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    Critique

    Marie-Nicole Lemieux met «Les Troyens» sur orbite!

    27 novembre 2017 |Christophe Huss | Musique
    Marie-Nicole Lemieux (en avant-plan, à gauche) est capitale dans la réussite de l’entreprise, car la prêtresse Cassandre qu’elle incarne jusqu’à la transe met la table pour tout l’opéra.
    Photo: Grégory Massat Marie-Nicole Lemieux (en avant-plan, à gauche) est capitale dans la réussite de l’entreprise, car la prêtresse Cassandre qu’elle incarne jusqu’à la transe met la table pour tout l’opéra.

    Warner Classics a publé le vendredi 24 novembre une nouvelle version discographique du titanesque opéra de Berlioz. Aux côtés de Michael Spyres (Énée) et de Joyce DiDonato (Didon), Marie-Nicole Lemieux incarne Cassandre et Philippe Sly, le prêtre Panthée.

     

    Ces Troyens ont été enregistrés lors de trois concerts donnés à Strasbourg les 15, 17 et 18 avril dernier. Le principe est le même que pour les opéras de Mozart par Yannick Nézet-Séguin enregistrés pour DG: l’adrénaline du concert permet une vie dramatique et l’absence de mise en scène permet aux artistes de rester concentrés entièrement sur le chant.

     

    À l’issue des quatre heures d’écoute, une seule chose vient à l’esprit: enfin, on l’a, notre version tant attendue de ces intimidants Troyens de Berlioz! La présence et prestance de Marie-Nicole Lemieux est capitale dans la réussite de l’entreprise, car la prêtresse Cassandre qu’elle incarne jusqu’à la transe met la table pour tout l’opéra, puisqu’en duo avec Chorèbe (excellent Stéphane Degout), elle porte littéralement sur ses épaules le Ier acte, soit la première heure de l’oeuvre.

     
    Photo: Grégory Massat Le chef John Nelson, spécialiste de Berlioz, à la tête d’un excellent Orchestre philharmonique de Strasbourg.
     

    Astres alignés

     

    Cet enregistrement reflète aussi une époque bénie du chant dont nous n’avons pas forcément conscience, puisque trouver un Énée était longtemps chose impossible. Mais ailleurs aussi, le nom de Philippe Sly vient s’ajouter à ceux de Nicolas Courjal, Jérôme Varnier, Stanislas de Barbeyrac, Cyrille Dubois, Marianne Crebassa: des trésors pour le chant français. Nous avons ici un travail d’équipe où rien ne dépasse, où rien ne jure et où l’auditeur ne se rend même pas compte que tel défi de qualité et d’homogénéité est quasiment impossible à relever.

     
    Quelques extraits
     

    Que mettre en avant entre le nuage du duo « Nuit d’ivresse et d’extase infinie » entre Michael Spyres et Joyce DiDonato à l’acte IV (CD 3, plage 13), où le temps se fige, ou des déploiements furieux du Final de l’acte III (CD 2) ? Berlioz est là, pleinement, chez tous et dans le moindre détail (écoutez la voix de Jean Teitgen dans l’Ombre d’Hector au début du 2e CD!) sous la férule d’un chef, John Nelson, spécialiste du compositeur à la tête d’un excellent Orchestre philharmonique de Strasbourg.

     

    Il y a de ces moments, dans l’histoire de la musique et du disque, où les astres s’alignent, où le directeur d’une maison de disques et un chef produisent un enregistrement fruit mérité de quatre décennies d’expertise et de connaissance. C’est ce que viennent de faire Alain Lanceron et John Nelson. Quant à moi, je sais maintenant ce que les Nuits d’été de mercredi au Métropolitain avaient de plus: Marie Nicole Lemieux est devenue Cassandre en avril 2017.

     

    Les Troyens
    ★★★★★
    John Nelson. Warner Classics 4 CD 190295759865.












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