«Hidden Dimensions» et «NAscent» à la SAT: univers parallèles

Il se dégage une impression rétro-futuriste de «NAscent», la nouvelle œuvre audiovisuelle du Montréalais Vergil Sharkya.
Photo: Sébastien Roy Il se dégage une impression rétro-futuriste de «NAscent», la nouvelle œuvre audiovisuelle du Montréalais Vergil Sharkya.

Jusqu’au 23 février, la Société des arts technologiques (SAT) présente un programme double transportant le spectateur de l’autre côté du mur du son : l’expérience audiovisuelle NAscent, musique de Vergil Sharkya rehaussée par les enveloppantes images projetées sur 360° de Push 1 Stop qui filent à la vitesse des ondes dans l’espace, précédée par Hidden Dimension, oeuvre électroacoustique en quatre mouvements de la compositrice et chercheuse universitaire espagnole Teresa Carrasco.

 

« Le plus important pour moi, c’est l’acte d’écouter », explique Teresa Carrasco, rencontrée à Montréal lors de la première représentation de sa composition. « Je suis constamment en train d’enregistrer les sons qui m’entourent », raconte celle qui ne se sépare jamais de son enregistreuse. Ce sont des sons qui l’inspirent et avec lesquels elle travaille en studio pour construire ses scènes musicales aux riches trames narratives. « Ce que je cherche à accomplir à travers mon travail, c’est transporter l’auditeur ailleurs à travers le son, à l’amener à écouter intensément en mettant l’accent sur les détails et la spatialisation des sons, leur mouvement dans une salle, la trajectoire qu’ils prennent dans l’espace. »

 

Le dôme de la SAT (la « Satosphère »), avec ses 157 haut-parleurs, est l’écrin idéal pour ce genre d’expérience auditive élaborée. La jeune compositrice, qui enseigne la composition électroacoustique à l’Université Bauhaus de Weimar, reconnaît qu’il peut y avoir beaucoup d’aridité dans la création musicale électroacoustique, « mais aussi beaucoup de beauté — je ne sais pas si ça a vraiment un lien, si c’est une question de sensibilité, mais je note que les femmes qui pratiquent la musique électroacoustique ont tendance à composer des oeuvres que je trouve plus belles, pour ainsi dire, qui ont beaucoup d’âme ».

 

Hidden Dimensions tire son nom et son inspiration d’un ouvrage de la cosmologiste et physicienne des particules Lisa Randall (Warped Passages : Unraveling the Mysteries of the Universe’s Hidden Dimensions, 2005) auquel s’est intéressée Carrasco. « Un livre passionnant, qui traite des dimensions cachées de notre univers. La lecture de ce livre m’a donné un tas d’idées à explorer dans ma pratique musicale, notamment l’idée de la théorie des cordes — ou comment différentes dimensions sont interreliées et s’influencent entre elles. Ma composition aborde ces questions : comment illustrer en sons l’univers caché, comment représenter les particules, les vibrations, et tout ce qui les unit ? »

 

Comment ? En osant la forme du récit, laquelle sert à guider l’auditeur depuis un monde sonore d’abord abstrait (sons ambiants et contemplatifs) « pour ensuite le faire entrer dans la réalité, le concret », représenté par une conversation glanée dans une rue en Italie, diffusée à la toute fin de l’oeuvre. Entre le début et cette fin, un véritable ballet de petits sons qui courent d’un bout à l’autre de la Satosphère, feu d’artifice auditif qui donne un caractère volontairement ludique à la composition — on croit même reconnaître le dialecte d’un célèbre robot du cinéma de science-fiction durant le deuxième mouvement. Enfin, Hidden Dimensions est également une oeuvre aléatoire ; certains paramètres de la partition sont modifiés à l’aide algorithmes ; le sens de l’oeuvre demeure intact, mais la forme, elle, change légèrement, chaque performance possédant un caractère unique.

 

« NAscent »

 

« J’étais vieux d’une semaine seulement lorsque ma mère m’a assis devant la télé pour voir le premier homme poser le pied sur la lune », en 1969, rigole le compositeur Vergil Sharkya. « J’imagine que ces images en noir et blanc ont eu le pouvoir de marquer plusieurs enfants comme moi. »

 

Il se dégage en effet une impression rétro-futuriste de NAscent, la nouvelle oeuvre audiovisuelle du compositeur montréalais originaire d’Autriche, créée en collaboration avec l’artiste en média interactif Cadie Desbiens-Desmeules, alias Push 1 Stop.

 

Des premières mesures atmosphériques émerge une structure rythmique soutenue, évocation du techno, voire de l’électro-industriel, des années 1980 et 1990. En phase avec la trame sonore, le déploiement visuel de Push 1 Stop, époustouflant dans la précision des illusions spatiales à travers des formes géométriques qui se complexifient plus loin dans la performance, rappellera quant à lui les courses de « line riders » du mythique film Tron.

 

Puissante et rugueuse, NAscent se termine néanmoins avec une pointe de légèreté inspirée du dub jamaïcain, un doux atterrissage après le haletant « voyage dans l’espace-temps » imaginé par Sharkya. « C’était la première impression de Cadie, lorsqu’elle a entendu la musique : comme si, en voyageant dans l’espace, on interceptait les premières ondes radio émises par l’homme depuis l’invention du transmetteur. »