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    The Who sur les Plaines: tassez-vous, les meilleurs, c’est nous!

    14 juillet 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Il a fallu quelques chansons pour que Roger Daltrey se réchauffe la voix, mais ça y est dans «Join Together».
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Il a fallu quelques chansons pour que Roger Daltrey se réchauffe la voix, mais ça y est dans «Join Together».

    Vrang ! Vrang vrang ! Vrang vrang ! Vrang ! Oui, c’est le riff du morceau de départ : I Can’t Explain. Le premier succès des Who, en 1964. Pardonnez l’onomatopée forcément déficitaire. Il manque l’image aussi. Faut voir cet incorrigible Pete Townshend s’esquinter le bout des doigts en actionnant son bras-moulinette. Faut voir Zak Starkey, fils de Ringo Starr, filleul de feu Keith Moon, tapant comme un possédé, mimant les coups avec ses expressions faciales (comme son parrain).

     

    C’est The Who. L’esprit The Who. Jouer pour jouer, jouer pour vrai. The Seeker passe trop vite, mais Who Are You ? fait son effet : la deuxième vie de la chanson, en tant que thème de la série télé CSI, la rend plus que familière, toutes générations confondues. Et puis quoi ensuite ? Attachez-moi, quelqu’un, ils font The Kids Are Alright. Et la font bien. Les harmonies Roger Daltrey-Pete Townshend, plus les voix des musiciens d’appoint, rendent parfaitement la chanson. Je me pince. Aïe, je me suis pincé au sang. C’est The Who, là, à quelques mètres de la tente des médias, champions du rock, qui me font les chansons phares de ma vie. Et voilà qu’ils enchaînent avec I Can See For Miles, jouée comme au festival pop de Monterey en 1967, il y a très exactement 50 ans. À la seule différence est que nos anciens gamins ne cassent pas tout le matériel.

     

    Et ça continue. My Generation. « People try to put us d-d-d-d-dow… » Deux accords et voilà résumée toute la frustration des Mods au milieu des années 1960 (toute une génération de commis de bureau et de petits employés sans avenir) : My Generation est un poing brandi, encore et toujours. « I can’t see you », se plaint Pete : la régie allume tout et Pete est content. Il y a du monde, de tous âges. My Generation, ça peut se conjuguer au pluriel.

     

    Chansons supérieures, rendus à la hauteur

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Pete Townshend
     

    Oui, c’est un spectacle de grands succès, de classiques de l’histoire du rock : encore faut-il bien les servir. La version de Behind Blue Eyes est impeccable. La chanson, comme les fans finis le savent, se divise en plusieurs sections, et l’émouvante portion lente se vit en attente du moment où le grand Pete va plaquer ses riffs monstres. Quand ça arrive, on frémit. Pareil pour le roulement de batterie qui lance Bargain : on en jouit par anticipation. Et Zak Starkey est à la hauteur : c’est un roulement impossible à la Keith Moon. On a cru longtemps que personne d’autre que Moonie ne pourrait attaquer aussi intensément des peaux : digne filleul !

     

    Performants pas à moitié, nos compères : il a fallu quelques chansons pour que Roger se réchauffe la voix, mais ça y est dans Join Together. Et ça se confirme dans You Better You Bet. Encore une chanson génialement construite : quel compositeur, ce Pete ! Il se passe tant de choses, il y a tant de segments distincts, et ce n’est jamais prog pour autant. La structure d’un morceau de rock a-t-elle jamais été aussi complexe et efficace à la fois ? « How do you say Quadrophenia in quebecese ? » demande Pete. On lui dit. « Oh, it’s almost the same… » Suit un bloc de pièces du grand oeuvre de Townshend : oui, Quadrophenia, c’est encore plus fort que Tommy. J’en veux pour preuves 5:15, I’m One (chantée par Pete, avec son frère Simon), et la poignante Love, Reign O’er Me. Immense chanson, malgré un souci technique au départ. Roger Daltrey a encore et toujours le cri souverain.

     

    Imparables et puissantes, l’une après l’autre

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Roger Daltrey
     

    Et The Who replonge dans son catalogue sans fond : Eminence Front, je l’avais oubliée. De l’album It’s Hard, méconnu. Une autre que Pete chante. Différente, tout aussi gagnante. Un bloc Tommy avec ça ? Eh oui. Ce n’est pas du chiqué, ces longues séquences instrumentales : Pete joue concentré, intense, et sort de sa guitare des sons qui n’appartiennent qu’à lui. Technique unique ! Ça mène à Pinball Wizard, attachée à See Me, Feel Me. Roger n’a plus les franges ni les frisettes de Woodstock, mais il les propulse jusqu’au fond des plaines d’Abraham, ses notes.

     

    Plus fort encore ? Oui, ça se peut. Le gigue électronique annonce Baba O’Riley. Pete assène des coups de poing. Plus ça va, plus Roger ouvre la machine, pousse chaque note à son paroxysme. « It’s only teenage wasteland ! » répond Pete, du tac au tac. Plus fort encore ? Oui ça se peut : les riffs géants de Pete lancent Won’t Get Fooled Again. Et sa moulinette assassine l’achève. « See you again », lâche Townshend. Ça aussi, ça se peut.













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