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    Passion vinyle (1) — La galette gravée en cadeau

    Premier tour d’horizon d’une saison du vinyle riche en trouvailles et en émotions

    30 décembre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Deux pochettes dessinées par le bédéiste Philippe Girard
    Illustration: Philippe Girard Deux pochettes dessinées par le bédéiste Philippe Girard

    Ils sont partout, les sillons à sillonner : disques retrouvés, dénichés, réédités, récemment enregistrés. Et ils sont de plus en plus nombreux à ce rendez-vous annuel de la galette gravée. Tables, tournez !


    Chaque année, ça ne rate pas, les vinyles me trouvent. Et non le contraire. Mon meilleur exemple : en août, dans le coin de West Lebanon au New Hampshire, j’avais la fin d’après-midi dépitée. La tournée des brocanteurs, comptoirs familiaux et organismes de bienfaisance n’avait donné que dalle. Chou blanc. Restait à sonder un Salvation Army où, au mieux, je trouverais un vieux film en DVD. La section des vinyles, je l’avais noté l’année d’avant, était rachitique. Je jetai néanmoins un bref coup d’oeil : comme je le pensais, les Mantovani faisaient risette aux Lawrence Welk, les coffrets Reader’s Digest me narguaient. Je soupirai. J’esquissai un mouvement de départ, tout en laissant mon doigt parcourir la rangée du bas, difficilement accessible. Et c’est à ce moment que mon palpitant palpita. Non ! Pas possible ! Ça ne doit pas être le bon disque dans la pochette ! Ou alors c’est rayé avec un clou à ciment ! Sang et tripes. Honey West.

     

    Oui, Honey West. La bande sonore originale de la série télé d’espionnage de 1965, avec Anne Francis. Disque jamais vu. En impeccable état. À 99 sous vaillants, de dénomination américaine. J’ai un peu tremblé à la caisse, des fois que le préposé comprendrait qu’il a laissé passé un trésor. Je sortis avec mon disque. Il faisait chaud. Je lançai la clim dans l’auto : pas question que la galette gondole. De retour au motel, j’immortalisai l’objet. De retour à la maison, j’écoutai le disque. Et lâchai un petit cri de joie.

     

    D’autres exemples ? Voyez ci-dessous. Trois trouvailles par invité. Le grand partage annuel peut commencer. Et continuer la semaine prochaine. On les écoute nous raconter leurs perles capturées.

     

    Phlpp Grrd, bédéiste

     

    Judith Judith,(Swedish) Death Polka. Sam Murdoch et Guillaume Lizotte forment le duo (Swedish) Death Polka. Ils distillent une pop alternative néoclassique qui lorgne du côté de chez Herri Kopter, l’alter ego électro de Jérôme Minière. Le vinyle vient avec un fanzine, une affiche, une carte postale et un CD que vous pourrez prêter à vos amis qui vivent encore en 1999.

     

    Pushing the Sky Away, Nick Cave and the Bad Seeds. Trouvé « Aux 33 Tours », cet album est le deuxième café de mes dimanches matins. La photo de la pochette est à l’image de la musique qu’elle contient : mystérieuse. Quant à ce cher Nick, même dans les lumières de la Provence, il est pourchassé par la noirceur. Le décalque qui orne la galette noire, minimaliste, me rappelle les bootlegs que j’achetais chez Dutchy’s il y a vingt ans.

     

    Blue, Joni Mitchell. Quand on vit avec une chanteuse, on découvre que la musique existe au-delà du silence. Ce disque est posé devant ma bibliothèque depuis que mon amoureuse l’a trouvé à L’Échange, cet automne. Il me dévisage. Et lorsque je réponds à ses regards, il me montre une femme qui refuse de cacher ses blessures. En 2017, elles ont été nombreuses à le faire.

       

    Ariane Moffatt, auteure- compositrice-interprète et multi-instrumentiste

     

    « J’écoute des vinyles à la campagne seulement. Petite cérémonie de week-end, trame sonore du temps qui défile lentement. Voici trois choix pour trois moments de la journée. »

     

    Entre Lajeunesse et la sagesse, Kate et Anna McGarrigle. Café matinal. J’ai mis la main sur ce vinyle à travers le classique du beau-papa qui nous refile une caisse de disques poussiéreux en dormance dans son sous-sol… Je suis profondément attachée à cet album, dont la qualité des mélodies et les magnifiques harmonies impressionnent. Pour son côté très montréalais et la nostalgie en toile de fond. Ça réveille, mais en douceur.

     

    Comme une odeur de déclin, Maude Audet. Pour l’apéro. Quand le soleil amorce sa descente et qu’on débouche le p’tit blanc nature. C’est à la campagne que j’ai écouté pour la toute première fois les maquettes que Maude m’avait remises lorsqu’elle m’a demandé de réaliser son disque. Tout au long du processus, j’y ai écouté l’évolution de notre collaboration, donc c’est très symbolique de pouvoir enfin déposer le disque sur ma table tournante.

     

    Hold/Still, Suuns. Pour la nuit, avec la consommation de votre choix. Y a des oeuvres qu’on achète en vinyle parce que justement, elles méritent de sortir du lot de la musique numérique et d’exister plus concrètement dans notre décor. C’est le cas. Pour l’ingéniosité des sons de guitares et de synthés, le génie des arrangements (entre minimalisme et saturation) et la qualité du mix ! Un « art pop » extra-ambitieux sans compromis qui vient réveiller le côté sombre de la force qui cherche à vivre en toute liberté dans ma nature.

       

    Michel Rivard, auteur-compositeur-interprète (baptêmes, mariages, cocktails dînatoires…)

     

    Jacques Prévert dit « paroles », Jacques Prévert. Prévert, éternel mégot vissé au bec, déclame ses transcendants jeux de mots pendant que le suave Henri Crolla improvise à l’acoustique… un 25 cm trouvé en France sur le Net… précieux !

     

    Shine a Light : Field Recordings From the Great American Railroad, Billy Bragg et Joe Henry. Deux voix, deux guitares, treize classiques du folk ferroviaire enregistrés en audiovérité dans treize gares américaines… tout un périple et tout un vinyle ! Tchou-tchou…

     

    Fleur, Saratoga. Amoureux des mots, amoureux de la mélodie et amoureux tout court, Gasse et Chantal m’ont fait le coup de la douceur addictive et ont comblé mon besoin de velours-vinyle cette année.

       

    Marie-Christine Blais, mécanicienne et chroniqueuse

    Photo: Marie-Christine Blais Marie-Christine Blais avec la bande sonore originale du long métrage «Easy Rider»

    LC, Durutti Column. Tous les fans de musique ont un jour, je crois, rencontré LE guitariste contre lequel tous les autres guitaristes vont être comparés, inconsciemment : Hendrix, Page, Slash, Clapton, Richards… Pour moi, cela a été et c’est toujours Vini Reilly, du groupe britannique post-punk Durutti Column. Comme entendu sur ce vinyle-ci en particulier, LC. Que j’écoute depuis, année après année, «grafignes» comprises : je ne les perçois même pas, je suis ailleurs avec Vini.

     

    Easy Rider, bande sonore originale, artistes divers. Trouvé sur le trottoir. Oui, quelqu’un a abandonné ce disque culte tiré d’un film culte sur le coin d’une rue pas culte… Bon, c’est vrai, il a souffert du temps : rayures, taches, etc. Mais les principales chansons ? Impecc. La pochette ? Encore plus belle parce que marquée par le temps. Enfin, cette incroyable phrase au dos : « La chanson The Weight est interprétée dans le film par The Band, mais n’est pas disponible pour ce disque. Nous avons pris la liberté de la remplacer par la version enregistrée par Smith » !

     

    Ancient Heart, Tanita Tikaram. C’est vrai qu’on choisit parfois nos vinyles pour les pochettes… C’est en revoyant celle, dramatique et très « désert de Tatooine », de ce disque que j’ai eu envie de le réécouter. Pour du coup replonger dans un bonheur physique : celui provoqué par la magnifique voix grave de Tanita se mêlant à celle du hautbois, dans un disque rock…

       

    Geneviève Borne, animatrice et passionnée de musique

     

    La collection de mon grand frère ! Quand j’étais petite, mon grand frère a fait mon éducation musicale en me faisant découvrir les grands classiques du rock ! Cet automne, spontanément, il m’a offert en cadeau cette collection de vinyles qui a servi à mon éducation !

     

    Montréal 5 X 15, artistes divers. Le coffret vinyle du projet 5 X 15 est splendide et à la hauteur de cette initiative d’envergure ! Cinq réalisateurs de disques québécois se sont vu confier la production de 15 minutes de musique reliée à une saison de Montréal. (La 5e saison a été confiée à James Di Salvio.) Le résultat est étonnant, progressif, planant !

     

    Twist and Shout, The Beatles. Le vinyle-surprise ! Je me promenais à Québec dans le quartier Saint-Roch début décembre. En passant devant la boutique de l’antiquaire, j’ai aperçu dans sa vitrine le vinyle Twist and Shout des Beatles ! Je n’en revenais pas de tomber sur cette pièce de collection et ne payer que quatre dollars !!!

       

    Dumas, auteur-compositeur- interprète qui erre chez les disquaires

     

    Link Wray, Link Wray. Trouvaille en visitant les nombreux disquaires de Portland (Maine) : un album de 1971, réédité pour la première fois par l’excellente étiquette Light In The Attic. On est très loin du Rumble de ses débuts, mais ça « gronde » quand même ! On pense à Dylan, aux Stones, aux influences blues, country-rock… avec du beau fuzz ! Mon disque de l’été dernier.

     

    Room 29, Jarvis Cocker et Chilly Gonzalès (édition deluxe RSD). Mon meilleur achat du Jour des disquaires (Record Store Day) cette année. La rencontre de deux génies qui retracent l’histoire de la mythique chambre 29 du Château Marmont à Hollywood. Room 29 se lit et s’écoute avant d’aller dormir, on se laisse bercer par la voix de Jarvis et le piano de l’inspiré montréalais Gonzalès. Voyage à bas prix, émotions garanties.

     

    What Color Is Love, Terry Callier. Réédition Music On Vinyl achetée tout à fait par hasard. C’est beau et complexe à la fois ; un savant mélange de folk, de funk et de jazz, porté par une voix qui vient d’un autre monde. Comment est-ce que j’ai pu vivre sans cet album pendant 38 ans ?













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