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Vitrine du disque - Chantons tous son avènement

THE CHRISTMAS COLLECTION
Frank Sinatra
Reprise (Warner)

Feu Frank chantait Noël comme il chantait n'importe quoi d'autre: un martini à la main et la cravate dénouée. Relaxe, baby! Plus précisément, on le constate à l'écoute de cette collection de rengaines saisonnières, Ol' Blue Eyes chante Noël comme si Noël était une femme — «a broad», dans son langage de séducteur malpoli —, en tombeur débonnaire et vocaliste génial qu'il était, à la fois détaché et intense, familial et roublard, authentique et superficiel. De fait, trop occupé à faire la fête à Vegas avec les «broads» et les copains du Rat Pack, Sinatra enregistra peu de chansons pour le temps des Fêtes: outre son seul et unique album de Noël, le très ordinaire Twelve Songs Of Christmas paru à sa propre enseigne en 1964, il y a seulement ses contributions au disque-carte de Noël The Sinatra Family Wish You A Merry Christmas (des quatuors avec la progéniture, gravés à la sauvette en 1969) et des extraits d'émissions de télé (dont un duo gospel, Go Tell It On The Mountain, avec Bing Crosby). S'il n'y a rien là-dedans d'essentiel, au contraire d'Elvis qui prenait les hymnes religieux de Noël très au sérieux, et si l'on se serait passé du «nouvel» accompagnement d'orchestre autour de la piste de voix de Frank dans Silent Night, l'expérience d'un Noël avec Sinatra et chez les Sinatra ne manque pas de piquant: par moments, on se croirait chez les Sopranos.

Sylvain Cormier

***

CHÎURS EN FÊTE, VOLUME 2

Les chorales du Québec interprètent les grands airs de Noël

Chorales diverses

Disques Double (Sélect)

Tel Alan Lomax, l'admirable ethnomusicologue de l'étiquette Folkways du Smithsonian, qui alla dans les villages de l'Amérique profonde durant la première moitié du XXe siècle pour enregistrer les bluesmans et les jug bands, le producteur Pierre Tremblay a sillonné le Québec avec son petit studio portatif et il a fait le tour des chorales locales. Il faut dire qu'au Québec, les chorales, c'est tout un monde, très communautaire, très rassembleur, mais quelque peu souterrain par rapport à l'industrie du disque montréalocentriste: la riche idée de Tremblay a été d'aller sur le terrain et d'échantillonner leur vaste répertoire de chansons sacrées et séculaires. On en est au deuxième volume, qui contient 15 chansons interprétées par autant de chorales, et on sent que ce n'est pas fini. Le résultat est loin d'être amateur: qu'il s'agisse de l'Ensemble vocal Coda de Thetford Mines ou du Choeur des grands bois de L'Islet-Sud, les voix sont justes et les contrepoints harmoniques souvent très subtils. Impressionnant.

S. C.

***

Le Pâtre sur le rocher

Mélodies pour soprano, clarinette et piano de Schubert, Meyerbeer, Lachner, Cornelius, Sobeck et Spohr. Aline Kutan (soprano), André Moisan (clarinette), Louise-André Baril (piano). Atma ACD 2 2320.

Au début on tique: ce vibrato très serré, cette franchise de ton ne sont pas si habituels dans le monde du lied allemand, qui soigne les demi-teintes et une expression recherchée. Les doutes durent au plus 30 secondes: Aline Kutan, avec sa simplicité, avec sa voix agile et idéalement placée, a réussi un grand disque de lieder. Simplicité ne veut pas dire simplisme ou naïveté; Aline Kutan vit et respire cette musique à travers un parcours qu'elle aborde comme une promenade musicale roborative. Dire qu'on est aux antipodes du style d'Elisabeth Schwarzkopf (ouf et merci!) est, j'espère, assez parlant. Il est ici question de cimes, de nature, de rochers, d'enfant Jésus, d'oiseaux et de gazelles. On le sent parfaitement, car le bonheur des trois protagonistes du disque est aussi fusionnel que communicatif. Il faut ajouter à cela le programme, érudit, plaisant, qui agrège autour de l'oeuvre connue de Schubert des compositions rares et belles appartenant à la même sphère esthétique.

Voici donc, pour Noël, un disque qui émeut et rend heureux, en nous apportant une brise d'air pur. Il est à classer, avec le Bach/Pergolese de Labadie (Atma) et le CD de l'Ensemble Masques (Analekta) dans le trio de tête des grandes parutions québécoises de l'automne.

Christophe Huss

***

Stephen Kovacevich plays Beethoven

Orchestre symphonique de la BBC, Orchestre symphonique de Londres, direction: Colin Davis. Philips 6 CD 475 6319.

Puisqu'on en est à parler de cadeaux et de Fêtes, il faut braquer tous les projecteurs possibles sur ce coffret. Les Concertos pour piano de Beethoven de Stephen Kovacevich et Colin Davis enregistrés en 1970 et en 1971 n'ont jamais vraiment quitté le catalogue. C'est peut-être leur seul tort, car ils n'ont pas eu l'occasion, ainsi, de se façonner une légende et de se faire désirer. Or, chaque fois que l'on y retourne, c'est un choc, foudroyant. Voilà des gravures essentielles, en ce qu'elles vont (comme le cycle des sonates réenregistré pour EMI par Kovacevich) à l'essence, aux racines, de la musique de Beethoven: cette confrontation, cette friction, mais aussi cette fusion entre puissance et réflexion, exaltation et tendresse. Kovacevich traduit en sons, avec une franchise rare et une palette de toucher quasiment infinie, ce large éventail de sentiments, que ce soit dans les concertos, les Variations Diabelli, les Bagatelles ou les quelques sonates (nos 5, 8, 17, 18, 28, 30, 31, 32); Colin Davis, dans les concertos, déploie une vigueur rare. Qu'on se le dise une fois pour toutes: ce legs beethovénien est fondamental.

C. H.

***

Unforgivable Blackness

Wynton Marsalis

Blue Note/EMI

Il y a une trentaine d'années de cela, Miles Davis avait consacré au boxeur Jack Johnson un album tout électrique. Wynton Marsalis vient d'y faire écho. Ce grand défenseur du swing a composé la bande sonore d'un documentaire réalisé par un fameux artiste de la pellicule: Ken Burns. À ce dernier nous devons des films remarquables sur la guerre de Sécession, sur le baseball et sur le jazz.

On se souviendra d'ailleurs que, pour la série consacrée aux artisans de la note bleue, Ken Burns s'était acoquiné avec Marsalis pour mieux retracer et illustrer l'histoire de Louis Armstrong à Charles Mingus en passant évidemment par Duke Ellington. On rappelle cela parce que la production proposée aujourd'hui est empreinte d'un souci historique passablement appuyé.

Dire que le champion Johnson fut un contemporain de Louis Armstrong et de King Oliver, c'est annoncer les couleurs musicales choisies par Marsalis. Mais encore? C'est joyeux parfois, lancinant d'autres fois, passionné, dynamique... C'est du grand blues! Savoureux de bout en bout.

Serge Truffaut

***

Diplo

Florida

(Big Dada)

Inclassable, surprenant, envoûtant et tellement rafraîchissant dans l'univers electro du moment, Florida du DJ Diplo réussi là où beaucoup (trop) par les temps qui courent échouent en se démarquant de la masse avec une texture sonore unique induite par des machines. D'aucun oserait donc facilement qualifier la chose de coup de coeur. Avec raison d'ailleurs constate-t-on dès les premières lignes musicales d'une bien drôle de comptine introduisant cette oeuvre bigarrée aux douces ondulations trip hop, downbeat et illbient.

Pas de doute, avec le temps, Diplo, l'homme qui avec Low Budget forme le duo électro Holletronix — placé au 9e rang des 10 meilleurs album en 2003 par le New York Time pour Never Scared — semble donc comme le bon vin toujours s'améliorer. Et il poursuit aujourd'hui en solo sa construction d'un monde électronique où l'étrange, le rythmé, le glacial, le chaud et le délicieusement narcotique cohabitent... au plus grand bonheur des amateurs de musique décloisonnée.

Le résultat, lui, se savoure à grandes ou petites doses, tantôt subjugué par la précision chirurgicale des assemblages, tantôt concentré pour saisir les subtilités et les voix de Marina Topley Bird, de P.E.A.C.E des Freestyle ou encore de Vybz Cartel. Urbaine (sans doute), contemporaine (assurément) et nullement commerciale, cette promenade en Floride laisse donc béat, tout comme a pu le faire plus tôt cette année le Voice From the Dust Bowl du duo britannique Fragile State qui semblent avoir beaucoup d'affinité avec ce Diplo.

Fabien Deglise
 
 
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