Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Sarah Davachi, la dompteuse de sons, à Mutek

    L’«ex-Montréalaise» est à l’affiche de la soirée de musique drone ambiant du festival Mutek

    24 août 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    Sarah Davachi a lancé sept albums en quatre ans. Toujours empruntant la structure musicale du drone (le bourdon), de la note continue qui évolue à petits pas dans l’espace.
    Photo: Richard Smith Sarah Davachi a lancé sept albums en quatre ans. Toujours empruntant la structure musicale du drone (le bourdon), de la note continue qui évolue à petits pas dans l’espace.

    Elle s’appelle Sarah Davachi et son dada, c’est le timbre musical, la couleur, l’amplitude et la vélocité du son. « Faire de la musique avec du rythme ? Je ne suis pas rendue là — en fait, je ne sais pas si j’en ferai un jour », dit en riant la compositrice jointe à Anvers, dans le plat pays, où elle fait escale pendant sa tournée européenne. Avec ses collègues France Jobin, Anthony Child (le vétéran producteur Surgeon) et Deathpod, elle sera à l’affiche de la soirée de musique drone ambiant du festival Mutek au Métropolis ce jeudi soir, avant de retourner dans sa nouvelle ville d’adoption, Los Angeles.

     

    « Je ne sais plus trop ce que je suis au juste… Disons, ex-Montréalaise ? » Originaire de Calgary où elle a décroché un baccalauréat en philosophie, Davachi a ensuite obtenu une maîtrise en musiques électronique et électroacoustique en Californie, pour passer les années suivantes entre Vancouver et Montréal. C’est l’université, encore, qui la ramène sur la côte ouest : un doctorat en musicologie qu’elle amorcera à l’automne à l’Université de Californie à Los Angeles, « mais je n’ai pas encore trouvé le sujet de ma thèse, dit-elle. J’ai beaucoup travaillé dans des centres d’archives et avec des collections — ce qui me branche, c’est l’histoire des sonorités des instruments de musique. Je rechercherai quelque chose qui s’en rapproche ».

     

    Son dada, disions-nous, c’est le timbre. Et tout ce qu’il y a autour. Le silence entre les notes. Les instruments qui font les notes. L’objet même ; Sarah Davachi a développé au fil des ans une passion autant qu’une expertise reconnue pour les synthés des années 1970, dont les célèbres synthétiseurs analogiques modulaires Buchla, popularisés par la compositrice américaine Suzanne Ciani.

     

    « Même si j’ai une maîtrise en musique, et que j’ai composé ensuite des oeuvres se rapprochant de mon champ d’études, je considère ma musique comme le travail d’un artiste, que je cherche à éloigner, à séparer, de mon travail académique. Je suis comme ça, je compartimente beaucoup. Les trucs que j’étudie à l’école, je ne veux pas forcément les appliquer à mon travail de musicienne. Cela dit, lorsque je découvre des trucs qui m’excitent, théoriquement, ils peuvent m’inspirer dans ma création. Y’a ça de bien avec les études : ça donne des idées. »

     

    Et elles abondent depuis quelques années. Sarah Davachi a lancé sept albums en quatre ans — trois durant la dernière année seulement. Toujours empruntant la structure musicale du drone (le bourdon), de la note continue qui évolue à petits pas dans l’espace, la composition pour façonner le timbre autant que l’harmonie. Son approche de la musique drone est minutieuse, mais ses détails s’oublient aisément dans sa méthode qui consiste à superposer les sons pour donner du ressort à ses longues plages sonores contemplatives.

     

    Électronique et acoustique

     

    Or, après plusieurs albums conçus à l’aide de synthétiseurs, son plus récent, All My Circles Run (paru au printemps dernier sous l’étiquette Students of Decay) est une affaire entièrement acoustique. Les pièces portent les titres Pour cordes, Pour voix, Pour piano. Une étude du timbre qu’on aurait aimé entendre à MUTEK, ne serait-ce que pour dire qu’une pièce entièrement acoustique ait été entendue au programme d’un festival d’art numérique !

     

    « J’aime travailler les instruments électroniques, mais ça peut devenir délicat, particulièrement dans un contexte de festival, explique Davachi. [Les programmateurs] sont très concernés par ce qu’ils élaborent et présentent au public et, conséquemment, les artistes doivent remplir leur mandat. C’est particulièrement le cas pour les musiciens électroniques, qu’on a tendance à catégoriser rapidement. Bon, je reconnais que le synthétiseur est un instrument avec lequel il est facile de partir en tournée — il me serait difficile de voyager avec un quartet à cordes… Seulement, le risque demeure d’être étiquetée, d’être mis dans la boîte « ambiant » ou la boîte « drone », et que ce soit perçu comme une limitation de mes capacités. À mon sens, l’enregistrement me permet d’échapper à ça, puisque je fais des disques acoustiques et électroniques. »

     

    Deux autres sont en chantier, justement : intitulé Let Night Come on Bells in the Day sera essentiellement électronique, « mais avec un peu de piano, puis un mellotron, un synthétiseur, un orgue électrique ». Une étude de l’instrument à clavier, en somme, « qui garde la structure compositionnelle de la musique drone, mais… en plus “musical”, dans un sens ? Le second disque, qui en est à la phase du mixage, sera tout acoustique. Enregistré au studio Hotel2Tango, avec d’autres musiciens qui jouent avec moi. Ce sera très différent, il y aura beaucoup d’espace entre les sons… »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.