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Concerts classiques - Drôle et bon, un mélange rare et réussi

François Tousignant   14 juin 2004  Musique
Dans un monde où l'expression théâtre musical a le dos large — généralement ce sont des avortons d'opéra ou des musiques pauvres qu'on tente de sauver avec une mauvaise sauce —, assister au cadeau que Michel Smith a fait à ses amis du Nouvel ensemble moderne (NEM) redonne espoir. Fraîcheur, humour et intelligence vont de pair dans ce spectacle à la construction fine, pleine de références et de citations, donc qui stimule autre chose que le banal cutané, et, malgré quelques tunnels, une conception de premier ordre tant pour la musique que le théâtre. En fait, la conjonction ici est aussi précieuse que réussie.

Il s'agit d'un assemblage d'instants qui prennent prétexte soit dans une particularité du jeu instrumental, soit dans une rencontre de personnalités, du genre quand monsieur flûte basse rencontre compère trombone, ou quand madame hautboïste souffreteuse et en civière tente d'imposer son râle tristanesque à l'indifférence de ses comparses... La contrebasse à roulette fait des prodiges de prestidigitations, allant même jusqu'à une décortication anatomique complète, les violons s'intègrent en un ballet en quatre stations aussi rythmique et mécanique qu'absurde selon le modèle surréaliste, le piano — et le pianiste — valse follement au travers de tout cela selon les bons soins de machinistes aussi zélés que prompts et souples à faire virevolter la plate-forme sur laquelle il se trouve. J'en oublie et, pire, ne peut tous les nommer, ces trucs sortis de l'imagination de Smith et mis en place par Diane Dubeau.

Le geste, le mouvement, le son, la situation s'unissent dans cette forme si fragile et belle qu'est le théâtre musical. Rien de cela ne passerait cependant si les membres du NEM n'habitaient pas tant et avec une conviction exceptionnelle le moindre couic ou couac demandé, le geste le plus iconoclaste ou ordinaire qu'ils doivent se faire dérouler. Le plaisir du public est grand, certes, au moins autant que celui des «participants».

Difficile de trouver meilleure manière pour clore les festivités entourant le 15e saison du NEM. Le grand résultat de cette soirée, celui que nul ne saura oublier, s'ancre dans le plaisir qu'ont tous ces artistes à pratiquer leur art. Hors du cadre plus académique et sévère où, le plus souvent, on les rencontre, ils se sont montrés heureux. L'un des objectifs fondamentaux de la directrice fondatrice de l'ensemble, Lorraine Vaillancourt, était de faire partager cette joie de faire la musique aujourd'hui. Après ce genre d'expérience, le flambeau est, nul n'en doute, en plus que bonnes mains.
 
 
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