Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Menoncle Jason, ou l’authenticité par la caricature

    10 novembre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Le soir venu, Jason LeBlanc, 25 ans, ingénieur civil, devient Menoncle Jason, un personnage avec lequel le musicien peut pousser à fond dans la mise en scène.
    Photo: Jim Dupuis Le soir venu, Jason LeBlanc, 25 ans, ingénieur civil, devient Menoncle Jason, un personnage avec lequel le musicien peut pousser à fond dans la mise en scène.


    Menoncle. Avec un M majuscule. Un seul o, deux e. Pas mononc’ : Menoncle. Menoncle Jason, auteur-compositeur interprète acadien, qui chante dans un chiac extrême des histoires de pièges installés pour éloigner les intrus (Bear Traps), de bouteille au bec en travaillant à refaire des toitures (Roofer hangé), de collection de cassettes VHS de la série Little House on the Prairie qui brûle dans un incendie (Baby Barn), d’électricité pour faire pousser les plants de mari (Bill de Hydro), et ainsi de suite. La première fois que j’ai entendu son album Dans mon prime, j’en revenais pas.

     

    De quelle maison mobile du fin fond des bois sortait ce gars très barbu, d’âge indéfini ? J’étais fasciné : ses histoires se donnaient en country’n’western des années 1950, en rockabilly façon Sun Records, pleines d’écho, parfaitement vintage, à croire qu’il s’agissait d’enregistrements d’époque retrouvés au fond d’une mine. S’il n’y avait pas eu ces factures en souffrance, j’y croyais. Je n’avais rien entendu d’aussi authentique depuis la version originale d’I Walk the Line par Johnny Cash.

     

    La dignité d’abord

     

    De chez lui à Memramcook, au sud-est du Nouveau-Brunswick, Jason LeBlanc, 25 ans, ingénieur civil de jour et Menoncle Jason de soir, avoue être pas mal fier de son coup. « Ben oui, c’est un personnage. C’est ça, le projet. Faire la musique que j’aime vraiment et pouvoir y aller à fond à travers cette mise en scène exagérée exprès : c’est une caricature de la dure vie rurale d’ici, inspirée par des gens de ma famille, c’est chanté dans un chiac vraiment très prononcé qui me vient de mon père, mais sans cynisme, sans rire de personne. » On pourrait dire : une parodie affectueuse. « C’est ça. Les sujets me touchent vraiment… » La dignité des gens qui doivent tout vendre pour se retrouver « dans un camper », le mal de vivre noyé dans l’alcool (« Dans l’fridge y me reste pu rien / L’armoire a rien que du pain / Ça va pas bien / Quand-ce qui a rien à boire chenous ») : non seulement l’avenir est plombé, mais le présent est à sec. « Oui, c’est drôle et c’est pas drôle en même temps… »

     

    Du prog au rockabilly

     

    « J’ai commencé le projet comme une sorte de pièce de théâtre… » C’était en 2013, en parallèle de son groupe prog, Les jeunes d’Asteure. Prog, vraiment ? On change de planète. « C’est un bon apprentissage pour apprendre les structures, le prog. » Foi d’ingénieur. L’approche néorockabilly ne constitue pas pour autant un exercice de style. « J’ai pas grandi là-dedans, c’est une passion personnelle. Au secondaire, j’ai découvert Johnny Cash, ça m’a rentré dedans. Pas juste lui : le son de ses premiers enregistrements. Et Patsy Cline, Hank Williams aussi. Et les premiersMarcel Martel. J’ai approfondi ça, la manière de faire… » Une immersion volontaire. « On a fait tout le disque analogue, avec des rubans. Avec des guitares et des amplis d’époque, des vieux Fender, des Magnatone. Mais c’est pas juste l’équipement. On a fait de la recherche pour retrouver qu’est-ce qui était leur méthode. J’ai compris que c’était OK d’avoir des instruments qui se perdent dans le mix. Faut que tu penses en dehors des standards. »

     

    La beauté de la chose étant la fraîcheur du résultat : l’immédiateté de la prise de son, l’espace crée par l’écho et l’instrumentation pas trop à l’avant-plan, tout confère de l’authenticité à l’affaire. « On ne fait pas semblant, on ne reproduit rien : on part du point de départ, c’est tout. Et ça me donne un contexte pour faire vivre mon personnage. » Pas surprenant qu’on y croie : dans les interstices de la parodie, la vérité se faufile. Écoutez Toute vendre, vraie chanson d’affirmation de soi, envers et contre tout : « J’vas toute bâtir pis j’ferai qu’est-ce que j’veux / Dans ma maison qui sera sur des tires. » Ce vendredi au Divan orange, de préciser Menoncle Jason, « le but, ça va être de s’amuser, mais aussi de dire d’où c’est que je viens ».

     
    Menoncle Jason, en programme double avec Sara Dufour, au Divan orange, le vendredi 10 novembre à 22 h.​
     

    Menoncle Jason - Bill de Hydro













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.