Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    La classe intrinsèque de l’OSM

    11 janvier 2018 |Christophe Huss | Musique
    Le pianiste Evgueni Sudbin sera en récital ce jeudi soir à la Maison symphonique.
    Photo: Peter Rigaud Le pianiste Evgueni Sudbin sera en récital ce jeudi soir à la Maison symphonique.

    Les musiciens de l’OSM récalcitrants avaient reçu salaire pour ne pas venir jouer, en février 2016, sous la direction de Charles Dutoit. On pourrait imaginer dans la même veine qu’une prime de risque (musical) leur soit accordée pour leur participation à la soirée circassienne organisée cette semaine.

     

    Comment Conrad van Alphen, chef inconnu sans état de services notables, a-t-il été jugé digne de se retrouver devant un tel orchestre d’élite pour une séance gesticulatoire de deux heures ? Lucien Bouchard, président du Conseil d’administration de l’OSM, présent, et donc, cette fois, témoin direct de la chose, pourra peut-être répondre, ou à tout le moins diligenter une petite enquête…

     

    Concert Rachmaninov. Idéal sur le papier. Très long et lourd aussi, en pratique, pour une soirée de reprise un mardi de début d’année. Car même si Conrad van Alphen nous épargne la reprise du 1er mouvement de la 2e Symphonie, le concert nous mène à 22 h 30. Superfétatoire, mais magnifique, le 1er Trio élégiaque, si splendidement cantabile, s’éteint hélas sur des toux, alors qu’Andrew Wan, Andrew Manker et Philip Chiu avaient ménagé un decrescendo poignant.

     

    La partie orchestrale débute avec le 2e Concerto, niveau répétition (et encore !) entre un soliste et un chef qui n’ont rien à se dire (les phrasés au piano et à l’orchestre ne sont souvent pas les mêmes). On surprend Evgueni Sudbin cherchant des yeux le chef en quête de cohésion, alors que c’est ce dernier qui devrait le regarder. Sudbin est ailleurs. Que fait-il ? Un Rachmaninov hérité de Zoltán Kocsis, plein de foucades, où les un poco piu mosso (un peu plus vite) tournent en embardées. Mais Alphen ne veut rien savoir de ces élans, si magnifiquement relayés par Oramo dans l’enregistrement Bis à paraître. On dirait alors que Sudbin veut abréger l’expérience. Se sent-il encore en trêve hivernale ou tellement insécurisé par son « partenaire » au point d’en appeler à la partition pour une oeuvre qu’il vient pourtant d’enregistrer ? C’est lors du récital de ce jeudi soir (à ne pas manquer) qu’il faudra juger de la forme de ce pianiste qui a déçu, mardi, en comparaison de l’excellent Volodin ici même en octobre.

     

    Maudite à l’OSM (la dernière expérience, avec Yan Pascal Tortelier, fut cuisante) la 2e Symphonie est menée à bon port par la classe intrinsèque de l’OSM et de son formidable 1er violon, Andrew Wan. Lorsque le Philharmonique de Vienne joue en dépit d’un chef, cela se voit comme le nez au milieu d’une figure. À l’OSM, on ne se doute de rien : Andrew Wan et ses collègues tiennent la boutique avec une élégance et une discrétion qui forcent le respect.

     

    La musique de Rachmaninov est si belle qu’elle supporte tout, ou presque. On ne cherchera pas d’interprétation ici. On ne se demandera pas pourquoi un soufflet de timbale ne menant qu’au mezzo forte dans la partition aboutit ici à un fortissimo, pourquoi ces attaques de cuivres plastronnent alors que Rachmaninov les indique mezzo forte, ou que veut dire dolce chez ce compositeur. Ces questions, de vrais chefs (Sanderling, Svetlanov, Gauk, Ormandy, etc.) les ont mises sur la table depuis l’enregistrement de Sokoloff en 1928.

     

    Ce qui est vraiment gênant, c’est ce qu’on voit : un individu sur un podium qui oublie soudain sa main droite (celle qui devrait battre la mesure) pour prendre des poses. C’est tout à fait spécial. Sur le plan technique, Conrad van Alphen — aidé par Wan et ses pairs —, qui a heureusement réussi à maintenir la cohésion d’ensemble à défaut des équilibres polyphoniques, témoigne d’une singulière conception de la direction d’orchestre.

     

    L’OSM, ayant brillamment survécu au traitement, verra probablement arriver l’Espagnol Juanjo Mena, la semaine prochaine, avec un intense sentiment de soulagement.

    Sudbin interprète le 2e Concerto de Rachmaninov
    Rachmaninov : Trio élégiaque, Concerto pour piano no 2, Symphonie no 2. Andrew Wan, Brian Manker et Philip Chiu (Trio), Evgueni Sudbin (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Conrad van Alphen. Maison symphonique de Montréal, mardi 9 janvier. Reprise samedi. Récital d’Evgueni Sudbin ce jeudi soir.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.