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    Yannick Nézet-Séguin: des racines et des ailes

    Le chef fait découvrir à l’Europe les musiciens de l’Orchestre Métropolitain

    25 novembre 2017 |Christophe Huss | Musique
    La notoriété internationale du chef d’orchestre québécois rejaillit désormais sur l’orchestre avec lequel il s’est construit.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La notoriété internationale du chef d’orchestre québécois rejaillit désormais sur l’orchestre avec lequel il s’est construit.

    Ce dimanche, en levant la baguette à 18 h au Konzerthaus de Dortmund, en Allemagne, Yannick Nézet-Séguin y fera résonner les premières notes de Kaléidoscope de Pierre Mercure. Qui aurait cru cela possible il y a seulement dix ans ? Sous sa direction, l’Orchestre Métropolitain entame une première tournée européenne de sept concerts en huit jours qui le mènera en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. Fier de ses racines, Yannick Nézet-Séguin a littéralement fait pousser des ailes à l’Orchestre Métropolitain !

     

    La notoriété internationale du chef d’orchestre québécois rejaillit désormais sur l’orchestre avec lequel il s’est construit. « Il y a un aspect curiosité », reconnaît Yannick Nézet-Séguin, interrogé par Le Devoir. « En Europe, on commence à ressentir une concentration de mes activités en Amérique du Nord. Dortmund, par exemple, j’y ai beaucoup dirigé. Là, ils attendent en quelque sorte mon retour, avec, en plus, l’orchestre qu’ils n’ont jamais entendu ! »

     

    Ce phénomène de raréfaction de Yannick Nézet-Séguin en Europe, qui va aller en s’accentuant, est de bon augure pour d’éventuels projets. « Une tournée 2.0, cela va être le même phénomène. On a déjà dû dire non à Luxembourg, Bruxelles et Vienne. Donc même si aucun endroit où on va jouer cette fois-ci ne voulait nous réinviter… »

     

    Le bon moment

     

    Il était important de saisir le bon moment pour entreprendre un projet si important dans la vie de l’orchestre. « Le premier signe est venu de nos concerts à Ottawa et Toronto au printemps 2014. Nous y jouions déjà Elgar, les Variations Enigma et le Concerto pour violoncelle avec Stéphane Tétreault. L’accueil réservé à l’orchestre dans les deux villes et la façon de jouer dans des circonstances qui étaient hors de la normale — sans appeler cela une tournée, il s’agissait de nos premières prestations hors Québec —, cela m’a tout de suite fait dire : "Nous serons mûrs bientôt." J’avais alors pensé commencer par une tournée nord-américaine, quoique sur le plan économique, ce n’est pas forcément moins cher. »

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chef Yannick Nézet-Séguin a «beaucoup d’attentes quant au développement de la sonorité, de la confiance et de l’aplomb de l’orchestre».
     

    La réorientation du projet vers l’Europe est née de discussions avec Laurent Bayle et Emmanuel Hondré, à la direction de la Philharmonie de Paris. « Ils ont dit à mon agent : “Nous souhaiterions recevoir le Métropolitain.” De cela a découlé le reste. »

     

    Et parmi le reste, le vrai désir des salles européennes « d’entendre l’orchestre avec lequel Yannick est depuis 17 ans » et l’adhésion au projet, très parisien, du « party de solistes » réunissant « Alexandre Tharaud, qui passe beaucoup de temps au Québec, Jean-Guihen Queyras, né à Montréal, Marie-Nicole Lemieux, star en France, et Stéphane Tétreault, que je voulais faire découvrir ». Quant au programme, il se compose de « nos deux jambes culturelles, la France et l’Angleterre », en plus de la « condition sans compromis de voyager avec des oeuvres du Québec : Exil intérieur d’Éric Champagne, et Kaléidoscope de Pierre Mercure, importante pour le développement de la musique d’ici et pour démontrer que la musique québécoise n’est pas née après 1980 ».

     

    En selle pour longtemps

     

    Yannick Nézet-Séguin a « beaucoup d’attentes quant au développement de la sonorité, de la confiance et de l’aplomb de l’orchestre ». Il sait que certains de ses musiciens sont impressionnés : « J’essaie de leur dire que l’adaptation est une partie intégrante de notre travail depuis toujours. Nous n’avons jamais de répétition acoustique quand nous allons à Ahuntsic, Saint-Sixte ou Saint-Léonard — des acoustiques qui ne sont pas très bonnes. Or, nous arrivons à nous adapter. Au fond, ce ne sera pas Saint-Léonard, ce sera juste le Concertgebouw [d’Amsterdam], et ça sonne bien ! »

     

    La boutade ne doit pas masquer la croyance profonde « qu’il y a à l’OM cette capacité d’adaptation que moi-même j’ai vécue comme chef invité. Quand j’ai commencé à visiter les orchestres, ceux-ci notaient ma facilité d’adaptation à chaque acoustique lorsqu’il y avait des tournées. Cette faculté était liée à ma propre histoire avec le Métropolitain ». Yannick Nézet-Séguin est persuadé « que la tournée va faire franchir une étape à l’orchestre » et « développer un sens d’appartenance à une collectivité sonore et artistique ».

     

    Lors du périple, deux salles lui semblent plus redoutables que les autres. D’abord Cologne : « C’est une salle fantastique par sa précision, mais le répertoire que nous y jouons est plus adapté aux salles plus poétiques avec une réverbération plus importante. » Ensuite, le fameux Concertgebouw, « salle fantastique mais complexe ». « L’adaptation va être plus délicate, mais cela ne me fait pas peur du tout. »

     

    Pour le reste, « Dortmund ressemble à la Maison symphonique, donc c’est bien de commencer là. Rotterdam, je la connais par coeur, Hambourg pose des problèmes aux orchestres qui jouent très fort et va s’adapter très bien à la taille et au raffinement de l’Orchestre Métropolitain, et la Philharmonie de Paris est ma salle nouvelle préférée, donc j’ai très hâte ».

     

    Pour juger de la réussite de l’entreprise, Yannick Nézet-Séguin ne se « fixe pas du tout sur la réaction du public », mais sur ses attentes par rapport à l’orchestre. « Je veux sentir les musiciens épanouis et en possession de leurs moyens. Si c’est le cas, le public va ressentir quelque chose, ce lien spécial qui m’unit à eux. »

     

    Un lien qui n’est pas prêt de se briser. Alors qu’il ne s’est jamais fermement avancé sur le futur, Yannick Nézet-Séguin clame cette fois « oui, oui ! » d’un souffle à la question : « Maintenant que vous avez le poste au Metropolitan Opera, vous restez au Metropolitain et pour longtemps ? » Et il précise : « Effectivement, je me posais souvent des questions dans les dix dernières années. Où ma carrière allait-elle m’amener ? Peut-être allais-je devoir quitter le Métropolitain. Là, je vois les choses tout à fait autrement. Je vois que c’est géographiquement raisonnable. Je vois que je peux redonner à mon pays ce qu’il m’a donné. J’ai un contrat jusqu’en 2021 et on va discuter de la suite bientôt ! »


    Les rendez-vous classiques du Devoir Julian Prégardien. À 33 ans, le ténor allemand, divin narrateur, fils de Christoph Prégardien, l’un des plus grands évangélistes des Passions de Bach de l’après-guerre, fait mieux que de marcher sur les traces de son père. Il se produit deux fois dans le cadre du Festival Bach : lundi avec I Musici dans des airs de Bach (salle Bourgie, 20 h) et la Sérénade de Britten, et mardi lors d’une soirée de mélodies (salle Bourgie, 19 h 30).

    Ensemble Jacques Moderne. L’ensemble tire son nom d’un grand imprimeur français du XVIe siècle dont le travail, au même titre que celui de Pierre Attaingnant, fut primordial dans la diffusion de la musique. Ce chœur est dirigé par Joël Suhubiette depuis 25 ans, qui dirigera notamment des extraits d’un bijou du 
    répertoire de la période d’avant Bach, la Fontaine d’Israël (Israelis Brünnlein) de Johann Hermann Schein, œuvre sacrée composée en 1623 à la manière de madrigaux italiens (jeudi à la salle Bourgie à 19 h 30).
    L’Orchestre Métropolitain en tournée
    Du 26 novembre au 3 décembre : Dortmund, Cologne, Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Paris. Concert à la Philharmonie de Paris du 2  décembre retransmis en direct sur Mezzo à 14 h 30, heure de Montréal. Le Devoir sera l’invité de l’orchestre et vous rendra compte de la tournée.












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