«Microphone», la télé qu’on écoute

«Ça fonctionne vraiment partout, en auto, chez nous, c’est hyper vivant!», affirme Louis-Jean Cormier au sujet de l’album de la première saison de l’émission de variétés.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Ça fonctionne vraiment partout, en auto, chez nous, c’est hyper vivant!», affirme Louis-Jean Cormier au sujet de l’album de la première saison de l’émission de variétés.

Juste avant la deuxième saison, un enregistrement des meilleurs moments de l’émission sur les plateformes numériques. Entrevue avec Louis-Jean Cormier dans son studio.

Fred Fortin chante Oiseau dans le magnifique micro. Gros plan sur Fred, les yeux fermés (ou très plissés) : plus intensément concentré que lui sur la juste émotion du moment, ce serait l’implosion. Le plan s’élargit et l’on voit Louis-Jean Cormier qui le regarde, tout en jouant : lui a les yeux tout ronds, les commissures des lèvres atteignent les oreilles. Il est en même temps musicien extatique et l’ado qu’il était, jeté par terre par le Fred qu’il « idolâtrait » (c’est son mot).

 

Vous me croirez si vous voulez, mais quand j’écoute l’enregistrement dans l’auto, je vois tout ça. J’entends tout en gros plan. Et c’est vrai pour l’ensemble des performances choisies pour l’album de la première saison de l’émission de variétés Microphone. Les images sont dans les sons. « Tu trouves ça, toi aussi, hein ? Ça fonctionne vraiment partout, l’album, en auto, chez nous, c’est hyper vivant ! » Louis-Jean sourit comme il souriait dans la séquence, assis au beau milieu de la très grande régie du studio de rêve qu’il a bâti sur mesure avec ses amis musiciens et associés Marc-André Larocque et Guillaume Chartrain. « Au final, on oublie que c’est un show de TV… »

 

Sans doute parce que c’est un « show de TV » particulièrement réussi. En cela qu’on n’a pas assujetti, pour une fois, la chanson à ce que l’écran se croit toujours obligé d’ajouter : le tas d’effets d’éclairages, le feu croisé de fractions de seconde saisies sous tous les angles, censés donner du rythme et impressionner les rétines. « Le centre de l’affaire, c’est la musique, se réjouit Louis-Jean. Le frisson de la musique. Enfin, on s’occupe de capter ce qui se passe. » Le beau microphone, les caméras deviennent autant de témoins de proximité. « Il n’y a pas trop de plans, juste les bons. C’est plus proche, dans le son comme dans les images, d’une captation d’orchestre symphonique. L’orchestre a sa propre dynamique sonore, et l’idée c’est de rendre ça le mieux possible. »

 

Comme dans le sous-sol chez Motown

 

Dans l’émission et sur les pistes audio (l’album n’est disponible qu’en numérique), il y a de la dimension, de la profondeur de champ, de l’espace… et du groove. Le plus souvent, l’équipe d’élite de musiciens — Cormier, Larocque, Mathieu Désy, Alex McMahon, Luc Lemire — lance une pulsation façon Motown, ou plus soul manière Stax, voire rhythm’n’blues des années 1950, ou carrément blues comme pour l’étonnante relecture de L’amour c’est pas pour les peureux (par Vincent Vallières, avec Marie-Pierre Arthur, Fred Fortin et Louis-Jean aux choeurs). Un canevas de base où toutes les chansons respirent d’aise. Et les chanteuses et chanteurs aussi. « Au début, Vincent n’était pas trop sûr que ça se pouvait », rigole Louis-Jean. « J’ai eu le flash de Marty McFly dans Retour vers le futur : pas un show bluegrass autour d’un micro, mais une ambiance d’époque avec un groupe maison de R&B ou de jazz, capable d’embarquer tout le monde et toutes les chansons dans le groove. »

 

Rien n’y résiste. Marjo sert Provocante comme si elle était Ruth Brown, et ça lui donne « encore plus de chien », comme quoi c’était possible. « Le solo de piano d’Alex là-dedans est incroyable : tout le monde profite de l’occasion… C’est tellement rare ! » La même Marjo fait des harmonies pour Alex Nevsky, et pour Yann Perreau. Qui n’en reviennent pas. « C’était drôle de les voir sortir de scène. Ils disaient : “Je pensais jamais…” C’est ça mon plus grand plaisir dans l’aventure, défaire les idées préconçues, faire tomber les appréhensions. Dans la deuxième saison [première diffusion à Télé-Québec le 1er mars], il y a Amylie qui chante avec Lara Fabian, et les deux sont tellement heureuses de se rencontrer et de chanter, ça les touche et ça me touche. »

 

Chanter ses propres chansons

 

Pensez : huit émissions vont s’ajouter aux quatre de la première saison. Ça donnera Klô Pelgag avec Isabelle Boulay et Marie-Mai, Patrick Watson avec Martine St-Clair et Safia Nolin, les soeurs Boulay en compagnie de Philippe B et Pierre Flynn… « Quand Ève Déziel m’est arrivée avec l’idée originale, on a voulu montrer que les générations pouvaient se retrouver dans le même amour de la musique. Et faire vivre leurs propres chansons, enfin ! »

On a voulu montrer que des trios improbables pouvaient se mettre au service des chansons, les leurs et celles des autres

 

On notera : la série Microphone, comme Belle et bum, est présentée à Télé-Québec. « C’est pas un hasard, je pense. Il y a une volonté. Pour les artisans de la musique, ça fait une belle petite place. La chanson, c’est pas juste ce qu’il faut bien appeler des concours d’amateurs, même très professionnellement produits. Oui, c’est une super belle gang qui fait En direct de l’univers, mais tu fais 30 secondes de Nirvana, tu vas même pas chanter ta toune. Tu chantes ce qui va faire plaisir à l’invité, c’est parfait, mais où faire entendre ce que tu crées ? » La version audio de Microphone, c’est d’abord du Patrice Michaud par Patrice Michaud (Mécaniques générales), du Fanny Bloom par Fanny Bloom (Piscine), et ainsi de suite. Dans des conditions idéales, en versions exaltantes. Merci au rassembleur Louis-Jean. « Moi, dans la vie, ça a peut-être pas l’air de ça, mais j’ai pas trop confiance en moi. Alors, jouer avec d’autres, ça m’aide. Et tant mieux si ça peut aider les autres… »

Microphone saison 2, à Télé-Québec, dès le 1er mars