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    Instiller l’esprit des Fêtes avec des classiques

    Quelques idées d’écoute du millésime 2017 pour accompagner les festivités

    23 décembre 2017 |Christophe Huss | Musique
    Le chef d’orchestre et claveciniste français Hervé Niquet
    Photo: Eric Manas Le chef d’orchestre et claveciniste français Hervé Niquet

    Des chants traditionnels de Noël aux chefs-d’oeuvre de la musique classique, le millésime 2017 apporte quelques rares disques intéressants pour les Fêtes.
     

    Un Noël musical sans Messie c’est un peu comme un Noël sans sapin. Curieux détournement de l’histoire, pourtant, puisque Le Messie a été composé pour la fête de Pâques. La partie liée à la Nativité est la première des trois qui composent l’oeuvre. La seconde, poignante, dépeint la Passion, la Résurrection et l’Ascension, préparant la voie à une troisième section qui traite de la rédemption.
     

    «Le Messie»
     

    Le Messie de cette année 2017 est fort remarquable. Nous le devons à Hervé Niquet. Le chef français choisit la version dite « Foundling Hospital », de 1754, qui requiert deux sopranos, une contralto, un ténor et un baryton-basse. C’est la partition qu’avait jadis mise en avant Christopher Hogwood. Niquet en rafraîchit l’approche, avec beaucoup d’idées et un travail très poétique et dramatiquement réussi sur les phrasés et nuances. Grosso modo, il renforce la douce pastoralité de la 1re partie pour exacerber le dramatisme de la suite.

     

    Avec cet enregistrement osé et plein de bravoure, on est dans la mouvance des grandes versions, Gardiner, McCreesh, Harnoncourt I et II, mais c’est la maigre récolte du millésime dans les oeuvres savantes, car le distributeur canadien Naxos mettant désormais les nouveautés de la prolifique et curieuse étiquette CPO sur le marché avec un décalage de plusieurs mois, le titre « de Noël » le plus intéressant de cet éditeur, les Cantates de l’Épiphanie de Christoph Graupner, sera mis en vente en 2018. Nous signalons toutefois son existence, puisque le Québec compte des aficionados de ce compositeur. Ils auront peut-être envie de le dénicher ou de l’écouter par anticipation.

     

    Traditions et adaptations

     

    Le plus difficile dans le choix des parutions de Noël est de trouver un disque à tropisme francophone. C’est pour cette raison que l’attention est immédiatement attirée par le coffret Joyeux Noël – French Christmas Music (variante festive de « Bonjour, Hi ! ») de Brilliant Classics. Rappelons que l’étiquette néerlandaise Brilliant est spécialisée dans l’édition d’enregistrements sous licence. Ce qui manque ici, hélas, ce sont « nos » chants de Noël. Le coffret de 3 CD, très « orgue et instruments », a été constitué assez intellectuellement et regroupe un CD Charpentier de l’Aradia Ensemble de Toronto, les Six Symphonies de Noël de Corrette et des oeuvres d’orgue de Dandrieu, Balbastre, Guilmant, Boëly.
     

    «Christmas Card Carols»
     

    Mieux vaut alors se tourner vers des disques anglophones avec un vrai esprit et une vraie ambiance. Celui dont personne d’autre ne vous parlera est sur une étiquette confidentielle, Divine Art. Il s’agit de Christmas Carols composés dans les quinze dernières années par un flûtiste à bec nommé John Turner et chantés par les bien nommées Intimate Voices. Ce disque est si beau et doux qu’il nous donne l’impression d’être avec des bergers dans une étable en train de veiller…
     

    Dans un registre d’oeuvres plus connues se détache le disque Christmas Presence des King’s Singers. Il s’agit en fait d’une réédition développée d’un disque paru à la hâte après un concert de 2015. Sont notamment ajoutés les quatre Motets de Poulenc très bien arrangés. Les King’s Singers retrouvent ici la magie des disques Telarc hélas disparus de l’Ensemble vocal Quink.

     

    Dans les chemins de traverse jazzés, le Christmas at Steinway Hall de Simon Mulligan est très sympathique et recommandable, malgré un léger manque d’aération de la prise de son. On n’est évidemment plus du tout dans le registre spirituel, mais cela évite de se coltiner les médiocrités telles que le vulgaire programme « Imagine Christmas » de l’éditeur Sono Luminis, ou les bondieuseries pataudes du Merton Christmas chez Delphian.

     

    Les incontournables

     

    Comme désormais le streaming a fait irruption dans les foyers, je peux ici répondre à une question qui m’est parfois posée ces temps-ci sur mes disques incontournables de Noël et qui me posait problème ces dernières années. En effet, mon disque « de base », sans lequel que je peux imaginer Noël en famille, n’existe plus sur le marché, en CD, depuis quelques années. Il peut être désormais écouté à foison sur les diverses plateformes de type Tidal (la meilleure), Spotify ou Amazon. En la fête de Noël, enregistré pour Naxos à Montréal, sous la direction de Martin Dagenais, est un bijou : mon disque de Noël parfait.

     

    Vous trouverez heureusement encore en CD une nouveauté de 2016 devenu instantanément le second pilier de ma discothèque des Fêtes, le fascinant Noël baroque des Musiciens de Saint-Julien chez Alpha. Ces deux titres passent en boucle à la maison, juste devant le CD de John Eliot Gardiner, Once As I Remember, qu’il vous faudra écouter en streaming ou acheter en Australie, et un disque venu du fin fond de la Suède bien connu des audiophiles : Cantate Domino. Publié sur étiquette Proprius (distribuée par Naxos, désormais) Cantate Domino de l’Oskar’s Mottetkör (1976) a été classé parmi les prises de son mythiques de l’ère du microsillon. C’est peut-être une habitude, mais je lui suis fidèle depuis quatre décennies. Question d’ambiance, justement. Un ingrédient qui ne se commande pas et qui est si difficile à générer lorsqu’on enregistre en juillet une musique qui devra faire rêver en décembre.


    Les inconnus de la musique hongroise Qui dit musique hongroise dit forcément Béla Bartók et Zoltán Kodály. Mais les nombreux artisans romantiques et postromantiques sont fort peu connus, alors que dans le courant des musiques « nationales », le terreau folklorique hongrois fournit aux symphonistes un substrat magnifique. Leó Weiner (1885-1960) est le meilleur de ces outsiders. Neeme Järvi, qui avait couplé ses Danses populaires op. 18 à son Mandarin merveilleux de Bartók il y a 25 ans, lui consacre un disque entier (83 minutes !) : cinq divertimentos et une sérénade. On ne peut rêver mieux pour diversifier sa discothèque avec une musique dansante proche de celle de Kodály.

    La danse est le thème du CD consacré à Imre Széchényi (1825-1898), paru hier chez Naxos. Loin de Kodály, nous plongeons dans l’Empire austro-hongrois. Ce comte, diplomate de carrière, ami de Bismarck, fut un compositeur du dimanche, ami de Franz Liszt et Johann Strauss. Ce que nous découvrons ici en première mondiale pourrait passer sans peine pour du Johann Strauss, qui d’ailleurs dirigea des oeuvres de Széchényi lors de ses concerts.

    Le multitalentueux Julius Beliczay (1835-1893) eut aussi un autre métier : il participa à l’édification du réseau ferroviaire austro-hongrois à titre d’ingénieur en chef, poste qu’il quitta à 51 ans pour devenir professeur de composition à l’Académie de musique de Pest. Il n’y a rien de typiquement « hongrois » dans les deux oeuvres orchestrales de cet agréable compositeur fasciné par Schubert.

    Si les trois disques sont tous intéressants, seul le Weiner est épicé au paprika.

    Le Messie, Hervé Niquet, Alpha, 2 CD, Alpha 342

    Christmas Card Carols, John Turner, Divine Art, DDA 25161

    Christmas Presence, King’s Singers, Signum, SIGCD 497

    Christmas at Steinway Hall, Simon Mulligan, STN S30053
    Le Messie / Christmas Card Carols / Christmas Presence / Christmas at Steinway Hall
    Hervé Niquet, 2 CD, Alpha 342. / John Turner, Divine Art Recordings, DDA 25161 / The King’s Singers, Signum, SIGCD 497 / Simon Mulligan, STN S30053












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