Justin Timberlake lance «Man of the Woods»: au club en chemise à carreaux

Justin Timberlake
Photo: Christopher Polk Getty Images / AFP Justin Timberlake

L’album porte le titre Man of the Woods, ça laisse dubitatif. Vraiment ? Le chic Justin Timberlake, ex-NSYNC parfaitement converti à la pop dansante, au R B et à la soul, star du Billboard et d’Hollywood, un gars des bois ? C’est du moins ce dont il tente de nous convaincre sur son nouvel album évoquant ses origines dans le sud des États-Unis, en soufflant le chaud et le froid, le country et le R B, avec de très bonnes… ou de désolantes chansons.

Personne n’y échappera : nous entrons dans le « week-end Timberlake ». Man of the Woods, l’album pop le plus attendu de la saison, son cinquième en solo, paraît aujourd’hui. Puis, dimanche, quatorze ans après son rôle dans le burlesque « wardrobemalfonction » qui avait fait voir le mamelon de Janet Jackson en direct devant plus de 140 millions de téléspectateurs, Justin Timberlake sera à nouveau le clou du gigantesque spectacle du match final de la 52e saison de la National Football League opposant les Patriots de la Nouvelle-Angleterre aux Eagles de Philadelphie. Comme coup de pub pour vendre un nouvel album, on ne fait pas mieux.

Le disque, malheureusement, déçoit. Né d’un pari risqué qu’il nous faut néanmoins saluer, car il faut une certaine dose d’audace pour se reconnecter aux racines country de son Tennessee natal sans tourner le dos à la pop-R&B dansante qui a fait sa renommée — notons que la manoeuvre rappelle celle de Beyoncé qui, sur son dernier album (Lemonade, 2016), avait aussi bifurqué vers le country (la chanson Daddy Lessons), elle aussi pour rappeler ses origines du sud des États-Unis.

Or, le plus souvent, l’idée s’écrase. Certes, il y a bien l’extrait Say Something, duo avec la vedette country du moment Chris Stapleton, pour faire la démonstration que ça se peut. Pure chanson country-pop mue par un léger groove dansant, parfaite harmonie entre les voix de Stapleton (attendez-vous à le voir apparaître au spectacle de la mi-temps) et de Timberlake, avec le compositeur-producteur attitré Timbaland jouant de finesse derrière sa console. Si tout l’album avait été de la même eau…

En vérité, Justin Timberlake amorce en lion ce cinquième album, d’abord avec l’extrait Filthy, à mi-chemin entre le groove de Prince et la production électro de Daft Punk, puis avec la bombe Midnight Summer Jam, délicieuse envolée disco-soul qui aurait pu figurer sur ses précédents disques The 20/20 Experience (les deux volumes), l’un des trop rares sommets de cet inégal album.

Ça commence à se gâter dès Sauce. Bien simplement, la greffe rythmique du rap ne prend pas sur les orchestrations de guitare twang country-rock — c’est comme si DJ Premier avait malicieusement remixé Creedence Clearwater Revival pour le simple plaisir d’écoeurer les fans de country et ceux de hip-hop, les deux en même temps.

Man of the Woods marque aussi le retour du duo The Neptunes (Chad Hugo et Pharrell Williams) dans le studio de Timberlake, après des années de conflit entre ceux-ci et l’étiquette RCA. Ils parviennent à faire du bon boulot, sans toutefois réchapper les chansons les plus incongrues, lesquelles se signalent tôt sur l’album : on pense à la chanson qui donne son titre à l’album, à la navrante Wave et son insupportable banjo, ou au pastiche du son trap de Migos intitulé Supplies.

The Neptunes trouve cependant le bon ton dans la seconde moitié, d’abord avec Flannel, douce ballade country-pop accrochée aux basses et aux coups de cymbales synthétiques typiquement R&B. Montana et Livin’ Off the Land (ah !, le retour à la terre…) empruntent un sentier plus disco, ramenant le chanteur dans sa zone de confort. À la toute fin, c’est Timbaland qui offre un joli écrin rythmique pop-soul pour Young Man, tendre lettre, écrite la plume trempée dans le gospel, du père à son jeune fils.

Ce qui nous amène aux thèmes et aux textes de Man of the Woods qui, eux aussi, ont tendance à rater la cible. Flannel est charmante — analogie entre la chaleur de l’amour et la bonne vieille chemise à carreaux — et bien livrée. C’est quand ce nouveau papa et époux de 37 ans se met à chanter le sexe que l’on décroche, alors qu’il use d’images si grotesques qu’elles en sont risibles. Un exemple parmi trop d’autres, qui trace un parallèle entre le survivalisme en temps d’invasion de zombies et le besoin de s’accoupler : « I’ll be the generator, turn me on when you need electricity / Some shit’s 'bout to go down, I’ll be the one with the level head / The world could end now, baby, we’ll be living in The Walking Dead. » À grincer des dents.

Man of the Woods

★★ 1/2

Justin Timberlake, RCA