lévesque, qui, après la victoire du Parti québécois en 1976, s'est retrouvé au centre du spectacle de Moreau intitulé Mon cher René, c'est à ton tour.

Arme de réflexion massive

Dans le temps, la proposition artistique a marqué les esprits — plus en tout cas que son Manquez pas le bateau, fiasco de l'après-référendum de 1980 —, donnant du même coup le ton d'un humour posé sur la place publique comme une arme de réflexion massive. Un humour de profondeur qui n'a bien sûr pas épargné Claude Ryan, Pierre Elliott Trudeau, Robert Bourassa, Jean Drapeau, mais aussi Helvi Sipila (qui a ouvert l'Année internationale de la femme de 1975) et dont les trentenaires de l'époque, à la retraite aujourd'hui ou sur le point de l'être, semblent vouloir s'ennuyer...

Tout le monde en parlait - Humour politique, première partie
Radio-Canada, mardi 10 août à 19h30.
 
 
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