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    Cinq saisons dans le bon ordre

    Sur disque, cinq réalisateurs racontent Montréal avec un volet symphonique

    5 août 2017 |Philippe Papineau | Musique
    L’album couvre les quatre saisons, plus une imaginaire : Champion s’est inspiré de l’été, Éloi Painchaud de l’hiver, Alex McMahon s’est occupé du printemps, et l’automne a été confié à Marc Pérusse. À James DiSalvio (absent de la photo), est revenue la 5e saison.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’album couvre les quatre saisons, plus une imaginaire : Champion s’est inspiré de l’été, Éloi Painchaud de l’hiver, Alex McMahon s’est occupé du printemps, et l’automne a été confié à Marc Pérusse. À James DiSalvio (absent de la photo), est revenue la 5e saison.

    D’un même tronc peuvent pousser deux branches, croit le patron de l’étiquette GSI, Nicolas Lemieux. C’est qu’à partir de son concept des « cinq saisons » montréalaises, il a créé non seulement le concert Montréal symphonique, qui aura lieu le 19 août au pied de la montagne, mais aussi tout un projet de disque, intitulé 5 x 15.

     

    Les deux projets se recoupent en leur centre, mais sont distincts. Sur l’album à paraître vendredi, cinq réalisateurs ont donc créé chacun 15 minutes de musique avec un volet symphonique, autour d’une saison imposée.

     

    Le printemps a été confié à Alex McMahon, l’été à Champion, l’automne à Marc Pérusse, l’hiver à Éloi Painchaud, et la « saison imaginaire » à James DiSalvio. Et si les invités étaient permis, chacun a dû travailler sans savoir ce que les autres manigançaient.

     

    Touche personnelle

     

    Mercredi, tous les réalisateurs sauf DiSalvio, indisponible, se sont réunis dans un studio pour découvrir le travail de leurs collègues, pendant que les journalistes se plongeaient dans l’écoute de 5 x 15 dans une pièce attenante.

    Il y a manifestement un coeur qui bat, et ce coeur il est fait de l’urbanité de la place, du trafic, des gens qui passent, des gens qui parlent, du métro. Je viens des Îles et là-bas t’as du bruit aussi, mais c’est du vent.
    Éloi Painchaud

    Constat ? C’est Champion qui se lance. « Des fois, en “compétition”, tu veux essayer de torcher plus, de beurrer. Mais c’est une erreur de faire ça, et ici personne n’est tombé là-dedans. La seule façon pour que ça marche, c’est d’y aller personnel. »

     

    Chacun a effectivement apporté sa touche. Alex McMahon a invité son fils Albert et son ami Yann Perreau, et se permet même du jazz et du rap orchestral. Champion reste fidèle à ses textures électro et a tendu le micro à M-Mo, à Face-T et à ILAM. Marc Pérusse a utilisé les cordes au service de chansons livrées par Daniel Lavoie et Alexandre Désilets, avant de conclure une tranche plus exploratoire. Éloi Painchaud se l’est joué davantage musique de film, alors que James DiSalvio propose une trame éclatée, entre l’hallucination et la narration.

     

    « D’habitude, on parfume beaucoup les projets sur lesquels on travaille [comme réalisateurs], mais là, on était la matière première qu’on allait entendre, c’est un gros step de plus vers notre essence, notre personnalité, explique Alex McMahon. C’est pas les idées d’un autre qui passent par notre tête, c’est nos idées. »

     

    Les défis

     

    Les quatre réalisateurs présents ont trouvé que la contrainte de temps du projet n’était pas une mince affaire. « Partir sur un thème et développer la même chose pendant 15 minutes, ça, c’est vraiment difficile », avoue Marc Pérusse, qui a jonglé avec plusieurs approches au fil des mois.

     

    Tous ont eu le même réflexe, soit de séparer leur piste en sections. « Elles sont fragmentées en quelques mouvements, comme des oeuvres classiques », constate McMahon, qui a tout de même apprécié les 15 minutes pour pouvoir « établir un truc, le développer, être descriptif au lieu d’être trop direct ».

     

    Le volet symphonique aussi restait un défi pour les réalisateurs. Éloi Painchaud a comparé les cordes à un trop gros jouet qu’on donnerait à un enfant.

     

    « Alex a un peu plus de connaissance que nous, mais on est tous un peu des imposteurs là-dedans, rigole-t-il. [La question était] moi, avec ma maîtrise et ma compréhension de la musique, comment je suis capable d’attraper ça et de mettre ça dans un contexte qui va s’écouter ? »

     

    Montréal la rythmée

     

    La trame de tout ça reste Montréal, qui est ici racontée, ailleurs évoquée, en musique. Painchaud trace « l’incessant ballet des déneigeuses », comme il le raconte dans le livret. Marc Pérusse campe une de ses histoires dans le métro. McMahon propose une valse de marteaux-piqueurs. Montréal, ici, est rythmée.

     

    « Il y a manifestement un coeur qui bat, et ce coeur, il est fait de l’urbanité de la place, du trafic, des gens qui passent, des gens qui parlent, du métro, raconte Éloi Painchaud. Je viens des Îles [de la Madeleine] et là-bas t’as du bruit aussi, mais c’est du vent. »

     

    Champion, lui, a superposé dans son travail une trame classique — dont un bout de Berlioz — et une autre électronique pour illustrer la métropole. « Il y a deux tempos qui ne sont pas les mêmes mais qui roulent en même temps. C’est un chaos, mais qui fonctionne, malgré tout. »

     

    Montréal la multiple

     

    De Diane Dufresne à Radio Radio en passant par Jenny Salgado et le slameur M-Mo, 5 x 15 montre bien les multiples facettes de la métropole.

     

    Pour Champion, cette approche était primordiale, lui qui fait entendre trois langues sur sa tranche sonore. « Je ne porte aucun jugement, mais pour moi, si je ne le fais pas, je suis participant de l’établissement des ghettos. Et si je suis en position de donner le micro à quelqu’un, bien tant mieux. »

     

    Éloi Painchaud, lui, a mis en lumière (et surtout en musique) la présence asiatique à Montréal. Il raconte avoir résidé longtemps à l’angle de Saint-Laurent et de René-Lévesque, à la porte du quartier chinois. « Il y a aussi toutes les communautés asiatiques, les Thaïlandais, les Vietnamiens établis à Montréal. Ils nous font voyager à l’intérieur de notre propre ville. Toutes les grandes villes sont constituées de gens qui ont pris leurs baluchons, leurs bardas, et qui viennent donner le meilleur d’eux-mêmes ».

    5 x 15
    Avec Alex McMahon, Champion, Marc Pérusse, Éloi Painchaud et James DiSalvio. Sur l’étiquette GSI Musique. En magasin vendredi.












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