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16es FrancoFolies de Montréal - Henri Salvador n'est pas mort: la preuve, il mord

Sylvain Cormier   31 juillet 2004  Musique
«Vous savez qu’en France, on était un peu en retard, côté musical. À un moment, il était très difficile d’imposer de la chanson à texte», dit Henri Salvador.
Photo : Jacques Grenier
«Vous savez qu’en France, on était un peu en retard, côté musical. À un moment, il était très difficile d’imposer de la chanson à texte», dit Henri Salvador.
«Faut rigoler, faut rigoler... », chantait Henri Salvador dans les années 50. À 87 ans, il rigole encore, ce qui lui permet parfois de montrer les dents, qu'il a étonnamment acérées. En conférence de presse hier à son arrivée en ville, il avait certes de bons mots pour le «petit frère» Sacha Distel trop tôt disparu, mais pour les autres, récents collaborateurs, chanteurs d'aujourd'hui, le champion de pétanque a surtout pointé et tiré.

C'est comme ça qu'il a découvert la guitare, que j'avais toujours. Et il a fini par me demander: ça sert à quoi, la guitare? J'ai dit: à tomber les filles. Alors il a voulu apprendre. On s'est aperçus après qu'il n'avait pas besoin de la guitare: c'était un beau p'tit gars, il plaisait tellement aux femmes qu'il les a toutes tombées, ha ha ha!» Rigolade. Puis Salvador ajoute, plus sérieusement: «C'était un peu le jeune premier de la chanson française, mais pour moi, c'était surtout un excellent musicien, qui avait un goût sûr. Évidemment, comme moi, il a plié, et il a dû chercher des chansons commerciales pour pouvoir vivre un peu.»

Lien intéressant: si Distel a commis les Monsieur Cannibale et autres Scandale dans la famille au milieu d'années 60 plus alimentaires qu'artistiques, Salvador a multiplié les Zorro est arrivé, Juanita Banana et consorts. Destin commun pour les crooners en devenir. «Vous savez qu'en France, on était un peu en retard, côté musical. À un moment, il était très difficile d'imposer de la chanson à texte.»

Quand il parle de chanson, le gentil monsieur aux bossas caressantes a la dent dure. Peu de chanteurs trouvent grâce au regard de celui qui n'a jamais juré que par Sinatra et Nat King Cole. «Le niveau est très bas... » Rires gênés dans la salle. «La chanson française, de nos jours, elle en prend plein la gueule... » Le rire qui suit est assassin. Malaise. On lui demande de préciser. Il précise. «Le petit [Benjamin] Biolay a voulu s'approprier tout le succès de mon disque [Chambre avec vue, l'album-retour aux deux millions d'exemplaires vendus], et j'étais pas content. J'étais là avant lui, et on ne sait pas s'il va durer.» Et vlan: dans toutes les entrevues depuis deux ans, Salvador bouffe du Biolay, qui a osé dire qu'il avait du mérite dans l'opération redécouverte. Seul Monsieur Henri, comprend-on, peut décider qui a bien travaillé pour lui.

«Le vrai talent, tranche-t-il, c'est Keren Ann. Les mots, ce sont les siens. Elle est l'avant-garde de la chanson française.» S'il se défend de «démolir» ses collègues du métier, il pourfend par omission. «Ceux qui sont mauvais, on le sait. Vous ne savez pas? Pourquoi vous faites ce métier?» Rigolade. Salvador en remet. «Vous avez le droit d'avoir mauvais goût... » Rigolade derechef. «Je vais vous dire, si on tire un trait, qu'est-ce qui reste? Brassens, Ferré, Trenet, Souchon, Keren Ann. Après, ça commence à devenir difficile. C'est pas beaucoup pour un pays aussi grand que la France.» Il ajoutera ses vieux paroliers de copains à sa courte liste: Boris Vian, Bernard Dimey.

Cette fois-ci, assure-t-il, le spectacle ne contiendra pas de portion «pitre»: il a définitivement relégué aux oubliettes les refrains «rigolos» des années 60, se concentrant sur les belles anciennes (Syracuse, Ma doudou) et le matériel jazzy et bossa des deux derniers albums. Le crooner, dorénavant, prend toute la place. «Maintenant, avec les chansons de mon dernier disque, Ma chère et tendre [l'album-suite de Chambre avec vue, paru en 2003], je me régale. Je m'aperçois que le public est aussi ravi que lorsque je faisais le pitre. Ce sont des complexes de jeunesse, ça... Plus on mûrit, plus on comprend comment il faut faire.»

Et comment faut-il faire? «Il faut se mettre au service des paroles, résume-t-il. Le plus difficile dans un disque, c'est de passer le sillon. C'était la force de Piaf: elle y mettait toute son âme. Même maintenant, on peut être ému en l'écoutant. J'ai travaillé énormément ça pour les deux derniers disques. Le souffle. Transmettre l'âme.»

Hélas, pour y parvenir demain à Wilfrid-Pelletier, il n'aura pas comme à Paris son orchestre de rêve de cinquante musiciens. «C'est pas possible.» Il montre Latraverse du doigt. «Ce serait la ruine pour lui... » Tout le monde rit. «Il faudrait retourner au Casino... »






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  • Robert Senet
    Abonné
    dimanche 1 août 2004 09h00
    henri salvador.
    « notre chanteur dit qu'il dort beaucoup et que ce serait même le secret de sa vigueur et de sa longévité. quelqu'un peut il me dire combien d'heures par jour il dort? Le tout, afin d'augmenter notre info sur le rapport santé-sommeil?

    au plaisir. »

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