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    Avec «Nikamotan MTL», Musique nomade fait se rencontrer des artistes autochtones et allochtones

    3 août 2017 |Sophie Chartier | Musique
    Le rappeur Dramatik, Fab, tiers du groupe Random Recipe, et la poète innue Natasha Kanapé Fontaine veulent célébrer Montréal, mais soulignent au passage que ce lieu est habité depuis plus que 375 ans.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le rappeur Dramatik, Fab, tiers du groupe Random Recipe, et la poète innue Natasha Kanapé Fontaine veulent célébrer Montréal, mais soulignent au passage que ce lieu est habité depuis plus que 375 ans.

    Que ceux et celles qui sont en mesure de nommer cinq auteurs-compositeurs-interprètes autochtones contemporains lèvent la main. Ah voilà. Pourquoi est-ce si difficile ? Nos scènes et nos ondes ont un gros problème de représentation, avancent les artistes qui prendront part vendredi au grand spectacle de Musique nomade, intitulé Nikamotan MTL.


    Par un bel avant-midi ensoleillé, la poète innue Natasha Kanapé Fontaine, le rappeur Dramatik et Fab, tiers du groupe Random Recipe, se sont rassemblés pour parler de Nikamotan MTL et de Vélo Paradiso, projet multidisciplinaire piloté par le Wapikoni mobile et son penchant musical, Musique nomade. Les trois artistes avaient été recrutés en 2016 pour pondre une chanson originale, jumelés entre créateurs autochtones et non autochtones. Rapidement, le sujet bifurque vers l’absence des peuples autochtones du grand radar de la culture pop.

     

    « Je n’ai jamais vu un projet comme [Vélo Paradiso] se faire, commente Natasha Kanapé Fontaine. Mais c’est maintenant, au [moment du] 375e que ça se fait. C’est des choses qui auraient dû se faire depuis des années… »

     

    Au total, Musique nomade a constitué quatre duos : Random Recipe a été invité à travailler avec Natasha, Laura Niquay a rencontré Sunny Duval, Dramatik a composé avec Matiu et Esther Pennell a collaboré avec La Bronze. Ils ne se connaissaient pas, ils ont appris à s’apprivoiser par la musique.

     

    Quatre chansons bien différentes et personnelles sont nées de ces interactions, à partir desquelles le Wapikoni a pondu des vidéoclips rendant hommage aux quartiers de la métropole. Les courts métrages sont projetés dans les parcs de la ville jusqu’au mois d’octobre. Il s’agissait de l’offrande de Musique nomade et du Wapikoni aux célébrations du 375e. Le projet veut célébrer la ville, mais ne manque pas au passage de spécifier que ce lieu est habité depuis bien plus longtemps que 375 ans.

     

    Lutter avec le sourire

     

    Le grand spectacle annuel de Musique nomade, qui est présenté chaque année dans le cadre de Présence autochtone a donc été consacré à ces collaborations cette année, et a été baptisé Nikamotan MTL, ou « chantons ensemble », en langue attikamek.

     

    Question, justement, de donner une belle grande place à ces artistes bourrés de talent qui restent trop souvent dans l’ombre. Pourquoi on ne s’y intéresse pas plus, demandent les participants de Nikamotan MTL ?

     

    « Les gens, les sujets, on les met dans des catégories et on ne les mélange pas, ajoute Natasha Kanapé Fontaine. Je connais des artistes d’ici qui chantent depuis dix ans. Ils n’arrivent pas à percer parce qu’il y a plein de producteurs qui pensent qu’ils ne sont pas rentables. » Elle donne l’exemple de Shauit, un artiste reggae innu qui fait partie de l’écurie Musique nomade et qui roule sa bosse depuis une décennie. « Il commence tout juste à percer », s’insurge la poète.

     

    Dramatik, qui signe la pièce Je gratte le ciel, un habile mélange de folk et de rap, signé avec le chanteur Matiu, originaire d’Uashat Mani-Utenam, en veut aux grands décideurs de l’industrie musicale. « Beaucoup de gens acceptent les étiquettes qu’on veut imposer aux artistes, commente le rappeur. Mais quand tu veux faire un rap qui est conscient, intelligent, qui parle de quelque chose, y’a toujours des gens qui vont vouloir te mettre le mute. Si j’ai mal, il faut que je pleure aussi. Il faut que j’aie la chance de crier. »

     

    Dramatik tient à rassurer les fêtards, toutefois. Il est possible de parler de ces choses difficiles qu’ont traversées les peuples autochtones avec le sourire, en chantant, en dansant. « On n’est pas là pour la vengeance et le sang. Je m’appelle Dramatik, mais des fois, je fais des barbecues », ajoute-t-il à la blague.

     

    Fab de Random Recipe, qui a créé la chanson Tiotiake, un beat très hip-hop portant les mots percutants de Natasha, abonde. « C’est la meilleure des armes, je crois, commente-t-elle. La meilleure chose qui peut se passer vendredi, et toute la durée de Présence autochtone, c’est que les gens participent, que les gens soient de bonne humeur. Et que les gens chantent ce qu’ils ont à chanter au plus profond d’eux. Peu importe les backgrounds, au fond. C’est une célébration humaine. »

     

    Retour à la base

     

    Fab en profite pour faire l’apologie de la plateforme de Musique nomade. « Il y a tellement d’artistes géniaux que je ne connaissais pas ! Souvent, en tant que band, tu vas te demander ce sera quoi ton prochain challenge. Mais pas besoin d’aller super loin, on peut revenir ici, se faire proposer de faire des choses avec des artistes locaux qu’on ne voit pas souvent. »

     

    Natasha, ne mâchant pas ses mots, reprend la balle au rebond : « Je vois tout le branle-bas pour le reste du monde, surtout autour du 375e… mais pour ceux qui viennent d’ici et qui sont passés à travers plein de choses, il reste quoi ? Des bouchées de pain. Mais nous, les autochtones, on est toujours prêts à tendre la main, à collaborer, malgré tout ce qu’on a vécu. Et ça donne des chansons extraordinaires. »

    Nikamotan MTL
    Dans le cadre de Présence autochtone, avec Random Recipe, Natasha Kanapé Fontaine, Laura Niquay, Sunny Duval, Matiu, Dramatik, La Bronze, Esther Pennell. À la place des Festivals vendredi à 21 h.












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