Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Un coup de coeur nommé Aveux

    Fin d'une télésérie qui a passionné les Québécois

    24 novembre 2009 |Stéphane Baillargeon | Télévision
    Le comédien Maxime Denommée incarne Simon/Carl, personnage principal de la télésérie Aveux.
    Photo: Radio-Canada Le comédien Maxime Denommée incarne Simon/Carl, personnage principal de la télésérie Aveux.
    Radio-Canada diffuse ce soir la conclusion de sa mégamerveilleuse série Aveux, de loin la plus belle surprise de la rentrée automnale au petit écran. Retour sur une production hors norme avec l'auteur, Serge Boucher, et le réalisateur, Claude Desrosiers.

    Le client a toujours raison, et le public, lui, n'a pas nécessairement tort. Même si, en votant avec sa télécommande, le bon peuple place immanquablement La Poule aux oeufs d'or ou Le Banquier parmi les émissions les plus regardées au Québec. Pour se réconcilier avec la justesse et l'intelligence du téléspectateur moyen, vous et nous quoi, il suffit d'aller lire les innombrables commentaires que suscite la série Aveux, une des plus admirables surprises de la télévision québécoise des dernières années.

    Les exégètes du dimanche n'en finissent plus de décortiquer les enjeux d'Aveux autour de questions étriquées du genre: «Est-ce que Charles en sait plus qu'il ne le laisse paraître?» Les répondants en profitent souvent pour passer la pommade de long en large et le plumeau de haut en bas.

    «Aveux est une magnifique série qui a le mérite de nous faire réfléchir sur notre soi-disant bonheur et nos relations avec chacun, écrivait avant-hier une téléspectatrice comblée, de son île des Soeurs. Encore une fois un gros merci.»

    L'auteur d'Aveux, Serge Boucher, ne s'en cache pas: il se délecte de ces échanges surmultipliés. «Je suis juste heureux, dit-il. On a notre dose quotidienne de réactions positives, et ça fait franchement plaisir. Je suis particulièrement étonné par l'amas de spéculations autour de l'histoire.»

    Dramaturge encensé (Motel Hélène, Natures mortes...), il vit sa première expérience à la télévision et mesure du même coup l'impact de ce média encore surpuissant. «Je suis très fier de cette série, confie-t-il. Je veux dire de ce qu'elle est devenue en passant de l'écriture à l'écran: une série rassembleuse, pour tous, qui se regarde en famille, à tous âges, qui parle au coeur du monde».

    Le réalisateur Claude Desrosiers, pourtant habitué aux éloges populaires depuis la série Les Hauts et des Bas de Sophie Paquin, parle d'un engouement hors du commun. «On sent le buzz, dit-il. On sent que l'on touche quelque chose de beaucoup plus large.»

    Serge Boucher raconte avoir été contacté par des maisons de production dès sa première pièce, en 1993. Il a longtemps refusé les avances parce qu'il n'avait «aucun projet» et attendait que «quelque chose [lui] parle dans le ventre». Il a rappelé un producteur en 2001 et abandonné son premier projet après six mois de travail. «J'ai décidé d'arrêter tout ça un vendredi soir, à cinq heures, au coin de Viger et de Saint-Hubert, dans mon auto, après une réunion. J'ai rappelé la maison trois semaines après pour annoncer que j'avais une nouvelle idée qui est devenue Aveux. Je suis parti d'une note que j'avais dans un cahier.»

    Il a mis cinq ans à en venir à bout et il a choisi la série télé précisément parce que ce moyen d'expression lui permettait de raconter une saga familiale sur plusieurs heures. «Je ne voulais pas que mon passage à la télé soit un accident de parcours, dit-il. Je voulais que ce soit honnête et senti, comme mon théâtre, comme tout ce que j'ai à faire dans la vie. Je ne sais pas grand-chose, mais je sais où je dois être. Je veux dire que Simon/Carl me troublait assez pour que je puisse y consacrer bien des efforts.»


    «Silences habités»

    Simon/Carl est le personnage principal, incarné par Maxime Denommée. Les habitués le savent, et les autres n'ont qu'eux à blâmer pour cette ignorance (en attendant le coffret de DVD). Simon qui est devenu Carl est beau et triste à la fois et il appelle la compassion comme d'autres s'attirent les foudres. «C'est un petit poulet qu'on a le goût de serrer dans nos bras, dit le réalisateur. Il est attachant au premier regard.»

    Tous les éléments font corps dans cette production, de la musique aux plans, mais les interprètes dirigés royalement comptent pour beaucoup, énormément, passionnément dans le succès. La mère, incarnée par Danielle Proulx, mériterait plusieurs prix à elle seule, et ils viendront certainement. «C'est un rôle très fort, ajoute M. Desrosiers. Il y a très peu d'actrices qui ont assez de culot pour jouer ce rôle.»

    Serge Boucher aime répéter, un peu comme l'auteur américain John Dos Passos, que dans ses portraits pour le théâtre «même les paquets de cigarettes parlent plus fort que les personnages». Claude Desrosiers a conservé et à vrai dire amplifié ces silences bruissants. «J'ai lu le texte en boucle peut-être vingt ou trente fois, avant de commencer à tourner, dit-il. Je voulais le maîtriser sur le bout des doigts, entre autres parce qu'on tournait les scènes dans le désordre, en nous déplaçant de lieu en lieu. Je voulais aussi comprendre le sous-texte. Serge Boucher écrit de magnifiques dialogues réalistes, mais le plus important dort en dessous. Les personnages parlent de tondre le gazon, alors qu'ils retiennent d'immenses secrets. Leurs silences sont habités.»

    Habités par des secrets, lentement avoués donc, comme dans le théâtre de Serge Boucher, également surchargé de rêves oubliés et de cauchemars enfouis. «J'ai l'impression de revisiter des lieux communs, avoue-t-il finalement. Aveux, c'est une histoire classique. Les secrets sont à la base des histoires depuis la nuit des temps. De la vie aussi. Les humains se fréquentent sans comprendre de quoi les autres sont en train de vivre ou de mourir. Ce problème m'obsède.» Claude Desrosiers cite alors une réplique répétée quelques fois par des personnages d'Aveux: «Si seulement on pouvait être dans la tête de ceux qu'on aime...»

    La dernière belle grande lobotomie est pratiquée ce soir. «Ça aura été une magnifique série, mais toute bonne chose a une fin, a écrit il y a quelques jours un autre fan, sur le site de Radio-Canada. J'espère seulement que M. Boucher en écrira une autre pour la prochaine saison.»

    Eh bien, non. Il n'y aura pas d'Aveux II, le dévoilement des secrets ne pouvant, ne devant servir qu'une seule fois, comme les allumettes. Seulement, Serge Boucher promet qu'il écrira à nouveau pour la télévision. L'auteur aussi a toujours raison...












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.