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    À MUTEK, la danse de la mobilisation avec le collectif mexicain NAAFI

    19 août 2017 |Philippe Renaud | Musique
    Bustamante affirme ne pas avoir peur «d’aborder la politique à travers notre son et nos soirées».
    Photo: Gustavo Garcia-Villa Bustamante affirme ne pas avoir peur «d’aborder la politique à travers notre son et nos soirées».

    Pour sa 18e édition, le festival montréalais MUTEK célèbre quatre métropoles culturelles : Londres, Berlin, Barcelone et Mexico. Si les trois premières sont depuis longtemps déjà consacrées foyers de la musique électronique internationale, Mexico les rejoint lentement grâce au travail de NAAFI, collectif artistique et étiquette de disques qui bouleverse l’image qu’on a de l’identité musicale de la capitale mexicaine tout en insufflant d’excitantes idées — et un certain sens du risque — à la musique de club. Entrevue avec Alberto Bustamante, alias Mexican Jihad, cofondateur du collectif qui prendra d’assaut le Métropolis jeudi pour leur soirée Ritmos Periféricos.

     

    Ils se nomment OLI, Cecilia (BABI AUDI), Lao, OMAAR et le bien nommé Mexican Jihad. Compositeurs, producteurs, DJ à l’occasion de leur soirée à MUTEK — « que du vinyle et des CDJ, pas d’ordinateurs, c’est notre règle », insiste Bustamante, qui assure que l’on entendra une tonne de matériel inédit du collectif. En lieu et place des locaux crades et autres entrepôts désaffectés qu’ils affectionnent chez eux, le chic Métropolis sera leur plancher de danse. « À force d’être invités à jouer hors de Mexico, on commence à avoir l’habitude d’installer l’ambiance de nos soirées dans des lieux soignés munis d’une bonne sonorisation… »

     

    Le mois dernier, les artistes de NAAFI ont célébré le septième anniversaire de leur étiquette de disques en organisant trois grandes fêtes, à Mexico, bien sûr, mais aussi à Brooklyn et à Los Angeles, signe du rayonnement croissant que connaît le son de ces Mexicains, eux qui, à l’origine, ne faisaient qu’organiser des soirées pour « promouvoir des sons et des rythmes que nous jugions mal représentés sur la scène club de Mexico ».

     

    Et qu’est-ce qu’est le son NAAFI ? « Difficile de répondre, lance Bustamante. Y a pas un DJ ou producteur qui se ressemble, mais on partage une même vision de ce qu’est la musique de club et des valeurs véhiculées sur cette scène. Ensuite, musicalement, j’imagine que c’est extrêmement contemporain, dans le sens où, d’un mois à l’autre, les artistes allument sur une tendance nouvelle, quelque chose de différent. On incorpore des sons de partout dans le monde, tout en demeurant très près de nos racines. C’est une manière pour nous de nous approprier et rendre locales toutes ces différentes forces de la musique de club mondiale. »

     

    En scrutant dans le catalogue de NAAFI, on trouve beaucoup de basse : trap, bass music, kuduro angolais, funk de Rio, dancehall jamaïcain, avec un soupçon de R&B, de house, de soca, de cumbia moderne et de techno de Detroit. Contrairement à leurs aînés du Nortec Collective de Tijuana, les musiques associées à la culture mexicaine, le nortena, par exemple, ne sont pas à l’agenda. « J’imagine que les générations qui se suivent ne veulent pas faire différemment de la précédente, dit Bustamante. L’important, c’est la musique pour danser ; ensuite, tu peux l’aborder de manière plus expérimentale, voire intellectuelle, mais ça doit absolument fonctionner sur un plancher de danse. »

     

    Or, la signature NAAFI est plus grande que la somme de ses références musicales. Aussi différentes soient les personnalités musicales des membres du collectif, ils abordent tous la musique électronique de danse avec une audace, une inventivité que Bustamante colore par ces mots : « Il y a quelque chose de sombre, de sinistre même, dans notre atmosphère musicale. C’est parfois même violent. Et très politique : nous n’avons pas peur d’aborder la politique à travers notre son et nos soirées. »

     

     

    Électro militante

    Photo: Gustavo Garcia-Villa Les membres du collectif mexicain NAAFI

    Car pour eux, danser, organiser des fêtes, c’est résister un peu au climat délétère qui, estiment-ils, affecte leur pays. Le côté sombre, sinistre et violent, néanmoins dansant, de leur musique « reflète la vie à Mexico,avance Bustamante. Les jeunes sont très allumés, politiquement et socialement, à cause de la violence qui sévit dans notre pays. Ça nous touche. » Il rappelle les scandales politiques, la corruption, la relation tendue avec leur voisin du nord et la violence occasionnée par la guerre des cartels se disputant le marché de la drogue — 23 000 morts en 2016, le second conflit armé le plus meurtrier après la guerre en Syrie, selon les données de l’Institut international d’études stratégiques.

     

    « Notre musique est le reflet du climat ambiant dans la ville. Par ailleurs, c’est difficile d’être jeune à Mexico ; c’est à la fois une ville très gentille, amicale, où il fait généralement bon vivre, mais les jeunes y ont beaucoup de difficulté à trouver des sous et des endroits pour s’amuser. » D’où l’idée originelle qu’ils entretiennent encore aujourd’hui : les soirées NAAFI changent d’adresse à chaque édition. « NAAFI s’est forcé à devenir une sorte de point d’ancrage pour cette communauté éparpillée, soutient Bustamante. Un lieu où tout le monde pouvait se retrouver, ça donne aussi des foules très variées d’un événement à l’autre. Certains sont issus de la scène des arts visuels, d’autres des universitaires… Depuis peu, NAAFI a réussi à attirer l’attention des médias et du public international, or, nos événements sont devenus une destination, pas mal de touristes aujourd’hui visitent Mexico et cherchent nos événements NAAFI, ce qui leur confère une dimension très cosmopolite. »

     

    L’aspect militant de la démarche du collectif résonne jusque dans le nom de scène de Bustamante, cela ne nous aura pas échappé. « Lors de notre fête à Mexico, tout le monde rigolait parce que sur l’affiche était annoncé “Mexican Jihad et MC Bin Laden” », rappeur brésilien qui a récemment collaboré avec NAAFI.

     

    « On disait que nous étions pour perdre tous nos visas ! J’ai choisi ce nom par provocation, mais je n’utilise pas “jihad” comme symbole de l’islam radical, plutôt pour désigner une lutte de manière générale. Chez nous, personne n’a peur du mot ; aux États-Unis et en Europe, les gens freakent un peu. Évidemment que je suis doublement fouillé aux douanes, mais pas à cause de mon nom de scène, parce que j’ai la peau plus foncée et que je porte une moustache. Chaque fois qu’on passe aux douanes, c’est toujours moi qu’on fouille une deuxième fois. C’est du profilage, ça touche à qui je suis dans mon corps plutôt que la musique que je fais. »

    Nos cinq recommandations au MUTEK Christian Olsen
    Inter_Connect Barcelona
    SAT – 25 août
    Aperçu à la batterie aux côtés de Poirier et Foxtrott, Olsen, qui a fait des études en électroacoustique, tricote des grooves électroniques au tempo modéré, nourris de chauds synthés, appuyés par des projections en direct.

    Daphni
    Nocturne 2
    Métropolis – 23 août
    Le Canadien Dan Snaith brille dans le registre pop-électro-psychédélique sous le nom de Caribou, mais transpose son univers sur les planchers de danse sous le nom de scène Daphni. Il se lancera dans un marathon DJ de cinq heures qu’on espère bourré d’inédits.

    Filastine & Nova
    Inter_Connect Barcelona
    SAT – 25 août
    L’Américain Filastine, pourvoyeur de musiques de basse aux influences latines, caribéennes et africaines, fait la paire avec la chanteuse et MC indonésienne Nova Ruth pour interpréter le matériel de leur album Drapetomania, entre soul, dubstep et rythmes du monde.

    Surgeon & Lady Starlight
    Nocturne 4
    Métropolis – 25 août
    Autre duo d’intérêt piquant notre curiosité, le réputé producteur techno Surgeon (Anthony Child) s’allie à l’auteure, compositrice et interprète Lady Starlight, collaboratrice d’une autre Lady, Gaga celle-là.

    Marie Davidson
    Inter_Connect Berlin
    SAT – 24 août
    En attendant la sortie du premier EP du duo « suburban techno » SLEAZY dont elle fait partie, Davidson revient pour une seconde année de suite à l’affiche du festival avec sa poésie électronique sanguine et captivante.












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