Dumas au Cabaret Music-Hall - L'Homme-orchestre du XXIe siècle
Photo : Normand Blouin
Dumas, comme un gamin dans son carré de sable.
Pour un gars fin seul sur scène, Dumas était passablement nombreux hier au Cabaret Music-Hall. Dumas s'accompagnait lui-même dans le cadre de ce concert qui s'annonçait «solo», mais pas au sens où l'on disait autrefois d'un chansonnier qu'il s'accompagnait (à la guitare, par exemple). En fait, Dumas jouait avec Dumas. Et Dumas. Et Dumas. Et Dumas. Tout une foule de Dumas en un seul homme, miracle de la technologie moderne. «Hé, monsieur l'homme-orchestre, joue-moi ta chanson», version XXIe siècle.
J'explique. Non seulement Dumas recréait-il les ambiances et les sonorités de ses enregistrements à l'aide des habituelles pédales à effets — écho plus ou moins caverneux, distorsion, etc. — mais il était littéralement studio ambulant. Ainsi tapait-il par exemple un rythme sur la caisse de sa guitare (ou un riff, ou un motif de basse), l'échantillonnait, le redonnait en boucle, et jouait autre chose par-dessus. Une guitare rythmique, mettons. Et puis un solo par-dessus tout ça, au besoin. Et ses propres choeurs chantés dans un second micro prévu pour la manoeuvre. Au besoin aussi. Avec retours à la case départ quand ça lui prenait. Totale liberté. Effets ou pas d'effets, seul ou démultiplié, il avait le choix.
Et toute cette technologie portative lui convenait parfaitement. J'oserais dire: mieux qu'un vrai band. Ses chansons qui, exceptés les tubes Arizona, Miss Ectasy, J'erre et Tu m'aimes ou tu mens, ont le défaut patent de se ressembler beaucoup (il est le premier à en convenir: à un moment, il a précisé que la chanson à venir était «en mi-mineur, comme l'ensemble de mon oeuvre»), bénéficiaient ainsi de variations au moins aussi étonnantes que sur les disques. Le mélange d'acoustique et d'électronique, qui fait la force de l'album Le Cours des jours et de la bande sonore du film Les Aimants (réalisée en collaboration avec Carl Bastien), était bien plus plausible sous cette forme éminemment flexible que transposée à l'aide de musiciens: on avait l'impression que Dumas créait les chansons là, devant nous.
Et le gaillard s'amusait vraiment comme un gamin dans son carré de sable. Hilare, il n'en revenait pas de se livrer ainsi à ce petit ballet pour pieds et pédales, et il a même rigolé quand, pendant Junkie, il s'est emmêlé dans ses lacets. «C'est mon band, s'est-il excusé. Toujours la faute du bassiste.» Ludique et trippatif, drôle et déconnant, à la fois cool et capable d'autodérision, tout aussi brillant guitariste rythmique que soliste gauche, chanteur presque surpris de chanter si bien, Dumas s'offrait sous toutes ses facettes: ce type, comprenait-on, est un univers à lui tout seul. Et le décor, sorte de voûte céleste avec des planètes en boule-miroir et en motifs géométriques, semblait tout droit sorti de sa tête. Fascinante expérience. Et beau début d'année. À guichet fermé jusqu'à vendredi. Supplémentaire le 5 février.
J'explique. Non seulement Dumas recréait-il les ambiances et les sonorités de ses enregistrements à l'aide des habituelles pédales à effets — écho plus ou moins caverneux, distorsion, etc. — mais il était littéralement studio ambulant. Ainsi tapait-il par exemple un rythme sur la caisse de sa guitare (ou un riff, ou un motif de basse), l'échantillonnait, le redonnait en boucle, et jouait autre chose par-dessus. Une guitare rythmique, mettons. Et puis un solo par-dessus tout ça, au besoin. Et ses propres choeurs chantés dans un second micro prévu pour la manoeuvre. Au besoin aussi. Avec retours à la case départ quand ça lui prenait. Totale liberté. Effets ou pas d'effets, seul ou démultiplié, il avait le choix.
Et toute cette technologie portative lui convenait parfaitement. J'oserais dire: mieux qu'un vrai band. Ses chansons qui, exceptés les tubes Arizona, Miss Ectasy, J'erre et Tu m'aimes ou tu mens, ont le défaut patent de se ressembler beaucoup (il est le premier à en convenir: à un moment, il a précisé que la chanson à venir était «en mi-mineur, comme l'ensemble de mon oeuvre»), bénéficiaient ainsi de variations au moins aussi étonnantes que sur les disques. Le mélange d'acoustique et d'électronique, qui fait la force de l'album Le Cours des jours et de la bande sonore du film Les Aimants (réalisée en collaboration avec Carl Bastien), était bien plus plausible sous cette forme éminemment flexible que transposée à l'aide de musiciens: on avait l'impression que Dumas créait les chansons là, devant nous.
Et le gaillard s'amusait vraiment comme un gamin dans son carré de sable. Hilare, il n'en revenait pas de se livrer ainsi à ce petit ballet pour pieds et pédales, et il a même rigolé quand, pendant Junkie, il s'est emmêlé dans ses lacets. «C'est mon band, s'est-il excusé. Toujours la faute du bassiste.» Ludique et trippatif, drôle et déconnant, à la fois cool et capable d'autodérision, tout aussi brillant guitariste rythmique que soliste gauche, chanteur presque surpris de chanter si bien, Dumas s'offrait sous toutes ses facettes: ce type, comprenait-on, est un univers à lui tout seul. Et le décor, sorte de voûte céleste avec des planètes en boule-miroir et en motifs géométriques, semblait tout droit sorti de sa tête. Fascinante expérience. Et beau début d'année. À guichet fermé jusqu'à vendredi. Supplémentaire le 5 février.
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