Conflit à l'OSM - L'excellence sur scène et dans les coulisses
En réponse à la lettre de Pierre Fortin et Marc Van Audenrode parue le 27 août, à l'éditorial de Josée Boileau du 19 août 2005 et à la lettre de Lucien Bouchard et Madeleine Careau parue le 16 août 2005
Orchestre symphonique de Montréal (OSM) est composé de plus de 90 musiciens québécois, canadiens et étrangers, et cette famille est forte d'une expérience acquise tant au sein de l'OSM que dans nombre d'orchestres au Canada, aux États-Unis et ailleurs. Cette expérience collective est avant tout artistique mais représente aussi une importante et véritable connaissance du milieu symphonique et des enjeux que présentent les négociations actuelles pour l'OSM.
Les musiciens de l'OSM sont fiers de pouvoir se comparer favorablement aux plus grands orchestres du monde entier, y compris à des orchestres américains où les budgets annuels sont trois fois plus importants que celui de l'OSM. Plusieurs de nos musiciens ont joué dans ces orchestres avant d'arriver à l'OSM. D'autres ont quitté l'OSM pour se joindre à ces orchestres; de ces musiciens, certains ont choisi de rester à l'étranger mais plusieurs sont revenus, forts d'une expérience que la direction et le conseil tireraient avantage à connaître.
Au lieu de promouvoir le statu quo, de niveler vers le bas ou de se cacher derrière des clichés (la taille du marché local, l'économie de la ville, etc.), le conseil d'administration et la direction se doivent d'explorer de nouvelles avenues de financement. Il est plus que temps d'apprendre, de comprendre comment d'autres grands orchestres s'y prennent pour augmenter à la fois les budgets annuels et les salaires des musiciens.
Gel budgétaire, lourde administration
Le budget annuel de l'OSM a très peu augmenté depuis le début des années 90: il a même chuté avant de remonter, pour une augmentation totale d'environ 10 % en 15 ans, bien en deçà de l'augmentation du coût de la vie. Le directeur général en poste jusqu'au début des années 90, Zarin Mehta, est maintenant directeur général du Philharmonique de New York alors que ses divers successeurs à l'OSM, nommés par le conseil d'administration, n'oeuvrent maintenant plus dans le milieu de la musique classique.
Cependant, depuis le départ de M. Mehta, la taille de l'équipe de direction à l'OSM a triplé, passant d'une quinzaine d'administrateurs en 1990 à 45 en 2005. Quels sont les besoins qui justifient cette augmentation du personnel administratif? Quel est l'impact, sur le budget annuel, d'une telle augmentation des effectifs de l'administration de l'OSM au fil des années alors que les salaires des musiciens stagnent?
La direction se plaît à dire que les musiciens de l'OSM ne sont pas les seuls travailleurs québécois à être moins bien payés que leurs collègues d'ailleurs. Mais tenons-nous-en à notre réalité et non à celle des médecins, des professeurs ou des avocats: l'OSM est le meilleur orchestre canadien et se doit ainsi d'offrir les meilleurs salaires au pays. C'est le cas dans les plus grands orchestres américains, où les salaires de base sont sensiblement les mêmes malgré des différences marquées du coût de la vie, par exemple entre New York et Cleveland, deux orchestres du Big Five américain.
L'orchestre du Centre national des arts (CNA) à Ottawa est présentement l'orchestre le mieux payé au Canada avec un salaire de 20 % plus élevé qu'à l'OSM, et ce, pour une charge de travail nettement moins lourde que celle des musiciens de l'OSM.
Historiquement, les salaires à l'OSM et au CNA se sont toujours suivis de près. À la suite de la grève des musiciens de l'OSM en 1998 et de l'augmentation de salaire qui s'en est résultée, les musiciens de l'orchestre du CNA ont exigé la parité avec leurs collègues de l'OSM et l'ont obtenue.
La différence: un conseil d'administration et une direction au CNA qui savent faire preuve à la fois de vision artistique, d'audace dans le financement et de compréhension du métier exercé par les musiciens. Je parle en connaissance de cause, ayant moi-même joué à l'orchestre du CNA en 2003-04.
Des conditions qui comptent
La direction et le conseil d'administration de l'OSM tentent de faire valoir publiquement que les enjeux de la négociation actuelle tiennent à des clauses sur les applaudissements, sur les longueurs de répétitions de symphonies dépassant les 90 minutes, etc., bref, sur des situations d'exception qui ne devraient en rien devenir la base des règles contenues dans une convention collective d'un orchestre symphonique du calibre de l'OSM.
Il y a bien sûr les conditions de tournées et d'enregistrements, deux réalités qui touchent de façon majeure un orchestre de la réputation de l'OSM. La direction souhaite ni plus ni moins faire table rase et obtenir carte blanche pour faire n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand, et tout cela en déboursant le moins possible d'argent pour les frais additionnels ou de compensations normatives aux musiciens.
Les conditions salariales et normatives sont un point d'attraction majeur pour les musiciens de haut niveau qui seraient éventuellement intéressés à auditionner pour l'OSM. Comment pouvons-nous alors espérer attirer des musiciens qui jouent déjà dans de grands orchestres alors que les conditions offertes à Montréal sont nettement moins attrayantes, et ce, même si l'OSM jouit d'une meilleure réputation sur le plan musical?
Il est irresponsable de vouloir faire travailler les musiciens de l'OSM dans des conditions où l'économie de moyens financiers menace la qualité du produit artistique, et ce, autant à Montréal qu'en tournée ou lors des enregistrements.
J'ai grandi à Montréal en assistant aux concerts de l'OSM et je suis toujours aussi ébahi et heureux de me retrouver au sein d'une si belle section, d'un orchestre aussi remarquable. L'histoire, l'héritage et l'importance de l'OSM dans le milieu symphonique mondial sont des éléments beaucoup plus grands que le conflit de travail actuel. Musiciens, administrateurs, gens du public, mécènes et politiciens: nous nous devons tous d'exiger la même excellence et la même fierté dans les bureaux de la direction et du conseil d'administration que sur scène lors des concerts de l'OSM.
Orchestre symphonique de Montréal (OSM) est composé de plus de 90 musiciens québécois, canadiens et étrangers, et cette famille est forte d'une expérience acquise tant au sein de l'OSM que dans nombre d'orchestres au Canada, aux États-Unis et ailleurs. Cette expérience collective est avant tout artistique mais représente aussi une importante et véritable connaissance du milieu symphonique et des enjeux que présentent les négociations actuelles pour l'OSM.
Les musiciens de l'OSM sont fiers de pouvoir se comparer favorablement aux plus grands orchestres du monde entier, y compris à des orchestres américains où les budgets annuels sont trois fois plus importants que celui de l'OSM. Plusieurs de nos musiciens ont joué dans ces orchestres avant d'arriver à l'OSM. D'autres ont quitté l'OSM pour se joindre à ces orchestres; de ces musiciens, certains ont choisi de rester à l'étranger mais plusieurs sont revenus, forts d'une expérience que la direction et le conseil tireraient avantage à connaître.
Au lieu de promouvoir le statu quo, de niveler vers le bas ou de se cacher derrière des clichés (la taille du marché local, l'économie de la ville, etc.), le conseil d'administration et la direction se doivent d'explorer de nouvelles avenues de financement. Il est plus que temps d'apprendre, de comprendre comment d'autres grands orchestres s'y prennent pour augmenter à la fois les budgets annuels et les salaires des musiciens.
Gel budgétaire, lourde administration
Le budget annuel de l'OSM a très peu augmenté depuis le début des années 90: il a même chuté avant de remonter, pour une augmentation totale d'environ 10 % en 15 ans, bien en deçà de l'augmentation du coût de la vie. Le directeur général en poste jusqu'au début des années 90, Zarin Mehta, est maintenant directeur général du Philharmonique de New York alors que ses divers successeurs à l'OSM, nommés par le conseil d'administration, n'oeuvrent maintenant plus dans le milieu de la musique classique.
Cependant, depuis le départ de M. Mehta, la taille de l'équipe de direction à l'OSM a triplé, passant d'une quinzaine d'administrateurs en 1990 à 45 en 2005. Quels sont les besoins qui justifient cette augmentation du personnel administratif? Quel est l'impact, sur le budget annuel, d'une telle augmentation des effectifs de l'administration de l'OSM au fil des années alors que les salaires des musiciens stagnent?
La direction se plaît à dire que les musiciens de l'OSM ne sont pas les seuls travailleurs québécois à être moins bien payés que leurs collègues d'ailleurs. Mais tenons-nous-en à notre réalité et non à celle des médecins, des professeurs ou des avocats: l'OSM est le meilleur orchestre canadien et se doit ainsi d'offrir les meilleurs salaires au pays. C'est le cas dans les plus grands orchestres américains, où les salaires de base sont sensiblement les mêmes malgré des différences marquées du coût de la vie, par exemple entre New York et Cleveland, deux orchestres du Big Five américain.
L'orchestre du Centre national des arts (CNA) à Ottawa est présentement l'orchestre le mieux payé au Canada avec un salaire de 20 % plus élevé qu'à l'OSM, et ce, pour une charge de travail nettement moins lourde que celle des musiciens de l'OSM.
Historiquement, les salaires à l'OSM et au CNA se sont toujours suivis de près. À la suite de la grève des musiciens de l'OSM en 1998 et de l'augmentation de salaire qui s'en est résultée, les musiciens de l'orchestre du CNA ont exigé la parité avec leurs collègues de l'OSM et l'ont obtenue.
La différence: un conseil d'administration et une direction au CNA qui savent faire preuve à la fois de vision artistique, d'audace dans le financement et de compréhension du métier exercé par les musiciens. Je parle en connaissance de cause, ayant moi-même joué à l'orchestre du CNA en 2003-04.
Des conditions qui comptent
La direction et le conseil d'administration de l'OSM tentent de faire valoir publiquement que les enjeux de la négociation actuelle tiennent à des clauses sur les applaudissements, sur les longueurs de répétitions de symphonies dépassant les 90 minutes, etc., bref, sur des situations d'exception qui ne devraient en rien devenir la base des règles contenues dans une convention collective d'un orchestre symphonique du calibre de l'OSM.
Il y a bien sûr les conditions de tournées et d'enregistrements, deux réalités qui touchent de façon majeure un orchestre de la réputation de l'OSM. La direction souhaite ni plus ni moins faire table rase et obtenir carte blanche pour faire n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand, et tout cela en déboursant le moins possible d'argent pour les frais additionnels ou de compensations normatives aux musiciens.
Les conditions salariales et normatives sont un point d'attraction majeur pour les musiciens de haut niveau qui seraient éventuellement intéressés à auditionner pour l'OSM. Comment pouvons-nous alors espérer attirer des musiciens qui jouent déjà dans de grands orchestres alors que les conditions offertes à Montréal sont nettement moins attrayantes, et ce, même si l'OSM jouit d'une meilleure réputation sur le plan musical?
Il est irresponsable de vouloir faire travailler les musiciens de l'OSM dans des conditions où l'économie de moyens financiers menace la qualité du produit artistique, et ce, autant à Montréal qu'en tournée ou lors des enregistrements.
J'ai grandi à Montréal en assistant aux concerts de l'OSM et je suis toujours aussi ébahi et heureux de me retrouver au sein d'une si belle section, d'un orchestre aussi remarquable. L'histoire, l'héritage et l'importance de l'OSM dans le milieu symphonique mondial sont des éléments beaucoup plus grands que le conflit de travail actuel. Musiciens, administrateurs, gens du public, mécènes et politiciens: nous nous devons tous d'exiger la même excellence et la même fierté dans les bureaux de la direction et du conseil d'administration que sur scène lors des concerts de l'OSM.
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