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    Fondation SPACQ: donner au suivant

    26 septembre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    «La musique, c’est ma respiration… À ma grande surprise, vous m’avez pas oubliée», a affirmé Patsy Gallant lors de ses remerciements.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «La musique, c’est ma respiration… À ma grande surprise, vous m’avez pas oubliée», a affirmé Patsy Gallant lors de ses remerciements.

    La table Cogeco. La table Industrielle Alliance. La table Power Corporation. La table Fiera Capital. La table Stingray Musique. La table Québecor. Et ainsi de suite. À chaque commanditaire sa table, ses invités, sa bourse à remettre. « Quatorze lauréats et lauréates vont ramasser de l’argent ! » s’exclame Louise Forestier sur le podium, tout de suite après avoir dit à Yvon Deschamps de se « tenir tranquille ». Le ton est donné. Ça se passe ainsi depuis 12 ans au quatrième étage de l’édifice de la Banque Nationale : la remise des prix de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ). On se dit les vraies affaires dans ce lieu où, pour une rare fois, gens de musique et gens d’affaires se regardent dans le blanc des yeux (les tables sont rondes), et Louise, pas trop gênée aux entournures, est l’animatrice idéale et incontrôlable de cette soirée pas ordinaire.

     

    « Dans la salle, il y a toutes sortes de monde, des auteurs, des compositeurs, des éditeurs, des producteurs, des diffuseurs », précise Diane Juster, celle qui invite, la véritable marraine de l’événement depuis le début. Et des commanditaires, cela va sans dire. C’est écrit dans le programme, et c’est un représentant de la compagnie qui présente le présentateur du prix, lequel porte le nom d’un artiste. Le prix Diane-Juster est décerné, pour son « implication exceptionnelle auprès des auteurs-compositeurs », à quelqu’un qui en a bien besoin : Alan Côté, le grand baraqué de Petite-Vallée. Son sourire n’est pas celui de quelqu’un qui a vu son Théâtre de la Vieille Forge consumé par le feu. C’est un homme en mission, qui brandit son chèque comme une victoire. « Oui, on va reconstruire ! » Homme de l’occasion à saisir, il ajoute : « Je veux créer à Petite-Vallée le studio international de la chanson, et c’est parti pour ça ! » On n’en doute même pas.

     

    Les émergents, les émergés

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le prix Sylvain-Lelièvre pour «l’ensemble de la carrière» a été décerné à Yvon Deschamps.
     

    « J’invite les émergents ! » s’exclame Louise. Elle s’exclame toujours, Louise. Les 10 000 $ du prix Dédé-Fortin vont à Antoine Corriveau et à Koriass : moitié-moitié. Pourquoi pas 10 000 $ chacun, au fait ? On ne le saura pas ce soir. Antoine souligne que c’est sa première présence sur un podium, à vie. Koriass félicite la SPACQ « d’avoir l’audace de donner ce prix-là à un rappeur qui a pas fini son secondaire cinq ». Il n’en a pas moins lu Bukowski, Baudelaire et… Yvon Deschamps, apprend-on. Le prix Édith-Butler, saluant la « chanson francophone canadienne », est pareillement partagé. Kelly Bado remercie Édith et Dieu ; Caroline Savoie commente la présentation inénarrable de la grande Acadienne : « Édith est la personne la plus badass que je connaisse… » Rires nourris.

     

    Gilles Vigneault, là pour remettre le prix portant son nom, consacre sa prose poétique à l’éloge de Luc De Larochellière, récompensé pour « une carrière en marche ». On voudrait tout citer parce que tout se tient ; impossible de s’en tenir à une ligne. Luc est ému. Il a néanmoins un message à transmettre : « J’espère que ma carrière en marche va continuer aussi longtemps que celle de monsieur Vigneault — qui continue ! – et que je pourrai faire entendre de nouvelles chansons… ce qui est devenu vraiment difficile. » Suit un appel vibrant aux gens de télé et de radio.

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Daniel Clarke-Bouchard et Oliver Jones
     

    À Daniel Clarke Bouchard revient le prix Éval-Manigat, décerné à un « porteur de traditions ». Paul Piché, lui, va chercher le prix Luc-Plamondon (en l’absence rarissime du parolier). Le gars de la Minerve prend le relais de Luc De Larochellière. « Oui, on a un problème. C’est une bataille essentielle. Mais ce qu’il faut aussi dire, c’est que nous vivons une période glorieuse pour la chanson québécoise. Mais toute cette beauté est menacée… » Le prix Richard-Grégoire, pour la « musique sur images », est remis par le grand compositeur à « l’un des meilleurs » : FM Le Sieur. Bien nommé, le prix exaltant « l’excellence de l’imaginaire » revient tout naturellement à Walter Boudreau. Les 10 000 $ proviennent de Céline Dion et des Productions Feeling, ce qui ne manque pas de sel. « La plus grande force du Québec, ce n’est pas sa sixième flotte, ce ne sont pas ses mines de charbon, c’est son art. » Oliver Jones, lauréat du prix André-Gagnon pour la musique instrumentale (appellation qui a le dos large, pour un pianiste de jazz…), est ravi et humble, comme toujours : « Il faut continuer à encourager nos jeunes, ça c’est important. » Ovation debout.

     

    Le doublé de Stéphane Venne

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Stéphane Venne
     

    À peine revenu de Toronto, où il est entré au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens (avec Beau Dommage, Neil Young, Bruce Cockburn), Stéphane Venne est là pour recevoir des mains de François Cousineau le prix François-Cousineau pour la « musique de chansons ». « Il aurait pu avoir le prix Luc-Plamondon aussi… » Commentaire du lauréat : « La jonction des paroles et de la musique, c’est comme ça que ça marche. » Et Stéphane Venne de remercier ses interprètes, fameuse liste. « J’ai vécu viscéralement la rencontre des deux, celui qui sait écrire, celui qui sait interpréter. Il faut faire ce qu’on sait faire le mieux. Et travailler ensemble. »

     

    À Coeur de pirate le prix Robert-Charlebois pour le « rayonnement international » : Béatrice Martin est justement dans un autre pays. Patsy Gallant est présente, elle, et rayonne : ce prix Lucille-Dumont, remis par Marie Denise Pelletier, est une vraie consécration, une accolade des pairs qui compte énormément. « La musique, c’est ma respiration… À ma grande surprise, vous ne m’avez pas oubliée. Merci pour cet honneur… et le chèque qui vient avec ! » En remerciement, elle offre une chanson, a cappella : L’hymne à l’amour. Ovation triomphale pour une vraie de vraie. « Je prendrai jamais ma retraite ! Écrivez-moi une toune ! »

     

    Et pour la fin ? Le prix Sylvain-Lelièvre pour « l’ensemble de la carrière », décerné à Yvon Deschamps. Présentation de Stéphane Rousseau, qui nous parle « dans la langue d’Yvon » (à la perfection). « Je suis pas dans mon milieu. J’ai l’impression d’être à la chanson ce qu’Édith Butler est à l’humour… Merci pour ce joyeux chèque. » Qu’il redonne illico à… Alan Côté et à son Théâtre de la Vieille Forge. Alan pleure comme un bébé dans les bras d’Yvon. Instant d’éternité.













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