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Enzo Enzo rencontre Le Devoir - Beaucoup, passionnément...

Martin Bilodeau   31 juillet 2002  Musique
Enzo Enzo - Source: Les FrancoFolies
Enzo Enzo - Source: Les FrancoFolies
Elle possède le plus beau timbre de voix de la variété française actuelle. Plus encore, Enzo Enzo possède aussi la plus belle diction depuis Juliette Greco. Et encore davantage, les plus beaux yeux depuis Marie Laforêt. Dans leur bleu profond, on retrouve le spleen serein de son plus récent album, Le Jour d'à côté, que la chanteuse de 42 ans vient présenter ce soir et demain dans l'intimité du Club Soda, à l'occasion des 14es FrancoFolies de Montréal.

Il faut acheter l'album pour voir ses yeux magnifiques, qu'elle a fermés au recto de la pochette, mais bien ouverts au verso, d'où elle vous épie en train de glisser la pastille dans le lecteur avec dans le regard la promesse qu'on va aimer. Et on aime. Beaucoup, passionnément. Ces 12 titres organiques, lâchés comme des confidences, nous promènent dans les montagnes russes d'un vague à l'âme sans larmes, au gré d'une poésie ciselée par quelques amis et auteurs, dont Allain Leprest, qui lui a offert cinq titres.

Née Körin Ternovtzeff à Paris, d'un père slave et d'une mère française, Enzo Enzo a fait ses premières armes dans la musique au sein du groupe punk Lili Drop. Au mitan des années 80, elle quitte le groupe, se choisit un nom et enregistre quelques 45 tours, avant de prendre son véritable envol en 1990, avec la sortie de son premier album.

L'autre versant du succès

Douze ans plus tard, voire un court instant d'éternité (dixit Le Grand Blanc), la chanteuse a derrière elle cinq albums, desquels furent tirés quelques extraits qui ont bien marché dans les radios (Les Yeux ouverts, Juste quelqu'un de bien) et qui lui ont ouvert le chemin jusqu'aux Victoires de la musique. «Or, comme rien n'est jamais acquis à l'homme / ni sa force ni sa faiblesse», Enzo Enzo poursuit aujourd'hui sa route sur l'autre versant du succès, tandis que les radios et les télés, en quête de tubes accrocheurs et de têtes nouvelles, ne font plus attention à elle.

«Les maisons de disques ont un dieu qui s'appelle la radio. Alors que j'imagine qu'il y a beaucoup d'années, le dieu des maisons de disques, c'était l'artiste», résume la sympathique Enzo Enzo, rencontrée hier après-midi dans le hall de son hôtel où elle me confiait avoir voulu, avec Le Jour d'à côté, rompre avec l'image de la chanteuse réaliste qui lui colle à la peau. Sur la voie du changement, d'autres s'imposèrent.

Ainsi, celle qui fut jusqu'ici auteure et compositrice a cédé ce terrain à d'autres: «Je me suis dit qu'avec cet album, j'avais un devoir de recherche, d'humilité, aussi, qui consiste à associer les gens, à les amener à faire quelque chose dans lequel je me sens bien, pour me contenter d'être le plus humblement, et au meilleur de mes capacités, une interprète.»

Des 150 chansons qui se sont retrouvées sur sa table, elle en a retenu une douzaine, qu'elle a faites siennes, mais qui, parce qu'elle les avait reconnues, l'étaient déjà. «J'ai essayé de sélectionner des auteurs et des thèmes qui me permettaient d'avoir une approche, un regard sur la vie, qui soit réaliste et optimiste. J'ai voulu m'appuyer sur des choses qui sont douces et solides à la fois, et qui permettent de poser un regard poétique et confiant sur les choses.»

La scène, ce lieu qui lui inspirait les pires craintes à ses débuts, est devenue avec le temps un refuge, un prolongement du studio. À tel point d'ailleurs qu'elle a enregistré Le Jour d'à côté en prise directe, afin de retrouver dans l'intimité du studio la fébrilité de la scène. Car de la source à l'estuaire, Enzo Enzo veut sentir la présence des musiciens autour d'elle et rêve de fusion.

«Si j'étais instrumentiste, il y aurait quelque chose de mieux partagé, il me semble. C'est une question de géométrie. Je ne serais plus le lien entre la musique et le public, je serais cette musique. J'avoue que j'ai la nostalgie de ça.»

Enzo Enzo, Club Soda, Ce soir et demain, 20h30
 
 
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