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    Un chef en 2020 pour l’OSM, mais pas à n’importe quel prix

    Discussion autour des enjeux et stratégies du comité de sélection du successeur de Kent Nagano

    7 octobre 2017 |Christophe Huss | Musique
    L’enjeu est d’arriver à une «liste restreinte» consensuelle le plus vite possible.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’enjeu est d’arriver à une «liste restreinte» consensuelle le plus vite possible.

    L’Orchestre symphonique de Montréal est en quête d’un nouveau directeur musical pour 2020. Le comité de sélection, constitué cet été, s’est réuni pour la première fois le 21 septembre. Le Devoir s’est entretenu du processus de sélection et de ses enjeux avec Madeleine Careau, chef de la direction de l’OSM et porte-parole du comité, qui convient d’emblée que le calendrier est très serré.

     

    Dans le monde de la musique classique, les agendas se remplissent trois, voire quatre, saisons à l’avance. Les six à neuf prochains mois seront donc cruciaux. Verrons-nous un nouveau chef à la tête de l’OSM le 1er septembre 2020 ? « Idéalement oui ! » répond Madeleine Careau, interrogée par Le Devoir. Mais pas coûte que coûte. « Faut-il absolument présenter une nouvelle tête ? Non. Nous allons prendre le temps de choisir le bon candidat. Il vaut mieux passer un temps d’incertitude que cinq ans avec un mauvais candidat », renchérit la porte-parole du comité.

     

    Déjà une première liste !

     

    Placé sous la présidence de Suzanne Fortier, principale et vice-chancelière de l’Université McGill, le comité est animé, à titre de conseiller principal, par Zarin Mehta, ancien directeur général de l’OSM et du Philharmonique de New York. Il comprend trois membres du CA de l’OSM (Madeleine Careau, Pierre Goulet et Nancy Rosenfeld), trois musiciens (Andrew Wan, Ali Yazdanfar et Todd Cope), ainsi que Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la musique à Paris ; Alexander Neef, directeur général de la Canadian Opera Company à Toronto ; Ara Guzelimian, ancien numéro 2 de Carnegie Hall et doyen de l’École Juilliard ; Richard Lupien, président de Pro Musica ; et Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

     

    « Ce processus a abouti au choix de Kent Nagano. La formule s’est avérée efficace en 2002, donc nous l’avons reconduite », résume Madeleine Careau. Grâce à Skype, même les membres non présents à Montréal ont pu participer à la réunion liminaire qui a duré trois heures.

     

    « Zarin Mehta a établi une description de poste et dressé une liste de chefs correspondant à ce profil. Il a ensuite demandé à chaque membre du comité de donner des noms supplémentaires qui pourraient être des candidats intéressants », nous confie Madeleine Careau. De cette liste de départ de candidats qui correspondent à la description de poste, « nous avons discuté de chaque nom et avons convenu d’aboutir à une liste plus courte assez rapidement ».

    Parler français à Montréal c’est essentiel pour s’adresser au public, aux médias, à la communauté politique et des affaires. Et parler français à Montréal, c’est obligatoire pour un leader.
    Madeleine Careau, chef de la direction de l’OSM
     

    L’enjeu, pour être prêt en 2020, est d’arriver à une « liste restreinte » consensuelle le plus vite possible. Car c’est alors que Zarin Mehta vérifiera auprès de ces prospects « l’intérêt et la possibilité de ces candidats à venir à Montréal et à remplir le mandat ». Après cette phase de vérification, le comité soumettra au comité exécutif de l’OSM un choix de deux ou trois noms.

     

    Il est encore trop tôt pour parler de programmation. « Après deux ou trois réunions, nous y verrons plus clair sur un possible calendrier. Pour l’instant, les membres doivent avoir à l’esprit une chose : nous ne voulons pas rester longtemps sans directeur musical. »

     

    Le français, critère de choix

     

    Interrogée sur les critères établis par le comité, Madeleine Careau cite en premier le fait que Montréal cherche un « excellent musicien », en second que cet excellent musicien ait un « leadership affirmé, c’est-à-dire qu’il soit capable d’être en lien avec la communauté locale, nationale et internationale dans laquelle l’orchestre évolue et qu’il exprime son leadership face à plusieurs groupes de parties prenantes ». L’orchestre « appartenant au public et à sa communauté, le troisième critère est que s’il ne parle pas français, il l’apprenne dans les plus brefs délais ».

     

    À ce titre, le critère de francophonie reste une condition sine qua non au même titre qu’en 2002 pour une raison simple : « Il y a une loi, la loi 101, qui dit que la langue de travail, c’est le français. » Par ailleurs, souligne Mme Careau, « parler français à Montréal, c’est essentiel pour s’adresser au public, aux médias, à la communauté politique et des affaires. Et parler français à Montréal, c’est obligatoire pour un leader ».

     

    Interrogée sur le très faible éventail de successeurs potentiels vus sur le podium en dix ans à Montréal, Madeleine Careau souligne que « l’éventail n’était pas plus large en 2002 », mais ne fait « aucun reproche à Charles Dutoit ou à Kent Nagano ». Elle laisse entendre que pour leurs semaines de chefs invités, les candidats que vise l’OSM « préfèrent aller à Berlin, Vienne, Amsterdam ou New York ». C’est, selon elle, « quand un poste s’ouvre que cela change le niveau d’intérêt des chefs convoités et que, d’un coup, ils souhaitent regarder le dossier de Montréal ».

     

    Mais alors, si l’OSM vise si haut, peut-on imaginer voir nommer un chef qui n’a jamais dirigé l’orchestre ? « Si c’était le cas, le comité décidera. J’imagine qu’il va prévoir un processus pour qu’il soit vu et entendu. Ce n’est pas un comité superficiel : quand le choix sera fait, il sera appuyé selon des critères précis », dit Madame Careau. Précisons que la chose est fort rare, mais techniquement possible. Bernard Labadie a été ainsi nommé à New York à l’Orchestra of St. Luke’s sans jamais y avoir donné de concert auparavant. Lors d’une semaine avec le Philharmonique de New York, il avait dégagé quelques heures pour venir travailler avec l’orchestre qui souhaitait l’engager afin de jauger si le courant passait. Ce sera probablement le cas si l’OSM réussissait à attirer un très gros nom.

     

    Homme ou femme, le poste sera ouvert « à tous et à toutes », l’OSM cherchant celui ou celle « qui correspond le mieux à la description de poste, qui est le plus enthousiaste et aura la meilleure alchimie avec l’orchestre et la ville dans le cadre des défis nationaux et internationaux ».

     

    Il va falloir se battre même au pays, car le Toronto Symphony cherche aussi son directeur musical. Pourquoi un chef choisirait-il Montréal ? « Montréal est une ville attrayante pour un Européen. C’est une ville de savoir, une ville jeune, universitaire, de chercheurs, avec un public intéressant et sophistiqué. Et nous avons de bonnes conditions à offrir », résume la porte-parole du comité. Quant à Yannick Nézet-Séguin et à l’Orchestre Métropolitain, leur essor depuis 2002 ne rentre pas dans l’équation : « Nous ne pensons pas en fonction des autres, mais en fonction de nous et de notre plan stratégique. Où voulons-nous être dans quelques années et qui peut nous y mener ? Voilà l’enjeu. »













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