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    La musique sous la tonnelle, du percussionniste Daniel Bellegarde

    Après plus de trois décennies dans le milieu, le percussionniste Daniel Bellegarde lance son premier disque

    12 octobre 2017 | Yves Bernard - Collaborateur | Musique
    «Anba Tonèl», l’album de Daniel Bellegarde, est une ode véritable aux musiques de danse et à la libre chanson sous la tonnelle.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Anba Tonèl», l’album de Daniel Bellegarde, est une ode véritable aux musiques de danse et à la libre chanson sous la tonnelle.

    Depuis 1983, Daniel Bellegarde est l’accompagnateur de rêve dans tout le riche créneau des musiques afro de Montréal et au-delà. Percussionniste aussi ouvert aux musiques brésiliennes, africaines, haïtiennes et d’ailleurs aux Antilles, il a perfectionné son art comme peu ont su le faire. Depuis le début de la décennie, il réalise un vieux rêve : rendre hommage aux musiques paysannes antillaises et particulièrement haïtiennes. Après avoir collaboré à plus d’une quarantaine de disques, il lance son premier : Anba Tonèl, une ode véritable aux musiques de danse et à la libre chanson sous la tonnelle.

     

    « En Haïti, la tonnelle est un toit, un genre de petite case ou de gazebo, raconte Daniel en entrevue au Devoir. Ça veut dire aussi gwenn si wel, qui est quelque chose de répétitif, un peu comme on peut en retrouver dans la musique trad québécoise ou dans d’autres musiques. Ceux qui jouent du banjo et de la guitare, on dit qu’ils font de la musique Anba tonèl gwenn siwell. »

     

    Daniel cite une phrase que Toussaint Louverture a prononcée en 1803 et qui l’a beaucoup inspiré pour la réalisation du disque : « En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs, mais il repoussera, car ses racines sont profondes et nombreuses. » « Cette phrase m’obsède, affirme l’artiste. Il est mort en 1804 et Dessalines a fini le travail pour la création d’une république libre et indépendante. »

     

    Haïti est alors devenue la première république noire. À l’époque de la colonisation, les colons permettaient à certains esclaves d’étudier la musique européenne pour qu’ils les divertissent. Plusieurs d’entre eux ont appris le violon, la mandoline ou le piano et, avec le temps, ils ont créé des orchestres et créolisé certains styles, comme la contredanse, le quadrille et même le menuet. Par exemple, le menuet-kongo haïtien est la rencontre des structures des danses des cours européennes avec les chants à répondre des traditions africaines, alors que la contredanse est animée par un commandeur qui s’apparente au calleur du Québec.

     

    « Faire de la musique permettait à l’esclave d’adoucir ses conditions de vie pénibles, mais en même temps, plusieurs musicologues disent qu’il le faisait pour parodier le colon. Comme les musiques européennes étaient plus classiques, les Africains ont amené les percussions et la danse est devenue plus chaloupée », affirme Daniel.

     

    Tout cela transparaît pleinement sur Anba Tonèl, un album absolument irrésistible et plein d’histoire. Daniel Bellegarde s’est entouré de magnifiques musiciens, dont le guitariste Toto Laraque, le chanteur Marco Jeanty, le violoneux bottinien David Boulanger, les percussionnistes Diol Kidi et Sacha Daoud, l’oudiste-banjoïste Hassan El Hady et le contrebassiste Erik West-Millette. Il s’en dégage une création empreinte de cet esprit très décontracté propre aux musiques rurales, mais avec une qualité sonore que l’on n’entend pas sur les enregistrements d’archives.

     

    Un chant vaudou est déployé sur un rythme rapide, un spoken word est décliné en twoubadou, Némours Jean-Baptiste est repris en contredanse, tout comme une pièce du célèbre Orchestre Super Jazz des Jeunes d’Haïti. Dans Flirtation, on croit même percevoir l’influence du old time américain. Daniel explique : « C’est tiré d’un quadrille de l’île de la Dominique. On y parle créole, mais la majorité est anglophone. On y a créé un quadrille que l’on appelle Jing-Ping. » L’île fut récemment dévastée par l’ouragan Maria. Souhaitons de meilleurs jours dans un avenir rapproché.

     

    Disponible sur Bandcamp dès la semaine prochaine. Spectacle-lancement à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, samedi à 16 h.

    Anba Tonèl
    Daniel Bellegarde, Indépendant












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