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    Des flots de mélodies signés Polnareff

    Le livre-coffret «Pop rock en stock» présente un vaisseau amiral de 23 disques pour les moussaillons les plus hardis. En avant, toutes!

    29 décembre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Michel Polnareff lors d’une performance à Nice en France, en 2016
    Photo: Valery Hache Agence France-Presse Michel Polnareff lors d’une performance à Nice en France, en 2016

    On a failli le perdre en 2016, à la toute fin de sa très triomphale tournée. Embolie pulmonaire, c’était du sérieux. Drôle d’histoire très en phase avec l’ère des « fake news » : on a dansé le jerk dans les médias, entre soupçons et confirmations quant à l’état présumé du type derrière les lunettes fumées. Qu’importe aujourd’hui : Michel Polnareff est non seulement vivant, mais tout son (sinueux) parcours revit en un somptueux livre-coffret de 23 disques et 430 titres.

     

    Plus précisément : l’intégralité des chansons enregistrées entre 1966 et 2015, maquettes et raretés, thèmes et musiques pour le cinéma, versions en diverses langues… et des spectacles. Une bonne dizaine de spectacles, les célébrés — le Polnarévolution de 1972, surtout —, mais aussi des inespérés : deux galas de 1967 (dont L’Olympia), le show « mythique » à Forest National, à Bruxelles, en 1975, d’autres encore. Un splendide livret de 48 grandes pages fournit les infos et les témoignages (élogieux), avec la collaboration de celui que ses « moussaillons » appellent L’Amiral. La traversée de ces océans de musique coûte ce qu’elle coûte (80 euros, quand même pas cher le disque !), mais foi de moussaillon, il y a de quoi naviguer longtemps.

     

    Le Québec et Polnareff : jamais trop tard

     

    Dire que les « moussaillons » clapotent dans leur étang est peu dire. Sinon le regretté Johnny Hallyday, le degré d’attachement envers L’Amiral est sans égal. Ils ont déjà presque tout de l’idole, et pourtant, ils s’arrachent l’objet : impossible de ne pas vouloir ces suppléments. Dame ! La poupée qui fait non en anglais dans le texte ! Le démo de Love Me Please Love Me ! C’est l’émoi. Un émoi très franco-français, que seuls les Français d’ici et les vrais de vrais férus québécois de chanson française peuvent partager. Il y a en effet eu court-circuit dès le départ entre Polnareff et le Québec : La poupée qui fait non, son premier 45-tours, paru en mai 1966, fut repris ici par LE groupe yé-yé le plus important, et ce sont Les Sultans qui sont à jamais associés à l’irrépressible refrain. De sorte que les grandes chansons qui suivirent, Love Me Please Love Me, L’amour avec toi, ne devinrent pas chez nous les immortelles de là-bas.

     

    On y a été très perdants : le répertoire Polnareff de 1966-1973, la période faste qui précède l’exil à Los Angeles pour cause de fisc insistant, constitue une suite presque sans faute de chansons supérieurement belles, qui ont marqué le déclin de la période des adaptations de succès anglo-américains et aiguillé la génération Salut les copains dans la voie de la création originale. La manière Polnareff était suprêmement mélodique, à base d’arpèges romantiques et d’airs génialement pop (dans le sens beatlesque du terme), servis par une voix haut perchée qui utilisait brillamment le falsetto. On n’a pas fait beaucoup mieux qu’Âme câline, Sous quelle étoile suis-je né ?, Le bal des Laze, Tous les bateaux, tous les oiseaux, la chanson-thème du film Ça n’arrive qu’aux autres, l’immense Holidays, dans ce genre qui inspirera les Julien Clerc, Véronique Sanson et Michel Berger des années 1970, et jusqu’à notre Pierre Lapointe.

     

    Polnareff, il faut le dire, était condamné à l’excellence : fils de pianiste connu et chef d’orchestre à réputation de tyran — Léo Poll créa Le galérien pour les Compagnons de la chanson —, il devait être jeune prodige ou rien, et à douze ans, il maniait Mozart, auréolé de récompenses. « Comme je n’avais pas d’autre choix que d’être le meilleur, écrira-t-il dans son autobiographie, j’étais le premier en tout. » Ceci expliquant cela, il quitta la maison en 1965 (à 21 ans) et vécut la vie de beatnik plus ou moins itinérant, jusqu’à ce qu’une maison de disques le remarque sur le tremplin d’une discothèque dans le vent, La Locomotive. Les succès s’enchaînèrent, et en 1967, Michel Polnareff chantait en première partie des Beach Boys. C’était parti pour ne plus s’arrêter. Et pourtant, ça s’arrêta.

     

    Exils et retours

     

    L’après-1973 sera pour le moins difficile à suivre, d’exils en retours, de fulgurances artistiques ponctuant de longues périodes d’enfermement (dont deux ans et demi à la chambre 128 de l’hôtel Royal Monceau…). Un concert-surprise en 1995 au Roxy de Los Angeles signalera qu’il n’a rien perdu, très en forme et très en voix : il faudra quand même attendre mars 2007 pour le grand retour, série de spectacles à Bercy, avec apothéose au Champ-de-Mars devant des centaines de milliers de « moussaillons ». Il faudra neuf ans de plus pour obtenir la suite, grande tournée européenne à la finale tronquée.

     

    Les disques 9 à 17 dissipent la brume sur ces années compliquées et moins productives : on y trouve néanmoins des trésors, le Polnareff un peu égaré dans sa tête n’ayant jamais perdu le sens de la mélodie. Les albums Incognito et Kâma-Sûtra, les remixages divers, ne valent certes pas les Qui a tué grand-maman et On ira tous au paradis, mais le 45-tours Lettre à France de 1977 touche plus que juste. Et à travers vents et marées, les spectacles fendent les flots, constante d’excellence : c’est fameusement bon en 1967, fameusement bon en 2015. À vrai dire, je n’ai pas encore tout écouté : j’échantillonne, je butine, je m’en garde pour les jours de pluie. Demain, je pense que je vais aller rejoindre Polnareff au Koseinenkin Hall de Tokyo, le 20 novembre 1972. En bateau, s’il le faut.

    Pop rock en stock
    Michel Polnareff, livre-coffret de 23 disques, Barclay/Universal












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