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A-t-on les moyens de nourrir nos enfants?

Alexandre Shields   28 novembre 2009  Télévision

À retenir

    •  La Faim d’un pays
    • Lundi 30 novembre
    • Grands reportages, RDI, 20h.

Vous en souvenez-vous? Il y a 20 ans, les députés fédéraux adoptaient à l’unanimité une résolution présentée par le chef néodémocrate Ed Broadbent et qui engageait le gouvernement à «atteindre l’objectif d’éliminer la pauvreté des enfants d’ici l’an 2000». Qui aurait pu voter contre une telle proposition? Après tout, personne n’est contre la vertu. Mais de là à passer du vœu pieux aux actes...



Car deux décennies plus tard, rien n’a vraiment changé au Canada. «La situation est la même», déplore d’ailleurs M.Broadbent dans le documentaire La Faim d’un pays. En fait, la pauvreté continue de frapper entre 12 et 15% des enfants du pays, ce qui équivaut aujourd’hui à environ 700 000 jeunes.

Et le chiffre est encore plus élevé chez les autochtones. Non seulement la détresse des familles démunies n’a pas perdu de terrain depuis 20 ans, mais l e recours aux banques alimentaires a doublé à l’échelle nationale.

Dans certaines villes, le nombre d’utilisateurs a même été multiplié par trois. Une tendance qui risque de s’aggraver, alors que les prix des aliments ont connu des hausses fulgurantes au cours des dernières années. Des hausses qui s’expliquent par plusieurs facteurs, dont la soif de profits des grands groupes qui font commerce de denrées essentielles à la vie.

Une chaîne mercantile qui se perpétue jusqu’aux rayons des épiceries, où — hasard? — les rabais se font habituellement plus rares au début du mois.

Malheureusement, la pauvreté qui frappe les enfants ne saute pas toujours aux yeux, parce que cachée derrière les portes closes des appartements mal chauffés et mal entretenus dans lesquels vivent ces générations montantes mal parties. Des centaines de milliers de ventres prennent souvent le chemin de l’école vides, avec tout ce que cela comporte de conséquences.

Et désormais, 40% des enfants pauvres vivent dans une famille où au moins un des parents occupe un emploi. Un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Sans compter les immigrants diplômés universitaires cantonnés à de petits boulots mal payés, faute de reconnaissance de leurs acquis.

Daniel Germain, fondateur du trop nécessaire Club des petits-déjeuners, insiste également sur le caractère profondément «cruel» de la pauvreté des enfants dans les pays développés, où «ils se font rappeler tous les jours les choses auxquelles ils n’auront jamais accès».

Le réalisateur Mark Chatel donne d’ailleurs la parole à cette mère de famille monoparentale qui, comme tant d’autres, trouve difficile de dire constamment non à ses enfants qui lui réclament des choses qui sont du domaine de l’anodin pour plusieurs.

Devant cette misère indécente, que font les décideurs? Peu de choses, répond le documentaire. Il est d’ailleurs pour le moins ironique d’entendre Paul Martin affirmer qu’il s’est senti déchiré de devoir couper le financement aux logements sociaux au nom de la lutte contre le déficit lorsqu’il était ministre des Finances. Le même Paul Martin qui possédait alors la Canadian Steamship Lines, souvent montrée du doigt comme un exemple de recours aux paradis fiscaux.

Après tout, on ne gagne pas des élections en promettant d’enrayer la faim et la misère, mais en jurant qu’on diminuera taxes et impôts. Pas question, non plus, de faire payer davantage les grandes fortunes ou de se donner les moyens de lutter efficacement contre l’évasion fiscale. Bref, les moyens finissent par manquer à l’État pour remplir sa mission sociale. Surtout quand on dépense allègrement dans le créneau militaire, comme le font les conservateurs de Stephen Harper.

Le documentaire a le mérite de tenter de stimuler une réflexion essentielle sur le sort qu’on réserve aux enfants d’ici.

Malheureusement, il se contente de conclure sur une note un peu fleur bleue en appelant aux petits gestes individuels. Certes, ceux-ci sont absolument essentiels. On le constate chaque année lors de la saison des guignolées, saison qu’on devrait d’ailleurs étendre.

Mais pour s’attaquer réellement au problème, il faudra se donner des moyens à la hauteur du défi qui, 20 ans plus tard, attend toujours d’être relevé.

 
 
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