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    Critique concert

    Steven Isserlis: le «je» du cirque

    16 novembre 2017 |Christophe Huss | Musique
    Steven Isserlis
    Photo: Kevin Davis Steven Isserlis

    J’ai beau me creuser les méninges, je n’ai pas souvenir d’avoir vu personnage soliste au comportement plus imbuvable sur la scène d’une salle de concert depuis Henryk Szeryng. Sachant que Szeryng est mort en mars 1988, cela vous situe un peu le niveau atteint par les simagrées de Steven Isserlis, soliste de la semaine à l’OSM.

     

    Spécialiste de l’incantation stellaire, Isserlis a beau lever les yeux au ciel d’une mine pénétrée ou balancer sa tignasse et son archet, il ne parviendra pas par son cirque permanent à détourner notre attention de sa triste réalité musicale, faillible tant techniquement que stylistiquement.

     

    Mieux vaut, pour jauger ce 1er Concerto de Saint-Saëns, ne pas trop se référer à ce qu’on a entendu récemment de Stéphane Tétreault, ni surtout du suprême Johannes Moser en CD ou de la divine communion entre Emmanuelle Bertrand et Jean-Marie Zeitouni à Lanaudière en 2016.

     

    Pâmoisons énamourées

     

    Avec Isserlis, la catastrophe Saint-Saëns a deux facettes. D’un côté, peu de passages un peu difficultueux échappent à une approximation quelconque. C’est le cas dès le début et cela embraye dans le 3e mouvement, Molto allegro. Mais ce qui est bien pire, c’est le sous-Glazounov de pacotille vers lequel Isserlis, à coups de pâmoisons énamourées, tire le pauvre Saint-Säens. Tout cela est une pure trahison, car Saint-Saëns prend bien le soin de préciser ici et là Allegretto con moto ou dolceassai, c’est-à-dire qu’il insiste, par les mots con moto ou assai, sur le mouvement qui ne relâche pas, alors que les « moins vite » le sont « un peu ».

     

    Contrairement à ce que se complaît à faire Isserlis pour épater le bourgeois naïf, les passages doux ne sont donc pas des pauses pour contempler son nombril ou se regarder en train de gesticuler.

     

    Le statut de ce violoncelliste dans le monde anglo-saxon m’a toujours un peu étonné. Depuis mercredi soir, il me sidère.

     

    Introspection utile

     

    Le concert était dirigé par Nikolaj Znaider, l’un de ces violonistes reconvertis en chefs. Je n’ai toujours pas compris ce que la direction de l’OSM trouve de si constructif pour l’orchestre à servir de cobaye à ce type de profil musical au lieu de tester de potentiels directeurs musicaux. Dans le genre, Nikolaj Znaider est plutôt moins mauvais que d’autres, malgré quelques gestes croquignolets, dont certains dérivés d’exercices de mise en forme.

     

    Il y a quelques beaux élans dans Roméo et Juliette, malgré un manque de nuances dans la première partie et peu d’attention portée sur le phrasé des cuivres (trombones dans le dernier quart).

     

    Dans la 4e de Tchaïkovski, Znaider se tire bien des trois derniers mouvements, mais je n’ai pu comprendre, à suivre la partition, la logique de ses tempos dans le 1er volet. À mes yeux, le secret, dans ce mouvement, est d’observer strictement les indications et de ne jamais relâcher. La tenue aléatoire des tempos de Znaider était-elle une « interprétation » ou un défaut de maîtrise ? Seuls Znaider et les musiciens le savent.

     

    Un CD vient d’être réédité par Universal Australie qui ressuscite une 4e de Tchaïkovski gravée en 1956 (en mono, hélas) par Antal Dorati à Amsterdam. Si Znaider tombe dessus, on lui conseille d’y jeter un petit coup d’oreille pour le 1er mouvement, justement. Il en tirera des enseignements intéressants sur le domaine susmentionné et d’autres notions, dès la première minute, par exemple, sur ce qu’est un moderato con anima chez Tchaïkovski.

     

    Une bonne petite introspection philosophique du genre « Que fais-je ? », « Ou vais-je ? », en apprenant des grands anciens, permet parfois d’avancer positivement dans la vie. D’ailleurs, quelques références et bases solides pourraient aussi être éclairantes pour d’autres, afin d’éviter d’avoir des concerts aussi inutiles à l’OSM.

     

    On ne va quand même pas faire semblant de croire qu’un tel résultat était si improbable…

    Les amours de Tchaïkovski
    Saint-Saëns : Concerto pour violoncelle no 1. Tchaïkovski : Roméo et Juliette. Symphonie no 4. Steven Isserlis (violoncelle), Orchestre symphonique de Montréal, Nikolaj Znaider. Maison symphonique de Montréal, mercredi 15 novembre 2017. Reprise jeudi.












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