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    La méticuleuse recherche des talents musicaux de demain

    15 juillet 2017 |Christophe Huss | Musique
    Les lauréats du concours 2017. De gauche à droite: le chef Nicolas Ellis, le pianiste Tristan Longval-Gagné, la pianiste Angela Suet Kee Ng, la pianiste Christine Ke Pan, les pianistes Linda Ruan et Charissa Vandikas.
    Photo: Marie-Andrée Blais Les lauréats du concours 2017. De gauche à droite: le chef Nicolas Ellis, le pianiste Tristan Longval-Gagné, la pianiste Angela Suet Kee Ng, la pianiste Christine Ke Pan, les pianistes Linda Ruan et Charissa Vandikas.

    Mercredi soir à Gatineau se tenait le concert gala des lauréats du Concours de musique du Canada (CMC). Bien plus qu’un concours, le CMC est, pour les musiciens de 7 à 25 ans, un véritable maillage des talents prometteurs à travers le pays.

     

    Encore un chanteur québécois ! Encore un chef canadien ! Nous en avons très peu conscience ici, mais, à l’étranger, notre réputation en matière de pépinière de talents musicaux est faite. Au point de devenir quasiment, en ce qui concerne les chanteurs, un gage de qualité.

     

    À Gatineau, mercredi, c’est Nicolas Ellis qui dirigeait les lauréats. Il est avec Andrei Feher, Jordan de Souza, l’un des grands espoirs de la direction d’orchestre. Il en va de même avec les instrumentistes. Charles Richard-Hamelin, Tony Yike Yang au piano, Blake Pouliot ou Kerson Leong au violon. Le grand public a été récemment sensibilisé au talent des jeunes musiciens à travers l’émission télévisée Virtuose de Gregory Charles. Les vainqueurs des deux premières éditions de l’émission connaîtront les honneurs de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay de Lanaudière ce soir. Une telle émission n'est pas née ex nihilo. Elle doit énormément au travail de fond de dizaines de bonnes volontés à travers le pays. La veille des meilleurs jeunes talents, de Vancouver à Halifax, menée depuis 59 ans par le CMC, est rendue désormais possible grâce à l'immense générosité du mécène Roger Dubois, de Canimex.

     

    L’angoisse de la pérennité

     

    Depuis près de 60 ans, le CMC engage des jurys, pédagogues professionnels ou interprètes qui auditionnent environ 500 jeunes musiciens par année. Les participants de 7 à 25 ans (30 ans pour les chanteurs), qui se répartissent en quatre catégories d’âge, sont incités à concourir par leurs professeurs dans les conservatoires et écoles de musique.

     

    « Nous dénichons les artistes au niveau pancanadien, nous sommes partout sur le terrain, nous sommes reconnus par tous les pairs [professeurs et participants], mais peu connus du grand public », résume Marie-Claude Matton, directrice générale du CMC.

    Photo: Marie-Andrée Blais

    Les pianistes Linda Ruan (gauche) et Charissa Vandikas (droite), toutes deux lauréates du Grand Prix chez les 19 à 30 ans, Concours de musique du Canada 2017, interprétant le «Concerto pour deux pianos» de Poulenc lors du concert final. Derrière: l'Orchestre de la Francophonie, direction Nicolas Ellis.

     

    Ce travail d’utilité nationale n’a droit à aucun soutien public, car sa singularité fait que le CMC ne rentre dans aucune case de programmes d’aide financière. « À la fin des années 90, les concours ont été coupés des programmes à Patrimoine canadien. Le concours se finance donc par des mécènes, les revenus des inscriptions et l’aide des bénévoles. »

     

    En 2018 pour le 60e anniversaire, la finale aura lieu à Montréal. Marie-Claude Matton lance un cri du coeur : « Il faut prendre soin de ce joyau. Il y faut réfléchir comment assurer la pérennité de ce que cet organisme fait. »

     

    La toile d’araignée

     

    Et le CMC en fait beaucoup ! « Nous déplaçons un jury de cinq personnes dans 13 villes au Canada entre avril et mai. C’est la 1re étape du concours. Chaque juge est indépendant, rédige des commentaires et attribue une note. Si la moyenne des notes est supérieure à 87/100, le musicien se qualifie pour la finale nationale. »

     

    L’édition 2017 a ainsi jugé (par un autre jury de cinq membres) 242 musiciens lors de la finale nationale. Pour Marie-Claude Matton, le passage devant jury « apporte un outil supplémentaire dans la formation. Un musicien qui va jusqu’au bout aura eu l’équivalent de dix classes de maître, puisque dix juges auront chacun donné une note et rédigé un commentaire personnalisé. Nous ne sommes pas à la recherche d’un gagnant : nous voulons outiller les jeunes musiciens et les amener à se dépasser ».

     

    Le système est aussi impeccable qu’implacable, d’autant que les jeunes, au cours de leur évolution, peuvent s’inscrire plusieurs fois de suite. Marie-Claude Matton rappelle que le violoniste d’Ottawa Kerson Leong a glané la meilleure note cinq années de suite.

     

    Parmi les lauréats québécois célèbres, on compte Marc-André Hamelin, Chantal Juillet, Louis Lortie, Marie-Nicole Lemieux, André Laplante, Boris et Denis Brott, Anne-Marie Dubois, Jacques Hétu, Alexandre Da Costa et Gregory Charles.

     

    Ce dernier n’a pas oublié le CMC : « L’émission Virtuose,chaque année, nous demande une liste de référence de musiciens qui pourraient être approchés pour faire l’émission. » Comment cette matière première résultant d’un travail professionnel de défrichage et de sélection incomparable est-elle valorisée ? « Il n’y a pas de contrepartie à l’heure actuelle. Les musiciens qui sont issus du concours vont avoir dans leur biographie la mention qu’ils ont été primés au CMC », avoue Marie-Claude Matton.

    Monique Leroux Pianiste lauréate en 1970, dans la catégorie 15 ans et moins, alors que Louis Lortie concourrait dans la classe d’âge inférieure, Monique Leroux, porte-parole de l’édition 2017, a troqué le piano pour la finance, mais a appris grâce au CMC, à « combattre le stress, s’exprimer plus facilement, faire face à l’échec et apprendre à savoir se préparer » (Radio Canada, 7 juillet).

    Interrogée par Le Devoir, Monique Leroux pense que ce « centre d’éducation très utile » mérite que « chacun donne appui, visibilité et soutien, en temps ou en argent, pour développer la carrière qui sera parfois artistique, parfois autre ». La réalité du CMC « est d’offrir un tremplin à tous les jeunes et à l’écosystème musical »,et l’organisme doit donc trouver les moyens d’assurer sa pérennité. Elle rêve aussi, pour le 60e anniversaire, de « réunir ceux et celles qui ont pu bénéficier du CMC comme d’un tremplin, les lauréats qui ont marqué la musique au Canada ».












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