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    LCD Soundsystem à la Place Bell: danser à la pleine lune

    3 décembre 2017 09h25 |Philippe Renaud | Musique
    L'auteur-compositeur James Murphy de LCD Soundsystem
    Photo: Amy Harris Associated Press L'auteur-compositeur James Murphy de LCD Soundsystem

    L’orchestre de James Murphy n’avait pas joué au Québec depuis ce mémorable concert au Métropolis en mai 2010, quelques mois avant d’annoncer sa dissolution, provisoire, il va sans dire, et tant mieux pour nous. Presque huit ans plus tard, on a repris là où ils nous avaient laissés : en sueurs sur le plancher de danse. Les New-yorkais de LCD Soundsystem sont parvenus hier soir à faire de la Place Bell de Laval une boîte de nuit, de leur spectacle d’aréna un petit show de club, en laissant la belle part aux chansons de l’excellent American Dream, le disque d’un groupe ressuscité.

     

    Le concert a commencé avec Yr City’s a Sucker et le ton était donné : une vieille chanson un peu obscure pour un concert qui allait éviter quelques-unes de ses plus célèbres, un groove bien carré et illuminé par le jeu de deux batteurs, l’un d’eux alternant avec la guitare ou encore un synthétiseur. La scène n’était même pas complètement occupée par l’ensemble de huit musiciens ; ils étaient agglutinés ensemble au milieu, éparpillés entre leurs instruments, les guitares par-ci, des modules de synthétiseurs empilés par là, le chanteur et principal auteur-compositeur James Murphy quelque part dans le tas. Pour décor, pas de décor : aucun écran, zéro projections, une boule miroir au plafond, un gros drap blanc tendu derrière. Avec l’éclairage mauve, on aurait dit qu’ils cherchaient à capturer des papillons de nuit.

     

    C’était leur premier concert de cette tournée American Dream depuis la série de cinq soirs consécutifs au Hollywood Palladium et la pause du Thanksgiving. « On se sent complètement débiles », a lancé Murphy, s’excusant d’avance pour sa voix « qui craque », se sentant un brin grippé. Ça n’a paru qu’au début. Plus le concert avançait, plus la tension montait, mieux semblait se porter la voix du bonhomme.

     

    Sans artifices scénographiques et dans cette Place Bell à moitié remplie, LCD Soundsystem néanmoins a mis le feu aux poudres. C’est un gage de la qualité de la performance qu’il a présenté. Nous avions encore le vibrant souvenir du concert au Métropolis pour comparaison : ce groupe-là est une furieuse machine à danser. Sont huit à faire du bruit en même temps, et Dieu que ça lève.

     

    Est arrivée ensuite I Can Change (de This Is Happening, 2010) sur un tempo plus rapide, puis la torride Call the Police du récent album, amenée par cette aliénante note de guitare électrique enfoncée comme un clou dans le groove funk-rock. Pour Get Innocuous ! (de Sound of Silver, 2007), les synthés ont pris le devant, plongeant la chanson dans une épaisse nappe d’effets dub obnubilants. Le bon moment pour mesurer la qualité sonore de ces lieux de hockey inaugurés il y a quelques mois seulement. Verdict après une joute musicale : ça sonne mieux ici qu’au Centre Bell. Certes un brin chaotique dans les hautes fréquences, et davantage encore lorsque le batteur se défoulait sur ses cymbales, mais le volume n’était pas trop élevé et l’expérience au final rassurante.

     

    C’est dans ses enchaînements que LCD Soundsystem s’est montré le plus efficace. On a qualifié leur son de dance-punk, retenez d’abord le premier mot. De Get Innocuous ! enfilée dans You Wanted a Hit (et sa cadence kraftwerkienne), puis dans la cathartique Tribulation, sa batterie disco et sa ligne de synthé bien grasse, pas un moment de répit. L’orchestre refera la coup après Change Yr Mind, allongeant Tonite (sur le mode electro des années ‘80, efficace), Home, avec la boule disco qui crépite dans les hauteurs, puis I Want Your Love, reprise du légendaire groupe disco Chic, ici interprétée par la claviériste Nancy Whang, pendant que Murphy posait ses doigts sur les touches d’un synthétiseur.

     

    Si les gradins auraient pu être plus bondés, le plancher, lui, était bien cordé. Les fans ont dansé de la première à l’avant-dernière note, car juste après la reprise de Chic, LCD Soundsystem s’est engouffré dans la ballade New York, I Love You But You’re Bringing Me Down. Manière un peu molasse de nous laisser avant le rappel, constitué de Oh Baby (qui manquait aussi de muscle), puis des spectaculaires Dance Yrself Clean et All My Friends.

     

    Eh non, ils n’ont pas joué Daft Punk Is Playing at My House. Ni Losing My Edge et North American Scum. Même pas déçu. LCD Soundsystem a distribué des grooves juteux toute la soirée, jouant avec une précision exemplaire tout en exprimant ce côté explosif et bordélique qui a fait sa renommée. « Complètement débile », comme se sentait Murphy. C’était presque la pleine lune.













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