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    ADISQ, un gala et ses désaccords

    21 octobre 2017 |Guillaume Bourgault-Côté | Musique
    Dans un marché en mutation où les productions indépendantes abondent, la question du prix peut constituer un frein pour des artistes-producteurs qui ne disposent pas d’une maison de disques établie derrière eux.
    Photomontage: Le Devoir Dans un marché en mutation où les productions indépendantes abondent, la question du prix peut constituer un frein pour des artistes-producteurs qui ne disposent pas d’une maison de disques établie derrière eux.

    C’est pour l’avant-veille de l’Halloween : le 39e Gala de l’ADISQ, ses Félix et ses remerciements nerveux. Mais ce que les organisateurs appellent la « grande fête de la musique » est-il représentatif de ce qui se fait en musique au Québec ? Pas nécessairement, disent certains. Regard.


    Quelques chiffres pour situer. Inscrire un album au gala des prix Juno coûte 65 $ pour les non-membres, et 40 $ pour ceux qui sont membres. La même chose au Gala de l’ADISQ ? Il faut être membre (ce qui coûte entre 1000 $ et 1500 $ par année), après quoi on déboursera 95 $ pour recenser un disque.

     

    Quant aux non-membres, ils peuvent tenter leur chance… mais doivent payer un coût de recensement équivalant aux frais d’adhésion généraux. Et par la suite, chaque album qu’ils inscriront coûtera le double des 95 $ exigés aux membres.

     

    « En musique de niche, tu te poses vraiment la question de savoir si ça vaut la peine de payer autant pour soumettre une nomination, dit le producteur et musicien Ghislain Poirier, colauréat du Félix du réalisateur de l’année avec Boogat en 2013. À 65 $ pour les Juno, c’est très accessible, il n’y a pas de risque. »

     

    La question du coût d’inscription peut paraître futile, mais elle vient rappeler que les gagnants de l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) sont choisis parmi ceux qui s’inscrivent. C’est logique, certes. Mais dans un marché en mutation où les productions indépendantes abondent, la question du prix peut constituer un frein pour des artistes-producteurs qui ne disposent pas d’une maison de disques établie derrière eux. C’est là une des distorsions qui affectent l’ADISQ par rapport aux Juno, croit Ghislain Poirier.

     

    « Je ne pense pas que quelqu’un dira que ce gala arrive à bien représenter l’état de la musique au Québec. Tout simplement parce que ce n’est pas le gala de l’industrie de la musique : l’ADISQ est une association de producteurs, et c’est le gala de cette association-là. Le but n’est pas de représenter les quidams qui font de la musique, mais les membres de l’association et les disques que ceux-ci produisent. C’est purement factuel. Et juste d’être factuel permet de remettre certaines pendules à l’heure. »

     

    Populaire, mais pas partout

     

    C’est un peu ce que l’auteure-compositrice-interprète (et productrice) Andréanne A. Malette a compris en septembre, lorsque les nominations pour la chanson de l’année ont été dévoilées. Elle dont la pièce Fou a obtenu un immense succès a été étonnée de voir qu’elle n’était pas parmi les 10 finalistes d’une catégorie pourtant censée récompenser la stricte popularité.

     

    « Fou était admissible, la chanson était d’ailleurs sur la liste des 40 chansons retenues selon leur liste de critères, que je trouve très bons », dit-elle en entretien. Ces préfinalistes sont déterminés à partir d’une compilation de cinq palmarès, dont un lié aux écoutes en continu (le streaming).

     

    Par la suite, la liste de 40 chansons est réduite à 10, au moyen d’un vote égal entre les quelque 700 membres de l’Académie de l’ADISQ et des citoyens consultés par une firme de sondage. Puis, le grand public vote parmi les finalistes (50 % du résultat), alors que l’Académie refait aussi l’exercice pour l’autre moitié du 50 %. L’Académie regroupe les membres de l’ADISQ et les différents jurés (dont des journalistes).

     

    « Quand le jury prend la liste pour la ramener à dix noms, la numération ne compte plus, déplore Malette. C’est l’industrie qui vote, et je peux comprendre que cette industrie va voter pour ses poulains avant de voter pour une artiste indépendante comme moi. »

     

    Andréanne Malette, ex-participante de Star Académie en 2012, ne se dit « pas amère du tout ». « Mais je pense que ça mérite quelques ajustements, qu’il y a une discussion à tenir. Ou sinon, qu’on dise plus franchement au public que ce n’est pas le gala de la chanson québécoise, mais bien celui de l’industrie. »

     

    Oui, mais…

     

    « Un gala comme ça ne peut pas être parfait », dit pour sa part Steve Jolin, rappeur (sous le nom d’Anodajay) et fondateur de Disques 7e ciel, qui produit notamment Koriass, Manu Militari et Alaclair Ensemble. La compagnie revendique 14 nominations au prochain Gala de l’ADISQ.

     

    « Mais je pense que ça reflète tout de même assez bien la musique francophone qui se fait au Québec — moins le reste, par contre. Globalement, je vois que des choses changent. Cette année, on aura une place pour le rap au gros gala du dimanche. Il y a aussi un effort depuis quelques années pour trouver un équilibre entre la gauche et la droite. »

     

    La gauche et la droite ? Ce positionnement autrement politique revient souvent dans les conversations autour du marché de la musique québécois. La gauche serait la chanson de création et des artistes moins grand public, alors que la droite désignerait le monde de la pop et des radios commerciales.

     

    Pas juste un gala

     

    La directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin, s’étonnait mercredi « d’entendre encore le discours qui voudrait que ce soit la grosse industrie contre les artistes autoproducteurs, comme s’il fallait opposer les deux. Audiogram est la plus grande compagnie au Québec avec une quinzaine d’employés — et ils n’ont que deux votes pour le gala, comme tout le monde. Les trois quarts de nos membres ont un seul employé ».

     

    Mme Drouin défend la politique tarifaire du gala en faisait valoir que l’argent sert à financer toutes les activités de l’ADISQ, dont son action politique pour obtenir de l’aide des gouvernements. « Les gens qui adhèrent à l’ADISQ le font pour l’ensemble de l’oeuvre et des dossiers, dit-elle. Ce ne serait pas juste si des non-membres pouvaient profiter de la visibilité du gala sans soutenir la structure qui permet tout ça », estime la d.g.

     

    Mais cela n’amène-t-il pas certains à ne pas participer ? « J’ai quand même l’impression que l’argent qu’on demande représente un bon investissement, répond-elle. On fait beaucoup de promotion autour des finalistes, c’est une grosse vitrine. Et il me semble qu’on est flexible pour les marchés de niche. »

     

    Elle pointe l’article 9 de la réglementation des Félix, qui permet aux petites compagnies non membres de payer 190 $ pour inscrire un album, sans avoir à acquitter aussi l’équivalent des frais d’adhésion à l’ADISQ.

     

    Mais pour avoir droit à cette clause, la compagnie ne doit pas avoir produit plus de trois disques dans l’année, non plus qu’avoir vendu plus de 5000 exemplaires au total. « Dans les marchés de niche, des albums qui ne vendent pas 1000 exemplaires, c’est la majorité », dit Solange Drouin.

     

    Quant au système de votation, Mme Drouin juge important de tenir compte — selon les catégories — à la fois de l’impact public d’un album et de l’opinion de jurés qui se concentrent sur la qualité. « Si des gens ont été touchés par une chanson, ont posé un geste d’achat, ça veut bien dire quelque chose. Mais je remarque qu’on a des critiques à gauche et à droite : ça doit être qu’on n’est pas si loin de l’équilibre », soutient-elle.













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