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    Critique concert

    Evgueni Sudbin, le confident de Scarlatti

    12 janvier 2018 |Christophe Huss | Musique
    <p>Ce rendez-vous improvisé de Evgueni Sudbin a tenu toutes ses promesses.</p>
    Photo: Peter Rigaud

    Ce rendez-vous improvisé de Evgueni Sudbin a tenu toutes ses promesses.

    C'était jeudi que l'on attendait de voir rayonner le pianiste Evgueni Sudbin, gêné aux entournures, mardi soir, lors de sa prestation en concerto, par une non rencontre avec un chef pour le moins étrange.
     

    Le récital a rempli les espérances. Enfin seul, Sudbin a pu laisser exprimer sa technique, mais surtout sa sensibilité et toute la finesse de son jeu, dont la singularité repose, dès la sonate de Haydn, sur un rare et admirable contrôle des sonorités et des dynamiques.
     

    Si le programme annoncé fut remarquable, le petit supplément, confinant au génie, s'est niché dans les deux rappels. Evgueni Sudbin a choisi d'y jouer Domenico Scarlatti, indissociable de son parcours, puisqu'il s'est fait connaître à travers ce compositeur. 
     

    Lorsqu'il a attaqué en premier rappel la Sonate en fa mineur K. 466, nous sommes entrés dans un autre univers, de la portée des Bach sculptés par András Schiff. En second rappel, Sudbin a choisi une sonate plus hispanisante, la K. 125, m'a-t-il semblé. Cette véritable chirurgie sonore tenait de la magie, sans compter que Sudbin en creuse (dans la K. 466) encore davantage les recoins et confins que dans ses deux disques.
     

    Le travail sur Scarlatti et notamment l'art du trille bénéficie aux Bagatelles op. 126 de Beethoven, sommet, avec la 5e Sonate de Scriabine, du programme régulier. À entendre cette subtilité dans la maîtrise des nuances et des trilles, on se prenait à rêver que la seconde partie offrirait l'Opus 111 du même Beethoven. La fin de l'Opus 126 n° 3 jouée comme un lointain souvenir préfigurait la manière dont Sudbin gèrerait l'extinction de la Barcarolle de Tchaïkovski.
     

    Comme Alexandre Tharaud, Evgueni Sudbin a recours à la partition. Cette particularité, étonnante en concerto, n'avait donc rien à voir, mardi, avec quelque insécurité particulière. Dans Scriabine, la maîtrise du pianiste est fascinante, car il donne à la tortueuse 5e Sonate une vraie unité organique, là où, très souvent, on n'entend qu'une suite d'épisodes (exaltations et replis alternés). Sudbin traduit bien l'onirisme de Scriabine et clarifie les passages virtuoses., remplaçant ainsi les gesticulations bruyantes par la vérité d'une partition trahie par la large majorité des interprètes.
     

    Ce rendez-vous improvisé (puisque Sudbin remplaçait Milhaïl Pletnev) a tenu toutes ses promesses. Nous avons été heureux de retrouver ce gentleman de la musique dans toute l'étendue de son talent.

    Récital Evgueni Sudbin
    Haydn: Sonate en si mineur, Hob. XVI:32. Beethoven: Six bagatelles op. 126. Tchaïkovski: Nocturnes en fa majeur, op. 10 n° 1 et en do dièse mineur op. 19 n° 4. Troïka et Barcarolle, extraits des Saisons op. 37bis. Scriabine: Sonate n° 5. Maison symphonique de Montréal, jeudi 11 janvier 2017.












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