Grand Format
Quelques reculs, mais beaucoup de solidarité sur le front de la musique
23 décembre 2017 //  12 Photos
Encore aux prises avec plusieurs bouleversements, le monde musical s’est serré les coudes en 2017.
- Par Sylvain Cormier et Philippe Papineau et Philippe Renaud -

Aucun autre auteur-compositeur-interprète québécois n’aura autant rayonné cette année que Klô Pelgag, véritable aimant à statuettes métalliques. À sa collection, elle a pu ajouter le prix Félix-Leclerc de la chanson, le Prix du disque Rapsat-Lelièvre (pour «L’étoile thoracique»), récupéré l’été dernier aux Francofolies de Spa, le Prix de la chanson SOCAN (pour «Les ferrofluides-fleurs»), ainsi que les Félix Réalisation d’album, Album de l’année — alternatif, Album de l’année — choix de la critique et, surtout, celui de l’Auteur ou compositeur de l’année, le premier remis à une femme depuis 1993. (Philippe Renaud) |
1. Née sous une bonne étoile… thoracique | Aucun autre auteur-compositeur-interprète québécois n’aura autant rayonné cette année que Klô Pelgag, véritable aimant à statuettes métalliques. À sa collection, elle a pu ajouter le prix Félix-Leclerc de la chanson, le Prix du disque Rapsat-Lelièvre (pour «L’étoile thoracique»), récupéré l’été dernier aux Francofolies de Spa, le Prix de la chanson SOCAN (pour «Les ferrofluides-fleurs»), ainsi que les Félix Réalisation d’album, Album de l’année — alternatif, Album de l’année — choix de la critique et, surtout, celui de l’Auteur ou compositeur de l’année, le premier remis à une femme depuis 1993. (Philippe Renaud) |  Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir
Oubliez les fêtes du 375e. Ce fut l’année Cohen. Mort en 2016, célébré en 2017. Des hommages ? Un grand spectacle officiel au Centre Bell («A Tower of Song»). Une exposition au MAC, assortie de spectacles thématiques au Gesù. Un ballet Cohen : «Dance Me». Des projections d’extraits de textes. Et DEUX murales très réussies. Éteignez-moi ce pont : photos à prendre. Elle fait vingt étages rue Crescent, on la voit de partout. L’autre murale, avec ses neuf étages, se cache presque dans le quartier qui était le sien. Entre les deux, un parcours touristique : une application permet une visite en réalité augmentée des lieux chers à notre cher homme. Cohen, de la mémoire à l’image de marque. (Sylvain Cormier) |
2. Cohen-sur-Montréal : hommages et image de marque | Oubliez les fêtes du 375e. Ce fut l’année Cohen. Mort en 2016, célébré en 2017. Des hommages ? Un grand spectacle officiel au Centre Bell («A Tower of Song»). Une exposition au MAC, assortie de spectacles thématiques au Gesù. Un ballet Cohen : «Dance Me». Des projections d’extraits de textes. Et DEUX murales très réussies. Éteignez-moi ce pont : photos à prendre. Elle fait vingt étages rue Crescent, on la voit de partout. L’autre murale, avec ses neuf étages, se cache presque dans le quartier qui était le sien. Entre les deux, un parcours touristique : une application permet une visite en réalité augmentée des lieux chers à notre cher homme. Cohen, de la mémoire à l’image de marque. (Sylvain Cormier) |  Photo: La murale fait vingt étages rue Crescent, on la voit de partout. Pedro Ruiz Le Devoir
Une première en 30 ans aux États-Unis : aucune musicienne ne figure parmi les 10 artistes de l’année selon le «Billboard». Le palmarès fait écho à ceux des chansons les plus écoutées sur Spotify, aux États-Unis comme au Canada, où le mâle domine outrageusement. L’année 2017 aura été celle de l’éveil à la sous-représentation des femmes dans l’industrie de la musique, un constat qui a mené au Québec à la création du regroupement Femmes en musique et à l’inauguration du chapitre montréalais de l’association internationale Women in Music. (Philippe Renaud) |
3. Les musiciennes boudées des palmarès | Une première en 30 ans aux États-Unis : aucune musicienne ne figure parmi les 10 artistes de l’année selon le «Billboard». Le palmarès fait écho à ceux des chansons les plus écoutées sur Spotify, aux États-Unis comme au Canada, où le mâle domine outrageusement. L’année 2017 aura été celle de l’éveil à la sous-représentation des femmes dans l’industrie de la musique, un constat qui a mené au Québec à la création du regroupement Femmes en musique et à l’inauguration du chapitre montréalais de l’association internationale Women in Music. (Philippe Renaud) |  Photo: Le collectif Louve, entièrement féminin, en spectacle aux FrancoFolies cet été. Annik MH de Carufel Le Devoir
Le Regroupement des artisans de la musique (RAM), mené par Florence K et David Bussières (Alfa Rococo), a vu le jour en février, et a désiré interpeller les services de musique en ligne pour que les artistes québécois soient plus visibles, plus accessibles et mieux rémunérés sur les différentes plateformes de diffusion comme Spotify et YouTube. C’est par contre le monde de l’audiovisuel qui a obtenu le plus d’attention cette année, notamment en raison de la fameuse entente entre Ottawa et Netflix, qui a fait couler beaucoup d’encre. (Philippe Papineau) |
4. Les musiciens se regroupent, mais la télé gobe l’attention | Le Regroupement des artisans de la musique (RAM), mené par Florence K et David Bussières (Alfa Rococo), a vu le jour en février, et a désiré interpeller les services de musique en ligne pour que les artistes québécois soient plus visibles, plus accessibles et mieux rémunérés sur les différentes plateformes de diffusion comme Spotify et YouTube. C’est par contre le monde de l’audiovisuel qui a obtenu le plus d’attention cette année, notamment en raison de la fameuse entente entre Ottawa et Netflix, qui a fait couler beaucoup d’encre. (Philippe Papineau) |  Photo: David Bussières, ici dans l'émission «La musique à tout prix», fait partie de ceux qui ont donné naissance au Regroupement des artisans de la musique. Télé-Québec
C’est ce qui s’appelle se délester. Trains miniatures, automobiles grandeur nature, guitares et amplis sont partis aux enchères. Les chansons ? Geste sans précédent, à l’ère des coffrets Super Deluxe pour «boomers» rentiers, l’irréductible Neil Young a décidé de tout offrir : les archives au grand complet, gracieusement jusqu’en avril 2018, pour pas cher après. Cinquante ans de démos, de prises alternatives, de versions célébrées, de chansons inédites, la totale. Tout ça en vertigineuse résolution : achetez-vous un disque dur. Ou deux. (Sylvain Cormier) |
5. Le grand déballage de Neil Young | C’est ce qui s’appelle se délester. Trains miniatures, automobiles grandeur nature, guitares et amplis sont partis aux enchères. Les chansons ? Geste sans précédent, à l’ère des coffrets Super Deluxe pour «boomers» rentiers, l’irréductible Neil Young a décidé de tout offrir : les archives au grand complet, gracieusement jusqu’en avril 2018, pour pas cher après. Cinquante ans de démos, de prises alternatives, de versions célébrées, de chansons inédites, la totale. Tout ça en vertigineuse résolution : achetez-vous un disque dur. Ou deux. (Sylvain Cormier) |  Photo: Neil Young, lors de son passage à Montréal, en 2012. Jacques Nadeau Le Devoir
Au matin du 15 août, un intense brasier a rapidement ravagé le Théâtre de la Vieille Forge, le coeur battant du Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie. La consternation et la tristesse ont par contre rapidement fait place à la solidarité. Les Québécois ont été généreux, les institutions ont participé et les artistes sont montés sur scène pour que le lieu phare du festival puisse être reconstruit. Plus de 1 million de dollars ont été récoltés à ce jour. (Philippe Papineau) |
6. Petite-Vallée : drame et solidarité | Au matin du 15 août, un intense brasier a rapidement ravagé le Théâtre de la Vieille Forge, le coeur battant du Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie. La consternation et la tristesse ont par contre rapidement fait place à la solidarité. Les Québécois ont été généreux, les institutions ont participé et les artistes sont montés sur scène pour que le lieu phare du festival puisse être reconstruit. Plus de 1 million de dollars ont été récoltés à ce jour. (Philippe Papineau) |  Photo: Évelyne Desaulniers
Le grand absent des listes de meilleurs albums de l’année ? «Everything Now» des Montréalais d’Arcade Fire. Un disque loin d’être mauvais, mais en deçà des attentes, élevées, à l’endroit de cet irradiant orchestre rock qui tient sur son cinquième album un discours poussif sur l’aliénation découlant de la société de consommation. Début novembre, le «Globe and Mail» rapportait même que la tournée du groupe suscite moins d’engouement qu’avant en Amérique du Nord, avec des arénas à moitié pleins — dommage, son concert au Centre Bell en septembre était, lui, à la hauteur de sa réputation. (Philippe Renaud) |
7. Le retour mi-figue mi-raisin d’Arcade Fire | Le grand absent des listes de meilleurs albums de l’année ? «Everything Now» des Montréalais d’Arcade Fire. Un disque loin d’être mauvais, mais en deçà des attentes, élevées, à l’endroit de cet irradiant orchestre rock qui tient sur son cinquième album un discours poussif sur l’aliénation découlant de la société de consommation. Début novembre, le «Globe and Mail» rapportait même que la tournée du groupe suscite moins d’engouement qu’avant en Amérique du Nord, avec des arénas à moitié pleins — dommage, son concert au Centre Bell en septembre était, lui, à la hauteur de sa réputation. (Philippe Renaud) |  Photo: Chris Pizzello Associated Press
Aux prises avec une situation financière « intenable », la petite salle de spectacle Le Divan orange, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, a annoncé qu’elle cesserait ses activités au printemps. La nouvelle a semé la consternation dans la scène musicale alternative, qui en avait fait un de ses repères dans la métropole. Quelque 10 000 groupes seraient montés sur la scène du Divan depuis son ouverture en 2004. Officiellement un bar, le lieu ne se qualifie donc pas pour de l’aide de l’État. Mais les dirigeants de la salle souhaitent susciter un débat pour amener les instances politiques à reconnaître et à soutenir les lieux de diffusion alternatifs. (Philippe Papineau) |
8. La fermeture annoncée du Divan orange | Aux prises avec une situation financière « intenable », la petite salle de spectacle Le Divan orange, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, a annoncé qu’elle cesserait ses activités au printemps. La nouvelle a semé la consternation dans la scène musicale alternative, qui en avait fait un de ses repères dans la métropole. Quelque 10 000 groupes seraient montés sur la scène du Divan depuis son ouverture en 2004. Officiellement un bar, le lieu ne se qualifie donc pas pour de l’aide de l’État. Mais les dirigeants de la salle souhaitent susciter un débat pour amener les instances politiques à reconnaître et à soutenir les lieux de diffusion alternatifs. (Philippe Papineau) |  Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
Pendant la campagne électorale montréalaise, les travaux en cours pour moderniser l’amphithéâtre naturel de l’île Sainte-Hélène ont plongé dans l’embarras l’ex-maire Denis Coderre ainsi que le Groupe CH et son volet spectacle, Evenko, car le projet aurait été modifié à l’avantage du promoteur. Ces mêmes rénovations ont forcé Evenko — par ailleurs en pleine progression — à déménager ses festivals, dont le grand Osheaga, sur l’île Notre-Dame voisine. Un exercice au niveau de difficulté élevé qui s’est avéré plutôt imparfait malgré de nombreux efforts — et des dizaines de mètres carrés de tapis gazon installés sur le béton. (Philippe Papineau) |
9. Evenko et l’île Sainte-Hélène | Pendant la campagne électorale montréalaise, les travaux en cours pour moderniser l’amphithéâtre naturel de l’île Sainte-Hélène ont plongé dans l’embarras l’ex-maire Denis Coderre ainsi que le Groupe CH et son volet spectacle, Evenko, car le projet aurait été modifié à l’avantage du promoteur. Ces mêmes rénovations ont forcé Evenko — par ailleurs en pleine progression — à déménager ses festivals, dont le grand Osheaga, sur l’île Notre-Dame voisine. Un exercice au niveau de difficulté élevé qui s’est avéré plutôt imparfait malgré de nombreux efforts — et des dizaines de mètres carrés de tapis gazon installés sur le béton. (Philippe Papineau) |  Photo: Le festival Osheaga, édition 2017, dans son nouvel environnement. Annik MH de Carufel Le Devoir
Il y a des limites à la transposition, et «The Wall», l’oeuvre majeure de Roger Waters avec Pink Floyd, réussite en spectacle avec ou sans invités, brillamment illustré au cinéma, n’a pas passé l’épreuve de l’opéra, version québécoise. À l’opposé, Waters, tout seul avec ses musiciens et ses décors, peut revisiter «The Dark Side of the Moon», «Animals» et «The Wall», trois soirs de suite au Centre Bell, et on l’ovationne. Conclusion : il faut l’un des Pink Floyd pour faire du Pink Floyd. (Sylvain Cormier) |
10. The Wall frappe un mur, Waters triomphe dessus | Il y a des limites à la transposition, et «The Wall», l’oeuvre majeure de Roger Waters avec Pink Floyd, réussite en spectacle avec ou sans invités, brillamment illustré au cinéma, n’a pas passé l’épreuve de l’opéra, version québécoise. À l’opposé, Waters, tout seul avec ses musiciens et ses décors, peut revisiter «The Dark Side of the Moon», «Animals» et «The Wall», trois soirs de suite au Centre Bell, et on l’ovationne. Conclusion : il faut l’un des Pink Floyd pour faire du Pink Floyd. (Sylvain Cormier) |  Photo: L’opéra «Another Brick». Yves Renaud
Année faste pour le rap québécois, symbolisée par le triomphe d’Alaclair Ensemble, qui a ouvert le plus récent Gala de l’ADISQ en plus d’y remporter trois prix, auxquels on additionnera les cinq récoltés au GAMIQ. La victoire collective ne fait pas oublier que 2017 fut aussi l’année des spectaculaires envolées en solo, celles de Loud et de Lary (LLA), de Yes McCan et de Joe Rocca (Dead Obies), de Kenlo d’Alaclair, et de la progression à l’international de High Klassified et de Shash’U. Le rap québécois explose dans toutes les directions, sans montrer de signes d’essoufflement. (Philippe Renaud) |
11. Un pour tous, tous pour un : l’année du rap local | Année faste pour le rap québécois, symbolisée par le triomphe d’Alaclair Ensemble, qui a ouvert le plus récent Gala de l’ADISQ en plus d’y remporter trois prix, auxquels on additionnera les cinq récoltés au GAMIQ. La victoire collective ne fait pas oublier que 2017 fut aussi l’année des spectaculaires envolées en solo, celles de Loud et de Lary (LLA), de Yes McCan et de Joe Rocca (Dead Obies), de Kenlo d’Alaclair, et de la progression à l’international de High Klassified et de Shash’U. Le rap québécois explose dans toutes les directions, sans montrer de signes d’essoufflement. (Philippe Renaud) |  Photo: Alaclair Ensemble. Guillaume Levasseur Le Devoir
Deuil national, trépas discret : en musique comme partout, la mort n’est pas égale. Cette année, il y a eu les fins annoncées qui font mal quand même (Gord Downie, Patrick Bourgeois, Glen Campbell), les pionniers du rock’n’roll en bout de course (Fats Domino, Chuck Berry), ceux qui nous ont pris de court (Tom Petty, David Cassidy) et tous les autres. De Tex Lecor à Pierre Nolès, de Hervé Brousseau à Luc Cousineau, de Malcolm Young (AC/DC) à Gregg Allman, de Walter Becker (Steely Dan) au jazzman Larry Coryell, le cortège funéraire a roulé, roulé, et même descendu les Champs-Élysées pour Johnny Hallyday. À qui le tour ? (Sylvain Cormier) |
12. Le cortège à rallonge | Deuil national, trépas discret : en musique comme partout, la mort n’est pas égale. Cette année, il y a eu les fins annoncées qui font mal quand même (Gord Downie, Patrick Bourgeois, Glen Campbell), les pionniers du rock’n’roll en bout de course (Fats Domino, Chuck Berry), ceux qui nous ont pris de court (Tom Petty, David Cassidy) et tous les autres. De Tex Lecor à Pierre Nolès, de Hervé Brousseau à Luc Cousineau, de Malcolm Young (AC/DC) à Gregg Allman, de Walter Becker (Steely Dan) au jazzman Larry Coryell, le cortège funéraire a roulé, roulé, et même descendu les Champs-Élysées pour Johnny Hallyday. À qui le tour ? (Sylvain Cormier) |  Photo: Johnny Hallyday, lors de son passage au Centre Bell, en 2012. François Pesant Le Devoir
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