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    Pour l’après-Nagano, l’OSM devra miser sur un nom rassurant ou opter pour l’électrochoc

    5 août 2017 |Christophe Huss | Musique
    Le 29 juin, l’Orchestre symphonique de Montréal annonçait que Kent Nagano n’acceptait pas la proposition de prolonger son contrat au-delà de 2020.
    Photo: Christina Alonso Le 29 juin, l’Orchestre symphonique de Montréal annonçait que Kent Nagano n’acceptait pas la proposition de prolonger son contrat au-delà de 2020.

    Le 29 juin, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) annonçait que Kent Nagano n’acceptait pas la proposition de prolonger son contrat au-delà de 2020 qui lui avait été faite en avril 2016.

     

    Le son de cloche dominant depuis lors se résume assez facilement en : « Cela nous donne le temps de voir venir. » Or rien n’est moins sûr. Si la situation est moins théâtrale et dramatique que lors du départ du chef Charles Dutoit, en 2002, le terrain, en apparence serein, est miné.

     

    Le marché montréalais évolue en effet dans un écosystème qui s’est complexifié. L’orchestre montréalais fait l’objet d’un examen minutieux et tout, depuis sa gouvernance jusqu’à sa vision, devra être soupesé avant de gagner la confiance d’un chef de haut calibre. À l’heure où l’institution constitue son comité de sélection, Le Devoir examine ici les enjeux et dresse un portrait-robot de directeurs musicaux potentiels dans un bassin où les prises internationales se disputent chèrement.

     

    Une chose est sûre : il y a un point de non-retour après Kent Nagano. Montréal ne pourra pas se contenter d’un chef « entre deux avions » qui saute de Montréal à Paris et de Paris à Hong Kong. Kent Nagano s’est intéressé à nous, et nous y avons pris goût.

     

    Mais le principal changement par rapport à la recherche de 2002-2004 qui a mené au choix de Kent Nagano est ce qui se passe dans « le camp d’en face », celui de l’Orchestre Métropolitain (OM). Nous ne sommes plus dans un paysage où l’OSM trône sur son piédestal, avec, à côté, un petit jeune et son modeste orchestre.

     

    Un paysage transformé

     

    À la Maison symphonique, le Métropolitain et son chef remplissent la salle, et la presque totalité des auditeurs ne font aucune différence qualitative entre les deux formations. Yannick Nézet-Séguin est devenu une star planétaire. Qu’on le veuille ou non, cela change tout dans le choix à venir pour l’OSM, car, stratégiquement, cela ferme bien des portes.

     

    Ainsi, sur le plan de l’image, l’OSM ne peut pas se lier à un « jeune chef », car le leader du marché montréalais (l’OSM) ne peut pas « semer » alors que le challenger (le Métropolitain) vient d’entamer la récolte ! Ce raisonnement semble exclure du choix le jeune Tchèque Jakub Hrusa, 36 ans, auteur, pourtant, d’excellents débuts.

     

    Mais ce n’est pas tout. Même un « bon chef d’âge moyen » avec lequel l’OSM pourrait évoluer de concert est quasiment condamné. Prenons le Slovaque Juraj Valcuha, bien apprécié des musiciens, et allons-y pragmatiquement.

     

    Imaginez que vous soyez directeur artistique d’une salle de concert à Pékin ou à Séoul. Vous recevez deux propositions de tournées : Métropolitain–Nézet-Séguin et OSM-Valcuha. Qui engagez-vous ?

     

    Reste deux issues : le nom rassurant ou l’électrochoc.

     

    Le chef rassurant

     

    Le nom rassurant, c’est la voie « Nagano bis » : un chef d’expérience qui apporte une aura de prestige à l’orchestre et rassure les partenaires.

     

    À ce niveau se pose la question du critère du français, en tête de liste dans la recherche de 2002. Ce critère paraît logique pour une simple question de langue de travail au Québec. Sauf que le directeur musical actuel — engagé en partie sur ce critère — fait majoritairement ses répétitions en anglais, selon nos informations. Reste que le français semble nécessaire pour établir un vrai contact avec un large public.

     

    Dans l’absolu, toute question linguistique mise à part, un musicien de la stature d’Esa-Pekka Salonen serait idéal pour cet orchestre à ce stade de son parcours. Le chef finlandais a mis sa carrière en veilleuse pour composer davantage. Mais il serait le choix en phase avec la créativité de la cité. En théorie, c’est impossible, mais tant qu’à brosser un portrait-robot de la perfection, rien n’empêche de rêver.

     

    Quant au Français Stéphane Denève, qui oeuvre en tant que premier chef invité du prestigieux Orchestre de Philadelphie, dont Nézet-Séguin est le chef principal, il s’est détourné de Montréal et vient de signer à St. Louis. Ce virage tue dans l’oeuf la possibilité de reconstituer à Montréal la dream team Nézet-Séguin/Denève qui sourit tant à Philadelphie.

     

    Dans la besace des grands chefs francophones actuellement connus de l’Orchestre, reste James Conlon. Il est brillant, avec un sens aigu de la programmation intelligente. Reste à voir si l’Américain, un invité apprécié, est compatible à l’année avec l’orchestre.

     

    Le comité de sélection évaluera sans doute l’hypothèse Juanjo Mena. L’Espagnol francophone de 51 ans a brillamment réussi ses premiers pas ici, son poste à la BBC lui donne une visibilité et il est évident que la puissante agence CAMI a comme priorité de le mettre en orbite en Amérique du Nord, dont il dirige les plus grands orchestres avec succès.

     

    Nous ne parlons déjà plus ici de Vasily Petrenko. Le Russe ne remplit pas les critères de francophonie ni de notoriété (à terme, il va devenir « l’autre Petrenko » par rapport au chef de Berlin) et a dirigé une 1re de Brahms qui a mis en lumière toutes ses limites culturelles et esthétiques.

     

    Et maintenant ?

     

    Au cours du mois d’août, l’OSM va mettre sur pied un comité de sélection puisant dans quatre contingents : musiciens, administration, conseil d’administration et conseillers.

     

    L’un des conseillers extérieurs de 2002, Jean-Pierre Brossmann, a amené Kent Nagano à Montréal. Le Devoir peut vous révéler que l’« idée B » de ce conseiller était alors… le Britannique John Eliot Gardiner. C’eût été un sacré électrochoc !
     

    Photo: Styriarte Il faudra vérifier si le brillant chef français Jérémie Rhorer veut faire le saut à l’orchestre symphonique.

    Avec un choix osé et inattendu, l’OSM attirerait la curiosité du monde musical. Deux types d’électrochocs sont envisageables. Le premier est le chef surdoué plus ou moins à cheval entre le monde baroque et la pratique « historiquement informée ». Ils ne sont pas nombreux à être de calibre.

     

    Il faut oublier le plus brillant, le chef gréco-russe Teodor Currentzis, parce que trop incontrôlable et imprévisible. Par contre, il faut vérifier si le brillant chef français Jérémie Rhorer veut faire le saut à l’orchestre symphonique et tester en priorité l’Espagnol Pablo Heras-Casado, voire, peut-être, le Français Francois-Xavier Roth.

     

    Mais l’électrochoc le plus surprenant serait… une femme. C’est la tendance émergente du moment après la vague des jeunes chefs. Un nom précis attire l’attention, celui de Susanna Mälkki, une Finlandaise de 48 ans qui a vécu en France. Elle a la maturité, l’expérience et le talent. Et elle a aussi le même agent artistique que Kent Nagano, Harrison Parrott, à Londres, dont elle va possiblement être la candidate. Car gageons qu’en coulisses la bataille des agences pour le gâteau montréalais a déjà commencé.

    Photo: Simon Fowler L’électrochoc le plus surprenant serait une femme. Le nom de Susanna Mälkki, une Finlandaise qui a vécu en France, attire l’attention.

    À quel horizon y verrons-nous plus clair ? En matière de calendrier, le temps presse. La saison 2017-2018 est bouclée. La saison 2018-2019, celle où tout va se jouer, est largement constituée et sera finalisée dans six mois.

     

    Or le nombre de successeurs potentiels crédibles « testés » par l’institution en dix années de mandat de Kent Nagano est si faible, et l’éventail d’options à évaluer si grand, qu’à moins d’un revirement inattendu, il sera quasiment impossible de prendre une décision au terme de la saison 2018-2019, date d’annonce logique d’un choix pour 2020-2021.

     

    Tout est ouvert, tout est à inventer, et si l’OSM ne veut pas précipiter les choses et préparer le futur sereinement, l’hypothèse de se donner deux ans de répit dans la recherche d’un nouveau directeur musical en nommant à titre temporaire, en tant que chef principal, un « vieux sage », le temps de bien faire le travail, va s’imposer bien vite.

     

    À ce titre, le « vieux sage », qui dirigerait par exemple six programmes par an et s’assurerait, sans avoir d’obligations autres, que l’orchestre tienne le cap artistique, pourrait même être nul autre que… Kent Nagano en personne !













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