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    Musique classique

    Yannick et le Métropolitain: la leçon de vie

    4 décembre 2017 | Christophe Huss à Paris | Musique
    Yannick Nézet-Séguin
    Photo: François Goupil Yannick Nézet-Séguin

    La tournée de l’Orchestre Métropolitain s’est achevée à la Philharmonie de Paris, samedi et dimanche, par deux concerts captés par la chaîne Mezzo. Les caméras auront documenté un moment historique.


    « C’est une leçon de musique et une leçon de vie », a résumé après le concert Emmanuel Hondré, directeur des concerts et spectacles de la Philharmonie de Paris, qui a bien voulu confier ses impressions aux lecteurs du Devoir. « Leçon de musique, par l’art de chercher des sons énormément variés ; leçon de vie, parce que je n’ai jamais vu un orchestre dont les musiciens s’aimaient autant. »

     

    « L’expérience est de très grand niveau international. La réinvitation est immédiate, car cela s’appelle un coup de coeur », ajoute M. Hondré. « On est plus fort quand on est moins seul » est l’enseignement que tire Emmanuel Hondré lorsque se prolonge notre conversation après ce concert qui aurait fait pleurer des pierres. Personne n’a pu résister, ni Yannick Nézet-Séguin, ni les musiciens, ni le public, ni moi-même.

     

    « Chacun gagne à partager. » Cette phrase du directeur des concerts de la Philharmonie de Paris, je la retrouve sous une autre forme dans mes notes prises lors du concert. Elles parlent d’éblouissement devant la solidarité, la fraternité et les ressources insoupçonnées que ces valeurs peuvent mettre au jour.

     

    La tournée a ainsi profondément transformé tous ceux qui y ont participé. D’ailleurs, le violoncelliste Jean-Guihen Queyras, avant de jouer lumineusement en bis la 1re Strophe sur le nom de Sacher de Dutilleux, s’est adressé au public pour décrire sa semaine en parlant d’une « expérience musicale et humaine unique » dans sa vie et des « extraordinaires musiciens » de l’Orchestre Métropolitain.

     

    Et l’ange posa sa baguette

     

    La Philharmonie de Paris avait voulu raccourcir les concerts en supprimant les oeuvres québécoises, mais Yannick Nézet-Séguin servit tout de même en bis, samedi, la fin de l’oeuvre d’Éric Champagne dans la salle de tous les possibles ; la plus somptueuse.

     

    J’ose avancer, ayant été à des places similaires, que j’ai pris plus de plaisir qu’au Concertgebouw d’Amsterdam. L’acoustique est parfaite sans ce petit enrobage flatteur amstellodamois. Et tous les solistes se sont mis de la partie, notamment Marie-Nicole Lemieux dans des Nuits d’été renversantes. Elle a tenu le choc émotionnel. C’était l’enjeu.

     

    Quant à Yannick Nézet-Séguin et sa famille, je mets au défi pas mal d’orchestres des plus huppés de jouer des Variations Enigma ou La mer (samedi pour la première fois avec les 2e et 3e volets enchaînés) comme le Métropolitain à la Philharmonie de Paris. Pour sculpter cela, Yannick Nézet-Séguin a posé sa baguette et pétri le son à mains nues. Dimanche, la baguette avait carrément disparu pour tout le concert !

     

    Je vous ai gardé une petite chose pour la fin du voyage, née d’une complicité de regard avec François Goupil, le photographe qui accompagnait la tournée. L’idée part d’un détail qui dit tout.

     

    Dans le Concerto pour la main gauche de Ravel, la cadence (passage en solo) de la fin est un saut dans le précipice, un passage si difficile que tous les pianistes, ou presque, s’y égarent en concert. À cet instant, Yannick Nézet-Séguin posait sa baguette, joignait ses mains et entrait en symbiose avec le pianiste, un soutien moral implicite, un acte d’amour spirituel. Ce moment-là, qui exprime la fraternité, la solidarité, l’amour, la vie, j’avais demandé à François Goupil de tenter de l’immortaliser. Lui aussi a fini la tournée en apothéose, et son image orne cet article.

     

    Quant à moi, en tant que musicien, mon plus grand privilège fut de chanter la Messe en si de Bach et, neuf fois, le Requiem de Verdi sous la direction de Carlo Maria Giulini. Il paraît qu’un soir à Turin, en janvier 1999, un jeune homme dans la vingtaine, qui venait du Québec, était assis dans la salle. Dix-huit ans plus tard, il m’a offert cette semaine indescriptible que j’ai pourtant tenté de décrire dans ces colonnes.

     

    Ce retour des choses vertigineux m’a ému à un point que, cette fois, je ne peux plus exprimer.

     

    Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre Métropolitain pour cette tournée européenne

    À voir Vivez l'expérience des concerts de samedi et de dimanche de l'Orchestre Métropolitain à Paris.

    Concerts 6 et 7
    Elgar : Concerto pour violoncelle. Ravel : Concerto pour la main gauche. Debussy : La mer. Alexandre Tharaud (piano). Concertgebouw, Paris, Philharmonie, samedi 2 décembre 2017. / Berlioz : Nuits d’été. Saint-Saëns : Concerto pour violoncelle n° 1 Elgar : Variations Enigma. Marie Nicole Lemieux (contralto), Jean-Guihen Queyras (violoncelle), Yannick Nézet-Séguin (direction). Paris, Philharmonie, dimanche 3 décembre 2017.












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