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    Chaîne télé pour tout-petits - L'univers insidieux de Yoopa

    21 avril 2010 | Étienne Hannequart-Ferron - Saint-Bruno de Montarville | Télévision
    Vous le savez peut-être, une nouvelle chaîne est apparue: Yoopa, destinée aux enfants de deux à six ans, produit du Groupe TVA, avec en prime un portail Internet et un magazine pour les parents.

    Yoopa est une chaîne télé et qu'est-ce que la télé sinon une industrie exclusivement basée sur la publicité? Afin de bien cerner l'idée, citons les célèbres propos de Patrick Le Lay, ancien p.-d.g de TF1 en France: «Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective "business", soyons réalistes: à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. [...] Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. [...] Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise... »

    Difficile de mieux résumer le concept de la télévision. Yoopa est donc un premier pas, une introduction à la matière puisque visant les très jeunes enfants (de deux à six ans selon les responsables, mais rien n'empêche les plus jeunes de la regarder, et c'est une porte ouverte à d'autres chaînes, par exemple Baby First, destinée aux moins de trois ans). Pour les industriels, l'enfant n'est qu'un consommateur de plus. Il ne dépense pas, certes, mais ses parents le font pour lui, pour l'amuser, l'aider à se développer et, sans le dire, qu'il arrête de gigoter un instant.

    Routine de la journée

    À la différence des simples émissions ou films pour enfants, Yoopa est une chaîne diffusant presque sans arrêt, de 6h à 22h. Les parents des enfants déjà accros (témoignages lus sur leur page Facebook) ressortent toujours la même excuse: ce sont les parents qui sont responsables de fixer des limites à leur progéniture. Difficile d'être contre le sens commun, mais Yoopa reste une chaîne qu'il est possible de consommer toute la journée.

    D'ailleurs, laissons la parole aux responsables. «La grille est construite en quatre blocs, comme un jeu de construction, pour accompagner l'enfant dans sa routine de la journée. Tout d'abord, dès le saut du lit, une programmation sous le thème Joyeux réveil. Puis, il y a le bloc Ça déménage!, pour canaliser l'énergie débordante des petits. Ensuite, le bloc Il était une fois... des histoires, pour nourrir l'imaginaire de l'enfant... Finalement, pour le bloc de la soirée, c'est Câlins et doudou, des émissions calmes qui durent entre 10 et 12 minutes pour favoriser la détente avant le dodo.» Accompagner l'enfant dans sa routine de la journée, n'est-ce pas là un but clairement démontré?

    ***

    Danger

    Yoopa est dangereuse pour plusieurs raisons. Premièrement, elle habitue l'enfant à la télévision et à tout ce qu'elle comporte: publicité et consommation pulsionnelles, indifférence progressive relativement à ses stimuli (couleurs vives, bruits aigus, montages rapides) et perte du sens critique. Un enfant qui écoute une émission s'identifie au personnage et il devient alors facile de vendre un produit (à ses parents) en l'associant à son image de marque.

    Contrairement à ce qu'on peut penser, la télévision ne calme pas les enfants mais au contraire les excite afin de les tenir en haleine, et ils le restent même après que la télé soit éteinte. Point plus complexe, l'enfant de moins de trois ans est en pleine construction de lui-même, il s'identifie à ses parents, à son entourage pour bâtir son surmoi (définition du Petit Robert: élément de la structure psychique agissant inconsciemment sur le moi comme moyen de défense contre les pulsions susceptibles de provoquer une culpabilisation, et qui se développe dès l'enfance par intériorisation des exigences et des interdits parentaux) et la télévision vient court-circuiter cette identification en attirant son attention, ceci pouvant créer une association des pulsions aux modèles de la télévision, un épuisement de l'attention à force d'être sollicité ainsi qu'un dérangement profond dans la construction de la personnalité et des repères de l'enfant. Certaines personnes poussent l'audace jusqu'à affirmer que la télé serait en grande partie responsable des troubles de déficit d'attention si fréquents à notre époque.

    Piège à ne pas oublier, les programmes pour bambins ont presque toujours l'ambition d'être ludoéducatifs, d'apprendre diverses choses en amusant telles que les formes, couleurs, lettres, chiffres et relations humaines. Mais ce concept de rentabilité du temps peut être malsain s'il est appliqué dans un contexte de concurrence et de précipitation du résultat, comme si nos enfants étaient des machines qu'il fallait pousser à tout prix. Nos enfants méritent mieux que la télévision.

    ***

    Étienne Hannequart-Ferron - Saint-Bruno de Montarville
     
     
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