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Concerts classiques - Louis Dufort, le polymorphe

François Tousignant   24 janvier 2005  Musique
On peut diviser ce concert en deux parties. D'abord celle qui utilise les instruments traditionnels en combinaison avec l'électronique, en temps direct comme en «bande» (faute de meilleur terme pour le nouveau support sonore).

On assiste à trois états du «théâtre» musical. D'abord le plus intellectuel et pictural: Accident, où Marie-Chantal Leclair fut renversante. L'interaction avec l'électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant. Un son part du saxophone, l'électronique le magnifie avant de le lui rendre, ou vice-versa, sous forme de moult péripéties, sorte d'accidents dans un parcours formel net et saisissant.

Les adjonctions d'effets spéciaux (bruits de clés, usage de grelot qui tinte ou qui choque l'instrument) s'inscrivent dans la trame évolutive; le truc anecdotique, Dufort n'en veut pas, il lui redonne un sens.

Pour Spiel, la parole poétique des quelques vers cités guide mieux l'auditeur. La flûtiste Claire Marchand avait déjà ébloui à la SMCQ plus tôt cette saison; on la retrouve ici aussi maîtresse de tout ce qu'elle a à faire au point que l'on n'écoute plus que ce qu'elle a à dire. Qui pense que ce type de répertoire n'est que facilité ou vision absconse se voit ici enveloppé dans un monde de sonorités stellaires qui rejoint le plus intime de l'Être (pour parodier le bref texte utilisé par Dufort). Malgré certains éclats, cette oeuvre intimiste mérite de se voir reprise, souvent et en divers milieux pour que chaque nouvelle interprétation en apporte une vision plus intérieure. Voilà une des forces de Dufort: nonobstant ce qu'il présente de mieux, on sent qu'il y a là potentiel à évolution interprétative selon les conditions de présentation, une des caractéristiques de cet art acousmatique.

Avec Consomption, le théâtre fait son entrée de plain-pied. Un éclairage plus soigné aurait aidé à mieux faire passer le jeu d'Émilie Laforest. Sa bouche se fait parfois émettrice du cri (sous toutes ses formes), parfois elle devient émettrice virtuelle de ce que diffusent les haut-parleurs. Le jeu est assez surprenant, malgré une mise en scène un peu lourdaude. L'expression n'en est pas moins poignante et le résultat, encore une fois, se montre digne d'un grand créateur.

La seconde partie se consacre plus directement à l'électronique «pure». Sound Object, avec ses trois écrans qui peignent l'origine des sons transformés, reste un premier essai; soigné, certes, mais sans réelle conséquence que ludique et superficielle. La démonstration l'emporte sur le reste, surtout quand on sait ce que ce domaine a déjà donné de fort.

Grain est curieusement plus conventionnel. L'idée est trop simple pour supporter un traitement original, et Dufort se contente de rester dans les sentiers battus, Après le reste, cela décevait un peu. On s'est repris en revoyant Cantique n° 2, toujours aussi efficace et intrigant, laissant perplexe, et dont la lecture aux niveaux deux ou trois sans les manipulations polyphoniques d'images et de sons demeure encore aussi stimulante.
 
 
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