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    Entrevue

    «Nicandro e Fileno»: la course à l’opéra

    18 novembre 2017 |Christophe Huss | Musique
    L’opéra pastoral de Paolo Lorenzani fut créé devant le roi Louis XIV.
    Photo: Hugo B. Lefort L’opéra pastoral de Paolo Lorenzani fut créé devant le roi Louis XIV.

    L'ensemble Les Boréades, animé par Francis Colpron, et Le Nouvel Opéra, codirigé par Suzie LeBlanc et Marie-Nathalie Lacoursière, s’associent pour faire revivre, jeudi au Monument-National, Nicandro e Fileno, un opéra pastoral de Paolo Lorenzani qui n’a plus connu les honneurs de la scène depuis sa création, en 1681.

     

    Fait amusant à noter, la résurrection d’un opéra pastoral représenté pour la dernière fois devant Louis XIV à Versailles en 1681 n’aurait pas lieu, jeudi qui vient, si le Canada ne fêtait pas ses 150 ans en 2017. Le raccourci ne manque pas de sel !

     

    Le feu vert pour le projet de l’opéra pastoral Nicandro e Fileno a en effet été donné en mars dernier, lorsque l’idée a été favorablement reçue parmi les 150 projets du programme Nouveau Chapitre du Conseil des arts du Canada dans le cadre des 150 ans de la Confédération.

     

    Bouchées triples

     

    Les neuf mois qui viennent de s’écouler ont été la course artistique la plus folle de la carrière du directeur des Boréades : « Nous avions le contact avec tous les collaborateurs, mais tout était en attente, car nous ne pouvions pas leur dire : “Travaillez, mais nous n’aurons peut-être pas les sous” », raconte Francis Colpron, interrogé par Le Devoir. Une fois reçue la réponse favorable, nous avons mis les bouchées triples, si j’ose dire. Le projet était si enthousiasmant qu’il a été facile de mobiliser les énergies et, comme tout le monde en comprenait les tenants et aboutissants, cela a donné quelque chose de faramineux en très peu de temps. »

     

    Et il y avait du travail : il s’agissait de compléter la partition, d’écrire des intermèdes théâtraux et de monter un spectacle en créant des décors, des costumes et en concevant des éclairages. Ajoutez à ces tâches celles de trouver les chanteurs disponibles et de louer une salle, et vous n’en voudrez pas à Francis Colpron d’utiliser l’adjectif « faramineux ».

     

    Comment, au fait, une partition du XVIIe siècle refait-elle surface à Montréal ? « Elle était dans la collection de Suzie LeBlanc. C’est un manuscrit identifié par Henry Prunières en 1922 à la collection musicale de la Bibliothèque nationale de France. Comme moi, Suzie collectionne ce genre de partitions. »

     

    Suzie LeBlanc a pu en obtenir copie il y a une vingtaine d’années au moment où une édition de la partition était envisagée. « Quand j’ai rencontré Suzie il y a deux ans pour une association entre Les Boréades et Le Nouvel Opéra, raconte Francis Colpron, nous avons examiné ses manuscrits, et Nicandro e Fileno est nettement sorti du lot. »

    Deux pères qui veulent marier leurs filles respectives et ces dernières qui se rebiffent... Avec l’actualité contemporaine, on n’a pas eu à se forcer !
    Francis Colpron

    Zappa chez Louis XIV

     

    Nicandro e Fileno raconte l’histoire de deux barbons cherchant une dernière ivresse de la chair en se proposant l’un à l’autre de marier leurs filles respectives : Filli à Fileno et Clori à Nicandro. Les jeunes filles refusent évidemment d’obéir à leur père, car elles aiment toutes les deux Lidio. Ce dernier, hélas, chaud lapin, court après toutes les bergères.

     

    Nicandro e Fileno est donc un petit opéra pastoral, qui n’a rien à voir avec les tragédies lyriques en cinq actes de Lully, mais qui, selon Francis Colpron, a permis de donner une crédibilité à Lorenzani à la cour du roi de France, au point de le faire percevoir par Lully comme un « compétiteur sérieux ».

     

    « C’est une partition qui nous a laissés pantois parce qu’elle est très belle. Mais elle est incomplète, car, à l’origine, Louis XIV a assisté à une représentation lors de laquelle étaient présentés des intermèdes théâtraux avec des comédiens français et italiens. »

     

    Partition lacunaire, donc. Les parties à reconstituer sont ces intermèdes théâtraux (et leurs musiques d’accompagnement), l’ouverture et les musiques entre les actes. « J’ai complété avec des extraits d’Amadis de Lully, contemporain et approprié. Comme les intermèdes théâtraux sont traités de façon contemporaine, j’ai mis du Frank Zappa », explique le musicien, qui n’a pas voulu traiter le sujet « avec perruques et poudrière ».

     

    Il est vrai que l’argument s’y prête : « Deux pères qui veulent marier leurs filles respectives et ces dernières qui se rebiffent… Avec l’actualité contemporaine, on n’a pas eu à se forcer ! »

     

     

    Pour la partie théâtrale, Francis Colpron a contacté Joël da Silva, auteur, acteur et metteur en scène, qui a concocté un prologue et deux intermèdes ancrés dans notre réalité. C’est pour cela que l’on voit Francis Colpron et Marie-Nathalie Lacoursière faire usage d’herbes médicinales en inhalation sur l’affiche : Colpron personnifie le duc de Nevers, qui cherche l’inspiration auprès de sa muse et se met, malgré lui, à écrire le livret d’un opéra : Nicandro e Fileno.

     

    Les choix artistiques de la troupe ont été entérinés en septembre à la Maison de la culture Frontenac lors d’une résidence de cinq jours : « Nous avions la réaction du public, qui a confirmé beaucoup de choses. Ils ont beaucoup ri ! »

     

    La prochaine bataille sera celle de l’enregistrement ATMA, qui nécessite une campagne de sociofinancement : « Nouveau Chapitre nous a accordé 80 % du montant demandé. Les budgets étant très fidèles à la réalité, les 20 % liés à l’enregistrement nous manquent. Une campagne, accessible par le site des Boréades, visant à recueillir 15 000 $, est donc en cours. » Cette campagne se poursuivant jusqu’à la fin du mois, il sera même possible de juger sur pièces jeudi avant d’y souscrire.

    Le dernier CD de Kent Nagano Vous ne trouverez pas avant un bon bout de temps le dernier disque de Kent Nagano dans les bacs des disquaires. L’accessibilité internationale permettra cependant à ses admirateurs d’accéder aisément à cet enregistrement d’Une vie de héros et de Mort et transfiguration de Richard Strauss, réalisé à Göteborg en février et juin 2016, publié par l’éditeur munichois Farao.

    Ce CD fait suite à la parution, en 2016, d’Une symphonie alpestre avec le même orchestre, enregistrement distingué par la critique allemande. Farao est certes distribué au Canada par Naxos. Mais ce titre, paru internationalement le 20 octobre, n’est pas encore annoncé. Nagano y est très fidèle à sa vision implacable, lapidaire et rectiligne de Strauss, qui ne rajoute aucun pathos ou aucun « crémeux ». La démarche, très objective, fonctionne par la beauté et saturation des timbres (Mort et transfiguration) et par l’accumulation d’énergie intrinsèque à la musique. C’est du Richard Strauss pour ceux qui détestent le côté mielleux et narcissique de sa musique.

    Les rendez-vous classiques du «Devoir» Le chef québécois Jacques Lacombe dirige le Requiem de Verdi pour la 40e saison de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières. À la salle J.-A.-Thompson de Trois-Rivières, le samedi 18 novembre à 20 h. À l’église des Saints-Anges de Montréal, le dimanche 19 novembre à 15 h, à l’invitation des Concerts Lachine.

    Première semaine du Festival Bach de Montréal : Variations Goldberg ce soir à 19 h 30 à la salle Bourgie, concert d’orgue gratuit dimanche à 15 h 30 à l’oratoire Saint-Joseph, l’ensemble vocal belge Vox Luminis lundi, le grand Masaaki Suzuki de retour à l’OSM, mardi et jeudi, Mélodînes le midi à la Place des Arts et bien d’autres événements. Du 17 novembre au 3 décembre.

    Dernier concert de Yannick Nézet-Séguin avant le départ pour la première tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain en présence de trois solistes : Marie-Nicole Lemieux, Alexandre Tharaud et Jean-Guihen Queyras. À la Maison symphonique de Montréal, le mercredi 22 novembre à 19 h 30.
    Nicandro e Fileno
    Opéra pastoral de Paolo Lorenzani (1681). Avec Pascale Beaudin et Suzie LeBlanc (sopranos), Nils Brown et Philippe Gagné (ténors), Dominic Côté et Jean-Marc Salzmann (barytons), Stéphanie Brochard, Dominic Côté, Marie-Nathalie Lacoursière et Jean-Marc Salzmann (acteurs). Les Boréades, direction : Francis Colpron. Mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière. Au Monument-National, le jeudi 23 novembre à 19 h 30.












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