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    Des allégations d’inconduite sexuelle contre le chef d’orchestre Charles Dutoit

    22 décembre 2017 | Jocelyn Gecker - Associated Press à San Francisco | Musique
    Le chef d’orchestre Charles Dutoit avait renoué avec l’OSM en 2016 à l’occasion de deux concerts.
    Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Le chef d’orchestre Charles Dutoit avait renoué avec l’OSM en 2016 à l’occasion de deux concerts.

    Trois chanteuses d’opéra et une musicienne soutiennent que le chef d’orchestre Charles Dutoit les a agressées sexuellement, entre 1985 et 2010.

     

    Ces femmes affirment que l’ancien directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) les a retenues contre leur gré, s’est collé contre elles, qu’il leur a parfois enfoncé sa langue dans la bouche et que, dans un cas, il a mis la main de l’une d’elles dans son pantalon.

     

    Lors d’entretiens séparés avec l’Associated Press, ces femmes ont relaté en détail les gestes que le chef d’orchestre aurait commis à leur endroit entre 1985 et 2010. Les comportements reprochés auraient eu lieu dans une voiture en mouvement, dans une chambre d’hôtel qu’occupait M. Dutoit, dans sa loge, dans un ascenseur et même dans la pénombre des coulisses.

     

    Les femmes accusent l’actuel chef d’orchestre principal de l’Orchestre philharmonique royal de Londres, âgé de 81 ans, d’inconduite sexuelle en marge de répétitions et de concerts dans cinq villes — Chicago, Los Angeles, Minneapolis, Philadelphie et Saratoga Springs, dans l’État de New York.

     

    « Il m’a poussée contre un mur, il a plongé ma main dans son pantalon et il a enfoncé sa langue dans ma bouche », a raconté la mezzo-soprano à la retraite Paula Rasmussen. L’incident se serait produit dans la loge de M. Dutoit à l’Opéra de Los Angeles en septembre 1991.

     

    M. Dutoit, qui est aussi le chef lauréat de l’Orchestre de Philadelphie et le chef d’orchestre émérite de l’Orchestre symphonique de la NHK de Tokyo, n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires formulées à son bureau de l’Orchestre philharmonique royal de Londres et à son bureau de Montréal.

     

    Le Royal Philharmonic de Londres a répondu que M. Dutoit est actuellement en vacances, mais que les courriels de l’Associated Press lui ont été transmis. L’orchestre londonien, qui accueille Charles Dutoit pour une trentaine de concerts chaque année, soutient « n’avoir jamais reçu de plaintes ou d’allégations de comportement inapproprié » liées au chef. La philharmonique rappelle qu’« elle prend très au sérieux sa responsabilité de maintenir un environnement de travail sécuritaire ».

     

    L’Orchestre de Philadelphie s’est pour sa part dit « horrifié d’apprendre ces accusations profondément troublantes » au sujet de celui qui y avait le statut de chef lauréat. « Nous n’avions aucune connaissance de ces allégations », est-il écrit dans le communiqué envoyé au Devoir jeudi. L’Orchestre précise n’avoir aucun engagement futur avec M. Dutoit.

     

    L’Orchestre symphonique de Boston a annoncé, par communiqué, qu’il mettait fin à ses collaborations avec le chef d’orchestre qui a été régulièrement invité à diriger ses musiciens depuis 1981.

    Au cours de sa longue carrière, Charles Dutoit a aussi dirigé les orchestres de Paris et de Montréal, et il a parcouru la planète à titre de chef invité. Il doit diriger l’Orchestre philharmonique de New York le mois prochain, pendant quatre journées consacrées à Ravel, l’une de ses spécialités.

     

    La peur de porter plainte

     

    Les quatre femmes affirment que le chef d’orchestre suisse les a attirées dans un endroit isolé sous prétexte de discuter ou de répéter, ou qu’il a profité d’un moment où elles étaient seules avec lui pour les agresser.

     

    Les femmes ont toutes dit avoir résisté et fui. L’Associated Press a communiqué avec des amis et collègues de ces femmes, qui ont confirmé avoir été informés de leurs expériences à ce moment.

     

    Les femmes ont expliqué ne jamais avoir déposé de plainte formelle parce qu’elles étaient jeunes et que M. Dutoit était le « maestro ». Elles ont été encouragées à parler aujourd’hui par toutes ces femmes qui ont dénoncé récemment les inconduites sexuelles d’hommes puissants dans d’autres secteurs. Le Metropolitan Opera a suspendu le chef James Levine plus tôt ce mois-ci, dans la foulée d’allégations d’inconduite sexuelle.

    Il n’y a rien qui cloche chez lui en tant que musicien. Mais on a toléré qu’il se comporte en prédateur loin de la scène.
     

    La cantatrice Rasmussen a soutenu que M. Dutoit l’avait fréquemment invitée dans sa loge après l’agression, mais qu’elle n’y est plus jamais allée seule. Le baryton John Atkins, qui faisait partie de la distribution, a raconté avoir monté la garde pour elle après l’incident, « en tant que “témoin”, à défaut d’un meilleur mot ». M. Atkins dit se souvenir du regard impitoyable de M. Dutoit. « Il me regardait comme pour dire : “Qu’est-ce que tu fais là ?” Et moi, mon regard lui disait : “Tu sais très bien pourquoi je suis là.”»

     

    La soprano Sylvia McNair, qui a remporté deux prix Grammy, soutient que M. Dutoit « a essayé d’avoir une relation » avec elle dans un hôtel du Minnesota en mars 1985, après une répétition avec l’Orchestre du Minnesota.

     

    « Dès que nous avons été seuls dans l’ascenseur, Charles Dutoit m’a plaquée contre le mur et il a monté son genou entre mes jambes, et il se pressait contre moi, a raconté la chanteuse, qui avait 28 ans à l’époque et qui en a 61 aujourd’hui. J’ai réussi à le repousser et, à ce moment-là, les portes se sont ouvertes. Je me souviens avoir dit : “Ça suffit !” Et je me suis enfuie. »

     

    Mme McNair a ensuite chanté avec plusieurs des grands orchestres et des principales maisons d’opéra du monde, et elle dit ne pas avoir été traumatisée par le comportement de M. Dutoit il y a 32 ans. « Mais ce qu’il a fait est mal », a-t-elle souligné.

     

    Deux autres femmes dénoncent le maestro

     

    Les deux autres femmes qui prétendent avoir été agressées par Charles Dutoit, en 2006, ne veulent pas être identifiées par crainte du pouvoir dont jouit toujours le chef d’orchestre.

     

    L’une d’elles était une musicienne de 24 ans au sein de l’Orchestre de Chicago quand M. Dutoit est arrivé comme chef invité en 2006. Elle raconte qu’il l’a invitée au restaurant, mais qu’il a ensuite déplacé l’invitation à sa chambre d’hôtel, où il l’a agressée.

     

    « Il se plaquait contre moi, il essayait de m’embrasser, il tenait mon corps, il pressait son corps contre moi, a-t-elle dit. J’ai absolument dit non, je l’ai repoussé, et je suis allée de l’autre côté de la pièce. »

     

    L’autre femme, une soprano, raconte que M. Dutoit l’a agressée quelques mois plus tard, alors qu’elle chantait avec l’Orchestre de Philadelphie à Saratoga Springs.

     

    Après une répétition, dit-elle, M. Dutoit a convoqué une réunion dans sa loge. Une fois les autres sortis, elle soutient que M. Dutoit a agrippé ses poignets et qu’il s’est plaqué contre elle. Il aurait empoigné ses seins à deux reprises, selon elle — une fois dans une voiture et une fois derrière le rideau, tout juste avant l’entrée en scène.

     

    Quatre ans plus tard, quand la soprano a de nouveau chanté avec M. Dutoit à Philadelphie, elle soutient qu’il l’a plaquée contre un mur et qu’il l’a embrassée de force.

     

    « Il n’y a rien qui cloche chez lui en tant que musicien, a dit la femme. Mais on a toléré qu’il se comporte en prédateur loin de la scène. »

    Avec Le Devoir













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